L’échec de l’OMC n’est pas dû aux pays du Sud

Après neuf jours d’intenses négociations, les ministres réunis au siège de l’Organisation Mondiale du Commerce à Genève ont dû admettre qu’aucun accord n’était envisageable sur base des propositions déposées sur la table. Un accord général semblait pourtant à portée de main.
Aucun compromis n’est donc ressorti du sommet de l’OMC. Le G33 (pays en développement) et les États-Unis se sont affrontés sur les mécanismes de sauvegarde (Special Safeguard Mechanism ou SSM), cet instrument permettant aux pays en développement de protéger leurs paysans des importations massives et subites de produits agricoles bon marché.
Bataille sur les SSM
La principal problème entourant le SSM a consisté à se mettre d’accord sur le niveau de progression des importations pouvant enclencher le mécanisme de protection. La proposition initiale du directeur général de l’OMC (Pascal Lamy) envisageait un seuil d’accroissement des importations de 40% en 3 ans. Pour le G33 – et principalement la Chine et l’Inde – ce niveau ne permettait pas de réellement protéger les petits paysans face à de fortes importations de produits agricoles. Le G33 a donc pour sa part défendu un seuil de 10% en 3 ans.
Pascal Lamy revint donc plus tard avec une autre proposition. Celle-ci ne se basait plus sur le niveau d’accroissement des exportations, mais plutôt sur les dommages effectifs pouvant être créés et justifiant dès lors une protection. Le G33 accepta cette proposition, mais ne put compter sur l’accord des États-Unis. Ceux-ci restaient accrochés à la proposition initiale des 40% d’accroissement des exportations en 3 ans.
Deux visions du développement
Cette discussion d’apparence technique traduit en fait une différence politique profonde quant à la question du développement. Les États-Unis, par exemple, affirment que l’ouverture des marchés est le meilleur moyen d’assurer la sécurité alimentaire. L’Inde et la Chine – soutenues par une centaine de pays en développement – défendent pour leur part le fait que des instruments de protection solides sont requis pour garantir la sécurité alimentaire et des revenus décents aux petits agriculteurs. Face à la crise alimentaire, de tels instruments s’avéreraient essentiels pour investir dans le secteur agricole des pays en développement.
Les pays en développement ne peuvent certainement pas porter la responsabilité de l’échec des négociations. Oxfam salue la ténacité avec laquelle les pays du Sud se sont opposés à un mauvais accord. Les pays en développement ont eu raison de défendre bec et ongles le maintien de flexibilités nécessaires à la protection de leurs agriculteurs. En outre, les propositions agricoles faites par les pays riches étaient insuffisantes et exigeaient de la part des pays en développement des concessions douloureuses en matière de biens industriels. « Mieux vaut un accord que pas d’accord, c’est sûr. Mais mieux vaut pas d’accord plutôt qu’un mauvais accord ! » résume Myriam Gistelinck, spécialiste d’Oxfam sur les questions commerciales.
Le défi reste à relever
L’échec des négociations est une réelle déception. Les pays riches n’ont pas manifesté le leadership politique suffisant pour réformer, comme ils l’avaient promis, le système commercial dans un sens favorable à la lutte contre la pauvreté. Au contraire, ils ont exercé une pression énorme sur les pays en développement afin que ceux-ci fassent des concessions totalement contraires à toute perspective de développement.
L’OMC vit aujourd’hui une crise de légitimité sans pareille. Le risque est grand que le multilatéralisme laisse de plus en plus la place aux négociations bilatérales (d’Etat à État) ne permettant pas aux pays pauvres de se coaliser pour défendre leurs intérêts.
Les membres de l’OMC font donc toujours face à un défi de taille : bâtir un régime commercial favorable au développement durable et à la défense de droits fondamentaux tel que le droit à l’alimentation, au travail, à la santé ou à l’eau. C’est sur ces points que les négociateurs devraient avant tout chose se concentrer.
Pour plus d’informations :
> Oxfam-Solidarité :
Myriam Gistelinck, tél. 02 501 67 78 — gsm : 0486 733 278 — myriam.gistelinck(at)oxfamsol.be
Thierry Kesteloot, 02 501 67 55 — gsm : 0475 543 723 — thierry.kesteloot(at)oxfamsol.be


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