Haïti : le séisme affecte d’abord les femmes

A Port-au-Prince, notre partenaire SOFA mène un travail de sensibilisation, d’accueil et de plaidoyer politique sur la violence faite aux femmes. Carole P. P. Jacob, coordinatrice du bureau de SOFA, témoigne de l’impact qu’a eu le séisme du 12 janvier sur l’association, sur le pays et sur le travail à mettre en œuvre pour protéger les femmes et les filles.
« Vu l’ampleur de la tragédie dans la ville, il est bien difficile de reprendre un rythme de travail normal. Dans le quartier, des dizaines de maisons ont été détruites, et plusieurs personnes ont perdu la vie. Chez SOFA, nous avons eu peu de dégâts matériels mais nous avons perdu deux collaboratrices : Bernadine Bourdon, une jeune secrétaire qui travaillait dans la section ’Lutte contre la violence faite aux femmes’ et Mirlande Dorvelus, qui était engagée au bureau exécutif. Elles étaient toutes deux des cadres très importantes sur lesquelles nous comptions pour prendre la relève au sein de l’organisation. Mirlande est morte chez elle et Bernadine est morte lors de l’effondrement de l’Université de Port-au-Prince.
Nous avons également perdu des personnes très proches de l’organisation, comme Anne-Marie Criolan, l’une de nos membres fondatrices, Myriam Merlet et Magalie Marcelin, deux compagnes de lutte de longue date. Et puis, beaucoup parmi nous ont perdu des proches, des parents et amis, ou ont perdu leur maison lors du séisme. Tout cela est très difficile à vivre. »
Un coup fatal pour le pays
« Si les pertes pour SOFA sont considérables, une catastrophe pareille est évidemment un coup fatal pour toute la population. Les pertes humaines vont avoir des conséquences lourdes et à long terme. Nous avons perdu beaucoup de cadres et d’universitaires alors qu’un grand nombre fuyaient déjà le pays à cause des crises économiques et politiques répétées. Le déficit s’est donc considérablement aggravé au niveau des ressources humaines nécessaires à la reconstruction du pays.
Cette situation est d’autant plus dramatique que Haïti vit depuis un demi-siècle une cycle de paupérisation générale, particulièrement marqué auprès des femmes. De surcroît, la succession récente de désastres naturels – l’ouragan Jeanne en 2004, suivi par les ouragans Fay, Gustav, Hanna et Ike en 2008 – a fragilisé encore davantage un tissu économique déjà frêle. La population est complètement déstabilisée. On parle de 500.000 personnes déplacées, dont une grande partie se retrouvent sans-abris. Sans compter les gens traumatisés par les répliques constantes, et terrorisés par les rumeurs alarmantes de tsunamis, etc. »
Les femmes en première ligne
« Au niveau social, on commence a constater une grande dislocation des familles. Outre les décès, il faut compter avec les parents partent à l’étranger ou qui se déplacent d’une ville à une autre. S’il est actuellement trop tôt pour déterminer l’impact que le séisme a eu sur la population féminine, on sait qu’une catastrophe de cette envergure affecte particulièrement les femmes en tant que cheffes de familles et premières responsables du bien être de leurs enfants. Selon les dernières statistiques de l’IHECI (l’institution haïtienne de l’enfance), plus de 46% de femmes haïtiennes vivent dans cette situation. Ainsi, la majorité de ceux qui auront à gérer la situation seront des femmes seules.
La violence sexuelle est un autre danger qui guette les femmes et les filles. En 2008, suite aux inondations causées par les cyclones, et dans la précarité des abris provisoires, on avait enregistré plus d’une trentaine de cas de viols sur femmes aux seules Gonaives. Aujourd’hui, on constate déjà une augmentation des cas de harcèlement sexuel à leur encontre, surtout à Pétionville. On n’a pas encore enregistré des cas de viols, mais le risque est grand vu la forte promiscuité et l’état précaire des camps, sans parler de l’évasion massive de 5.000 prisonniers – parmi lesquels une bonne centaine condamnés pour viol ou autres crimes extrêmement violents.... »
L’action de SOFA
« Sur base des expériences passées, SOFA a donc décidé de mettre en place un programme d’accompagnement social dans les camps de déplacés. Avec d’autres organisations, nous formons et mobilisons une cinquantaine de jeunes qui iront dans les camps pour monter des petites cellules d’intervention. Celles-ci assureront des tâches d’éducation et d’accompagnement pour sensibiliser la population à la problématique des agressions sexuelles et donner de l’information aux gens. Les cellules pourront aussi porter conseil, enregistrer les plaintes et offrir un service d’accompagnement aux victimes. SOFA jouera donc un rôle-clé dans la prévention et dans l’accompagnement post-traumatique et psychologique
Cette première phase permettra d’aider les femmes et les filles a passer les moments difficiles. Mais dans un deuxième temps, il faudra entrer dans un processus de reconstruction avec elles. Les priorités seront la scolarisation des enfants, la recapitalisation des petites entreprises et la recherche de logements. D’une façon plus large, l’objectif au sein du mouvement des femmes – et pour le mouvement social en général – est non seulement de se remettre sur pied, mais aussi de renforcer notre capacité de lutter et d’agir afin d’avoir un impact effectif sur les décisions, les politiques et les services offerts à la population. C’est vers cela que nous devons orienter nos actions. »

Plus d’infos :
En savoir plus sur notre partenaire SOFA
Anne-Catherine Vaes, Gestionnaire de programmes humanitaires pour l’Amérique centrale et les Caraïbes
Tél. : 02 501 67 61 — ava(at)oxfamsol.be
Marie-Josée Vaval, gestionnaire de projets Haïti, oxfamsolhaiti(at)yahoo.fr


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