Crise alimentaire : gare aux solutions technologiques !

OGM, semences améliorées, mécanisation, engrais chimiques... autant d’opportunités technologiques que l’on présente comme les solutions miracles à la crise alimentaire et à celles à venir. Mais ces solutions, déjà utilisées avec un succès mitigé par le passé, suffiront-elles pour répondre aux enjeux actuels ?
Article issu du magazine Globo n°29 "Quelles solutions à la crise alimentaire ?", mars 2010.
Face à la croissance démographique et la nécessité de nourrir 9 milliards de personnes d’ici 2050, le recours aux solutions « miracles » qu’offre la technologie moderne peut sembler indispensable. Pourtant, les expériences du passé n’ont pas toujours donné les résultats escomptés.
Coûteux et pas si durable
Dans la région du Centre-Ouest brésilien, le régime militaire (1964-1985) a accordé d’importantes subventions à l’établissement d’immenses exploitations « modernes » de soja destiné à l’exportation. Résultat : les journaliers, remplacés par des machines ou des herbicides, se sont retrouvés sans emploi dans cette région déjà fortement touchée par le chômage. Au niveau environnemental, la monoculture de soja à détérioré la qualité des terres et favorisé l’érosion et l’apparition de maladies affectant les cultures.
Si d’autres pays ont subi les effets néfastes de politiques similaires, le Malawi, en revanche, a voulu tenir compte du facteur emploi et a choisi d’appuyer les petits agriculteurs au lieu d’encourager les investissements des multinationales de l’agro-business. C’est en effet aux petits paysans que le gouvernement a massivement octroyé, en 2005, des subventions à l’achat d’engrais, programme qui a permis à 2 millions de familles d’améliorer considérablement leurs récoltes et d’assurer la sécurité alimentaire du pays.
Mais l’utilisation d’engrais pour stimuler l’agriculture est-elle une solution durable ? On peut se poser la question à l’égard de la fameuse « révolution verte » des années ‘60 et ‘70 en Asie, axée sur la diffusion de variétés de blé et de riz très sensibles aux engrais. Si cette politique a stimulé la productivité dans de nombreux pays, elle a également eu des conséquences désastreuses : perte de fertilité des sols, atteinte à la biodiversité, pollution... En outre, la majorité des paysans ne pouvaient se procurer ces engrais par manque de moyens financiers, exacerbant de ce fait les inégalités entre producteurs.
Cet accroissement des inégalités se retrouve également dans le recours actuel aux biotechnologies, telles que les semences génétiquement modifiées. Protégées par des brevets, ces semences sont généralement inaccessibles aux paysans. Leur progression favorise en réalité la mainmise de quelques entreprises agro-industrielles sur la chaîne alimentaire. En outre, les risques que posent ces semences pour la santé et l’environnement restent encore inconnus, et leur effet miraculeux sur la production n’a toujours pas pu être démontré. Les expériences montrent en effet que les gains de productivité les plus optimistes n’arrivent pas à la hauteur de ceux que peuvent apporter des alternatives plus durables.
L’alternative paysanne durable
Pour faire face aux enjeux de sécurité alimentaire, de gestion des ressources naturelles ou du changement climatique, la meilleure solution passe par l’agriculture paysanne durable. L’agroécologie est un exemple de système de production paysan durable. Elle allie traditions agricoles et nouvelles connaissances scientifiques, dans le respect de l’environnement (pas d’utilisation d’OGM, d’engrais ou de pesticides). Des études ont prouvé que ce système est aujourd’hui capable d’assurer 92% de la production agricole conventionnelle dans les pays développés... et d’augmenter de 80% la production des pays en développement !
Oxfam-Solidarité elle-même soutient plusieurs projets de ce type :
préservation, échange et commercialisation de semences de qualité, permettant aux paysans de diversifier leur production et de cultiver des semences adaptées aux conditions géo-climatiques et au goût des consommateurs locaux (Mali, Mozambique, Vietnam, Burkina Faso,...) ;
soutien au développement de la production agro-écologique, sans pesticides ou herbicides (Vietnam, Cuba,...) ;
mise au point de techniques contre la dégradation des sols et d’amélioration de leur fertilité (Burkina Faso).
Ce ne sont là que quelques exemples de solutions innovantes et à faible coût qui permettent de produire assez de nourriture pour tous, de garantir l’emploi dans les zones rurales, de préserver l’environnement et les ressources naturelles. Les paysans gardent en outre la maîtrise sur ces innovations qui nécessitent peu d’intrants et d’interventions extérieures.
Si les réponses technologiques ne représenteront jamais à elles seules une solution miracle, elles peuvent toutefois constituer une opportunité d’appui aux savoir-faire locaux. Mais pour faire une réelle différence, elles doivent être combinées à des décisions politiques structurelles impliquant les organisations paysannes. C’est en réalité là que réside le premier besoin dans de nombreux pays.
Julie Fueyo Fernandez


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