Comme vous l’avez très certainement entendu, l’accord conclu par les négociateurs du sommet sur le climat de l’ONU n’est guère ambitieux. L’accord rend le Fonds vert pour le climat opérationnel, mais sans aucune source de financement, trace un étroit chemin parsemé d’embûches pour éviter un réchauffement de 4 degrés et obtient une deuxième période d’engagement du Protocole de Kyoto mais sans la participation de certains membres clés.
Pour Brigitte Gloire, responsable plaidoyer développement durable chez Oxfam :
« Les négociateurs ont envoyé un message clair aux personnes souffrant de la faim dans le monde : ‘Qu’ils mangent du carbone’. Les gouvernements ne doivent pas s’endormir sur leurs maigres lauriers mais s’atteler immédiatement à plus d’ambitions dans la réduction de leurs émissions et à financer le Fonds vert pour le climat. À moins que les pays n’avancent sur la réduction de leurs émissions de toute urgence, nous pourrions en avoir pour encore une décennie perdue dans la course pour rester en dessous des 2 degrés. »
Une page importante a été tournée dans les débats sur la forme juridique d’un futur accord ; l’Union européenne, les États-Unis, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde et la Chine s’accordant sur une position commune. Mais le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde et la Chine auraient pu être plus audacieux en se joignant à une ambitieuse coalition avec l’UE et les pays vulnérables pour faire pression en faveur de réductions d’émissions plus importantes et plus rapides. Lors des prochaines négociations, les négociateurs pourraient avancer sans les États-Unis pour pouvoir travailler sur le type d’accord qui fait aujourd’hui cruellement défaut.
L’Union européenne a franchi une étape importante en signant pour une prolongation du protocole de Kyoto, le fondement des efforts internationaux pour lutter contre le changement climatique, et une des principales revendications des pays africains. Mais la nouvelle phase de Kyoto est bien en dessous de ce qui était attendu et affaiblie par les lacunes qu’elle contient.
« On peut résumer Durban à une énorme déception », ajoute Brigitte Gloire. « Mais la faute de ce retard pèse directement sur les épaules des États-Unis et d’autres pays comme le Canada, le Japon et l’Australie qui ont traîné les pieds du début à la fin ». De très petites avancées ont certes été engrangées – même s’il s’agit avant tout de la mise en place d’un cadre pour des mesures futures (ou comment gagner du temps et ne pas s’engager) – mais les questions relatives aux enjeux majeurs n’ont pratiquement pas avancé. L’impossibilité à s’accorder sur un accord ambitieux aura de douloureuses conséquences pour les populations pauvres dans le monde.
Si aucune mesure n’est prise, les agriculteurs de certaines régions d’Afrique pourraient faire face à une baisse de rendements des cultures de plus de 50% dès cette génération ou celle de leurs enfants. Les prix alimentaires mondiaux pourraient plus que doubler d’ici à 2030, et le changement climatique en serait responsable pour moitié. Devant ces conséquences, une aide réelle et concrète protégeant les personnes les plus vulnérables contre le changement climatique (le Fonds vert) apparaît encore plus vitale.
« Ceux qui se soucient du sort des populations pauvres dans le monde et de leur propre avenir économique devrait être en colère devant l’incapacité des gouvernements à prendre des mesures adéquates ici à Durban. Mais la colère ne va pas résoudre la question du changement climatique. Rio [prochain sommet de la terre qui aura lieu du 4 au 6 juin 2012] représente une opportunité pour relever le niveau d’ambition et parvenir au type d’accord dont nous avons besoin. Ceux qui sont incapables de négocier ce genre de résultat devraient tout simplement rester chez eux. »
Si les gros pollueurs persistent dans leur volonté de cadenasser les sommets climatiques, il faudra inévitablement se passer d’eux. Car l’économie repose aussi sur d’autres acteurs (le secteur non marchand, les entreprises et entrepreneurs vraiment durables, les producteurs agricoles défendant les principes de souveraineté alimentaire, l’économie sociale, les coopératives de production). Des PME et quelques grosses entreprises se désolidarisent d’ailleurs de plus en plus ouvertement des positions dominantes de leurs fédérations patronales lorsque celles-ci refusent de réduire leurs émissions ou exigent plus de flexibilité.
Et Brigitte Gloire de conclure : « Ne rien faire ou capituler ferait le jeu des climato-sceptiques et autres fossoyeurs de l’humanité. Agissons chacun là où c’est possible mais exigeons de nos politiques qu’ils changent de refrain. Ne tendez plus l’oreille au chant des sirènes de certains intérêts privés et préférez celui des citoyens du monde ! »
Alors les membres d’Oxfam-en-action préparez-vous… On va la faire entendre la voix des citoyens du monde pour Rio+20 !