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Partenariat sud

1er mars 2012

Hommes et femmes égaux en droits

Le 8 mars est célébrée la Journée internationale de la Femme. Dans de nombreux pays, la lutte pour l’égalité hommes-femmes est encore plus que jamais d’actualité. Au Nicaragua, l’organisation de femmes Punto de Encuentro, partenaire d’Oxfam-Solidarité, mène ce combat au quotidien.


Cet article est paru dans le magazine Globo n°37 "Un changement durable. ’A work in progress’"


Dans de nombreuses régions du monde, les droits des femmes sont encore loin d’être respectés. Au Nicaragua, bien que la constitution garantisse l’égalité et la non-discrimination entre hommes et femmes, en pratique, la situation est tout autre et obtenir cette égalité est un combat de chaque instant.

De nombreuses femmes sont victimes de violences au Nicaragua. D’après le rapport de l’organisation « Red de mujeres contra la Violencia » (Réseau de femmes contre la violence), 15.042 plaintes de violences contre les femmes ont été enregistrées en 2007, soit plus de 40 par jour. Ce chiffre comprend également les violences les plus graves comme les viols, qui sont hélas très fréquents.

Selon différents rapports de l’organisation Amnesty International, entre janvier et juillet 2010, 1.259 cas de viol ont été rapportés. Ceci représente une moyenne de cinq par jour, mais ce chiffre est sans doute bien en dessous de la réalité, car nombre de femmes n’osent pas porter plainte par peur des représailles. Deux tiers des victimes sont des filles mineures.

Il n’est donc pas étonnant de voir différentes organisations s’impliquer dans la défense des droits des femmes au Nicaragua. L’organisation ‘Puntos de encuentro’ travaille avec des femmes de tout âge pour faire valoir leurs droits et les rendre plus autonomes dans leur vie quotidienne.

Sensibiliser via les médias populaires

« Puntos a été créée en 1990 par des femmes qui voulaient informer et influencer l’opinion publique et les décideurs politique au Nicaragua », explique Ana Criquillion, présidente actuelle de Puntos. « Avec leur vision féministe, elles tentent de mettre fin aux inégalités quotidiennes, souvent peu visibles, dont sont victimes les femmes et les jeunes filles. »

La violence n’est pas le seul problème grave pour les femmes au Nicaragua. En effet, les inégalités existent aussi dans le domaine de la santé. Depuis 2006, l’avortement est totalement interdit, même si la vie de la mère est en danger. Entre-temps, le nombre de décès lors de l’accouchement ainsi que durant les 19 premières semaines de grossesse n’a cessé d’augmenter.

Les zones franches (zonas francas) posent un problème supplémentaires. Pour attirer les entreprises, les états d’Amérique latine créent de plus en plus de zones exemptes d’impôt et où les conditions économiques sont très avantageuse. Les droits des travailleurs dans ces zones franches, principalement des femmes, y sont souvent largement bafoués. Ces femmes sont régulièrement victimes de violences verbales, physiques ou sexuelles et de chantage.

Puntos lutte contre les inégalités dans la société nicaraguayenne. « Nous œuvrons pour une société dans laquelle les femmes et les filles peuvent mener une vie digne et belle, où elles peuvent exprimer leurs opinions et jouir de leurs droits de la même façon que les hommes, sans violence ni discrimination », insiste Ana Criquillion.

« Afin que les femmes, les adolescentes et les plus jeunes filles puissent faire valoir leurs droits, il faut d’abord qu’elles apprennent à les connaître », poursuit la présidente de Puntos. « Ensuite seulement elles peuvent y réfléchir et analyser les discriminations dont elles sont victimes. » Ainsi Puntos s’attelle à sensibiliser la société par tous les moyens, également ceux qui peuvent paraître inhabituels de prime abord. « Nous avons constaté que les séries télévisées touchaient un public très large et étaient des références pour des millions de personnes en Amérique centrale et latine », explique Ana Criquelion. « Les téléspectateurs s’identifient aux personnages et les sujets abordés dans la série le sont également à la maison. »

Puntos a donc décidé de produire sa propre série, Sexto Sentido (Sixième Sens), qui met en scène des jeunes qui découvrent la vie, l’amour et la ville. La situation des femmes y est discutée en détails. Ce format s’appuie sur des histoires ponctuées par une morale qui rejoint les thèmes de Puntos et permet une visibilité à grande échelle. Cela va des problèmes sexuels et de santé reproductive à l’immigration, en passant par la violence faite aux femmes et particulièrement les violences sexuelles, le racisme et la consommation de drogues.

L’information, c’est le pouvoir

Oxfam-Solidarité a donc soutenu les projets de Puntos l’année dernière. Parmi ces projets, la Boletina (le petit bulletin), un magazine qui constitue un outil essentiel de la communication de l’organisation.

La Boletina est un trimestriel distribué à 26.000 exemplaires à travers le pays. Pour beaucoup de femmes qui vivent en milieu rural, il s’agit du seul outil éducatif à leur disposition. La parution part du point de vue des femmes et traite de leurs besoins essentiels, leur offrant informations, idées et analyses dans un style clair et simple.

« Grâce à La Boletina, beaucoup de femmes peuvent s’informer. Et l’information, c’est le pouvoir », Martha Juarez co-directrice de Puntos de Encuentro. « Les lectrices nous racontent comment notre magazine les a aidées à aborder avec leurs enfants des sujets comme les moyens de contraception ou la protection contre les maladies sexuellement transmissibles. »

« L’une de ces femmes nous a d’ailleurs raconté ceci : ‘Avant d’avoir lu la Boletina, je ne savais pas que la pilule du lendemain existait. Un jour ma fille est venue me voir et m’a dit qu’elle avait eu une relation sexuelle et qu’elle pensait être tombée enceinte. Je ne pouvais pas y croire mais pour ne pas courir de risque, je l’ai envoyée chercher la pilule. Elle a sorti La Boletina à la pharmacie et désormais, le pharmacien demande également à recevoir cette publication’. » 

À l’occasion de la Journée internationale de la Femme du 8 mars, Puntos va consacrer un numéro spécial aux violences faites aux femmes, et un des articles sera spécifiquement consacré à leurs droits.

Outre son travail de conscientisation, Puntos s’emploie également à mettre en place des formations, auxquelles assistent des responsables d’organisations, des spécialistes de la communication et des médiateurs venu de toute l’Amérique centrale. Puntos a également créé une bibliothèque virtuelle, appelée Sidoc, qui, depuis mai 2011, met à disposition de tous, mais surtout des chercheurs, professeurs ou activistes, des documents sur la situation de la femme au Nicaragua et en Amérique centrale.

Des alliés dans cette lutte

Puntos de Encuentro n’est heureusement pas la seule organisation à lutter pour les droits des femmes et contre les violences domestiques.

- AMIFANIC, partenaire d’Oxfam-Solidarité depuis 2007, offre un soutien psychologique, médical et social gratuit aux victimes de violence domestique. AMIFANIC lutte également contre cette forme de violence via la formation et la conscientisation. Des ateliers sont ainsi organisés pour former les chefs des différentes communautés.

Reyna Isabel Rodríguez Palacios, la présidente : « Les femmes n’ont plus peur de porter plainte car elles sont de mieux en mieux informées. Elles portent plainte plus souvent, mais le nombre de meurtres ou d’actes particulièrement violents a lui aussi augmenté. Néanmoins, elles choisissent de briser le silence car elles savent qu’elles ne sont pas seules, qu’elles peuvent compter sur le soutien de différentes organisations. »

- Les hommes aussi s’impliquent dans la lutte contre les violences domestiques. L’Asociación de Hombres Contra la Violencia (Association des hommes contre la Violence-AHCV) a été créée en 2000 par de jeunes hommes remettant en cause le concept traditionnel de masculinité en le liant aux violences conjugales et au sida. L’association tente d’éviter et de limiter les violences conjugales en promouvant de nouvelles formes de relations entre les hommes et les femmes.

« Il y a différentes réactions à notre travail », explique son président Xavier Munoz. « Au départ, beaucoup d’organisations féministes doutaient du fait que nous ayons réellement envie de changer et nous disaient qu’elles avaient du mal à croire que nous voulions renoncer à notre pouvoir et à nos privilèges ». Mais entre-temps nous avons fait nos preuves et sommes finalement devenus des alliés.

Jutta Polfliet et Julien Lepeer


Témoignage de Maria

Maria habite à côté d’une maison où vivent quatre sœurs orphelines de leur mère. Placées chez leur tante mais toujours sous la tutelle de leur père, elles vivent avec leurs cousins et cousines. Parmi eux, un cousin qui a abusé de la plus jeune des sœurs pendant deux ans. L’aînée des sœurs a voulu réagir mais les menaces de sa tante de les jeter à la rue l’en ont empêchée. Elle n’a pas non plus trouvé d’appui auprès de son père qui a préféré soutenir la tante et son fils.

L’aînée a fini par demander de l’aide à Maria qui a pris contact avec AMIFANIC pour savoir comment s’y prendre pour porter plainte. Durant le procès, AMIFANIC a soutenu Maria et les petites filles sur le plan pratique et psychologique. Étant mineur d’âge au moment des faits, le neveu n’a écopé que de huit ans de prison. Maria est depuis devenue membre d’AMIFANIC et la garde de la petite fille abusée lui a été confiée.

Des stratégies et objectifs communs

« Nous collaborons avec Puntos de Encuentro, AMIFANIC et l’association des hommes contre la violence AHCV parce qu’ils ont les mêmes objectifs qu’Oxfam : mettre fin aux violences faites aux femmes. Leur stratégie correspond à notre vision de la durabilité. Ils poursuivent un impact double : venir en aide aux personnes en difficulté et faire pression sur les responsables politiques afin de s’attaquer aux racines des problèmes.
- Puntos appuie les associations locales qui soutiennent les femmes sur le terrain et s’attelle dans le même temps à conscientiser et à former pour attirer l’attention du grand public sur ces injustices.
- AMIFANIC propose de l’aide aux femmes victimes de violences mais tente également de lutter contre ces problèmes en faisant du plaidoyer politique. 
- AHCV se concentre surtout sur la conscientisation des hommes et essaye de remettre en cause la culture machiste, qui constitue un des aspects très importants mais aussi particulièrement délicats de la lutte contre la violence faite aux femmes.

Oxfam les soutient en renforçant les capacités de ces trois organisations pour les rendre plus efficaces. Oxfam les conseille quant à leur fonctionnement interne et leur politique de plaidoyer afin d’améliorer leur impact et de toucher un public plus large. À côté de cela, nous mettons nos partenaires en contact avec d’autres organisations de femmes ou mouvements sociaux pour favoriser l’échange d’informations et de pratiques. Ainsi nous avons financé la participation de « Red de Mujeres contra la Violencia » (auquel appartiennent plusieurs partenaires) à une conférence internationale, pour les pousser à étendre leurs réseaux. »

Julie Kesteloot Responsable des programmes au Nicaragua pour Oxfam-Solidarité

 
 

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