Gaza, un an après : témoignage du Dr Marwan Asalya, chirurgien à l’hôpital Al Awda

Comme de nombreux médecins palestiniens, le Dr Asalya a vécu très difficilement l’opération militaire israélienne sur Gaza lancée en décembre 2008. Aujourd’hui encore, il reste traumatisé par cette expérience.
« Le premier jour des bombardements, j’étais en congé. J’avais prévu d’aller faire des courses en ville avec ma femme et notre bébé. Nous étions en taxi, et les rues étaient noires de monde. Des centaines d’élèves sortaient des écoles. C’est en plein milieu de cette cohue que la première explosion a retenti.
C’était le son le plus fort que j’aie jamais entendu ! L’onde de choc a fait trembler notre taxi. Quelques secondes plus tard, il y a eu une deuxième explosion. Puis une troisième et une quatrième, très rapprochées. Nous étions effrayés. Mes yeux étaient rivés sur ma femme et mon fils, quand une autre série d’explosions encore plus puissantes nous a secoués. C’est là que j’ai remarqué les colonnes de fumée noire et blanche dans le ciel.
Panique générale
La scène était incroyable. Les écoliers terrorisés pleuraient et couraient dans tous les sens, cherchant un endroit pour se mettre à l’abri. Les voitures devenaient folles. J’ai demandé au chauffeur de nous déposer chez nous avant de m’amener à l’hôpital où je travaille, mais il avait trop peur d’y aller car l’hôpital se trouve au nord de Gaza, là où la plupart des incursions israéliennes ont lieu.
Après avoir déposé ma femme et mon bébé à la maison, j’ai donc marché vers l’hôpital sous le bruit insupportable des bombes. Une ambulance qui transportait des civils blessés a fini par me prendre sur le bord de la route, et nous avons foncé vers l’hôpital.
Quand nous sommes arrivés, la salle d’urgence était pleine à craquer. J’ai dû filer en salle d’opération pour opérer un jeune homme blessé par un tir de missile. Son opération a duré 6 heures, mais je suis resté plus d’une semaine à l’hôpital à travailler non-stop. Il y avait tellement de blessés que je ne pouvais même plus voir ma famille. J’essayais bien de les appeler, mais les téléphones marchaient très mal.
« Le monde s’effondrait autour de moi »
En salle d’opération, nous laissions la radio allumée. C’est comme ça que j’ai appris que la Banque islamique de Jabaliya avait été touchée. J’ai crié ’Oh mon dieu !’, car j’habite juste à côté avec ma femme et mon fils. Je ne pouvais pas quitter la salle d’opération. J’ai demandé à un collègue d’appeler ma femme, mais toutes les lignes étaient coupées. Le monde s’effondrait autour de moi : j’étais là, dans cette salle d’opération, occupé à sauver la vie d’un inconnu alors que ma famille était en danger.
Finalement, des bonnes nouvelles sont arrivées, mais je n’étais pas rassuré pour autant. Après l’opération, j’ai demandé au chauffeur de l’ambulance de me déposer le plus près possible de chez moi. J’ai marché longtemps sous une pluie de bombes. Heureusement, tout cela fut oublié quand j’ai enfin pu voir ma famille. J’ai passé le reste de la nuit avec eux, est je suis retourné à l’hôpital aux premières lueurs du matin.
Trois semaines interminables
En repensant à cette période, je me demande comment j’ai eu la force de supporter tout ça. J’ai l’impression que ces trois semaines de guerre ont duré trois ans. Une semaine de plus et j’aurais été terrassé par une crise de nerf qui m’aurait été fatale. J’avais tout le temps peur que l’hôpital soit détruit et j’étais très inquiet pour ma famille. Je ne dormais que deux heures par nuit.
Je n’oublierai jamais le jour où l’école d’Al-Fakhoura a été bombardée. Des dizaines de parents venaient apporter les dépouilles de leurs enfants et nous demandaient de leur redonner vie. C’était horrible.
Je garderai toujours en mémoire ces images. Aujourd’hui encore, je souffre de problèmes post-traumatiques. Je ne me sens plus en sécurité nulle part, ni chez moi, à l’hôpital. Il y a deux jours, un avion israélien a bombardé la maison des voisins. Ça a évidemment réveillé les souvenirs de cette guerre et de ses horreurs. Je n’ai pas pu dormir de la nuit. Il est vraiment temps que la paix s’installe à Gaza, et pour de bon. Je veux vivre en paix avec ma famille. Rien de plus. »
Si respectées qu’elles soient, les opinions exprimées ici n’engagent pas Oxfam-Solidarité.
Disclaimer concernant le conflit entre la Palestine et Israël


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