Crise alimentaire au Sahel

25 avril 2012

Femmes mauritaniennes cherchent moyens de subsistance

« Il y a un mois, j’ai vendu 3 chèvres pour pouvoir acheter du riz pour la famille. Il n’en reste plus rien. Que dois-je faire maintenant ? » De nombreuses femmes mauritaniennes, souvent seules pour nourrir leur famille se posent cette question, depuis que la pluie se fait attendre. Leur avenir paraît sombre.

« Il me reste encore 2 chèvres », dit Aminata Ndhaye, alors qu’elle nourrit son dernier-né. Avec ses 5 enfants, elle habite à Kagnade, une bourgade au sud du pays. Oxfam rend visite à différents villages pour évaluer la situation de la population. À chaque nouvelle visite l’organisation apprend de mauvaises nouvelles. La population perd ses moyens de subsistance et s’appauvrit. « J’ai perdu une vache ou une chèvre », voilà ce qu’on entend. Parfois, les gens ont même perdu tous leurs outils.

Plus de 13 millions de personnes de Mauritanie, Burkina Faso, Mali, Tchad, Niger, Sénégal et Gambie voient leur situation se détériorer de jour en jour. Le manque de pluie a fait diminuer les récoltes et disparaitre les pâturages pour les animaux. De plus, les prix de la nourriture ne cessent d’augmenter. Sans aide d’urgence, la crise que vit cette zone de l’Afrique centrale et de l’Ouest pourrait évoluer en catastrophe humanitaire.

Des nuits sans sommeil

« Mon mari gagne environ 6.000 UM (à peu près 15 euros) par semaine en vendant du bois. C’est environ la somme dont nous avons besoin pour acheter du riz pour une semaine. Nous avons 10 enfants et un 11è est en route alors que nous n’avons pas de revenus pour le moment », raconte Assid Mint Mana. Elle se repose sous une toile de tente dans le village de Natriguel. « Les enfants ne peuvent résister pas à la faim, donc quand il n’y a pas assez de nourriture, je répartis ma part entre eux. »

La fillette qu’elle a près d’elle suit un traitement contre la malnutrition. Cette femme enceinte bien trop maigre craint pour la vie de l’enfant qu’elle porte. Elle sait très bien qu’elle devrait manger plus pour donner à son futur bébé toutes ses chances. Selon l’UNICEF, sans aucune aide d’urgence, le fils de Madame Assid pourrait venir grossir les rangs des 1,5 million de bébés sous-alimentés.

À Mourtagal, un autre village au sud de la Mauritanie, Samba Dyemba, une veuve de 50 ans, nous raconte : « Les femmes d’ici ne parviennent plus à dormir tranquillement. » Après avoir cogité de longues nuits, Samba a décidé de partir chercher du travail à Nouakchott, la capitale. Étant seule, elle hésitait à partir vers la ville. Mais elle savait qu’elle devait entreprendre quelque chose pour éviter que sa famille ne souffre de la faim au cours des mois à venir. « Aussitôt que la saison des pluies commencera, je rentrerai à la maison », se disait-elle pour se donner du courage. Elle sait très bien que, ces dernières années, les pluies sont devenues de plus en plus irrégulières et que la faim s’est installée de façon chronique.

Les femmes partent vers les villes avec leurs enfants, à la recherche de travail

Dans la plupart des villages de Mauritanie, où 700.000 personnes sont menacées, on ne trouve pratiquement que des des vieillards et des femmes seules avec leurs enfants. La plupart des hommes sont partis chercher en emploi de travailleur journalier. Car après des mauvaises récoltes à répétition, les familles ont épuisé toutes leurs ressources. Elles n’ont pas d’autres solutions que d’acheter le strict nécessaire sur le marché. Cela signifie que la population doit gagner de l’argent. Et comme les pâturages disparaissent également peu à peu, d’autres familles ont dû émigrer 5 mois plus tôt que d’habitude. La situation devenant de plus en plus précaire, des femmes comme Samba ont dû quitter le village, à la recherche d’un travail et d’un revenu. Elles atterrissement en ville avec leurs enfants dans l’espoir de pouvoir y survivre.

Pourtant la vie en ville a aussi ses difficultés. « Je gagnais à Nouakchott 700 UM (2 euros) par jour en faisant la vaisselle, mais cet argent était nécessaire pour payer le loyer et acheter un peu de nourriture et d’eau », explique Gollera Diaw. Elle montre ses mains abimées par les produits de vaisselle. « Mon mari est aveugle, donc je suis la seule à pouvoir faire vivre notre famille. Finalement j’ai décidé de rentrer au village. Là au moins je peux compter sur ma famille quand j’ai besoin d’aide. » Cette fameuse solidarité des communautés africaines est, selon Gollera, soumise à rude épreuve « car cette année a été mauvaise pour tout le monde et les gens ne seront bientôt plus capables de continuer à prendre soin les uns des autres. »

Briser le cercle vicieux de la faim

« Quand je n’ai pas d’argent, nous ne mangeons qu’une fois par jour » dit Houley Abdoulaye Ba à Gollea Diaw. « Et quand est-ce que cela arrive », demande-t-elle ? « Nous avons besoin de 1.650 MU (4 euros) par jour pour nourrir notre famille, mais mon mari ne gagne que 10.000 MU (26 euros) par mois. Et nous n’avons pas plus. Faites le calcul », explique Houley.

Et pourtant Houley se compte parmi les chanceux, car elle a reçu de l’aide d’Oxfam les semaines précédentes. « Avec cet argent, j’ai pu acheter du riz, de l’huile et du sucre pour toute la famille », dit-elle.

Au sud de la Mauritanie, 9.000 des familles les plus fragilisées reçoivent une aide financière dans le cadre d’un projet d’aide d’Oxfam. Par ailleurs, d’autres formes de soutien ont été prévues, comme des activités « argent contre travail », ou encore la distribution de fourrage pour le bétail et la réparation de puits. De cette manière, Oxfam veut protéger la vie et les moyens de subsistance de 20.000 personnes. L’objectif est d’arriver à soutenir à terme au moins 70.000 personnes.

Mais si nous voulons que les comptes d’Aminata, Dyemba, Assid et des millions d’autres familles touchées par la crise au Sahel, soient en équilibre à la fin du mois, il faudra une aide beaucoup plus conséquente. C’est la seule manière de briser le cercle vicieux de la faim.

Texte Irina Fuhrmann/Oxfam

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