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Paix et sécurité

16 juillet 2009

L’offensive militaire accroît les souffrances à l’Est du Congo

Selon une nouvelle enquête menée auprès d’environ 600 villageois par Oxfam International, les représailles, les viols, les travaux forcés et les actes de torture à l’encontre des civils ne cessent d’augmenter dans l’Est du Congo en raison de la récente offensive militaire soutenue par l’ONU.

Cette enquête, réalisée à partir des témoignages de 569 civils vivant dans 20 communautés touchées par le conflit au Sud et au Nord Kivu, souligne que les opérations militaires menées par le gouvernement congolais pour contrer les forces de libération démocratique du Rwanda (FDLR) ne font qu’augmenter l’insécurité des populations civiles victimes des attaques des deux parties.

Oxfam indique que de nombreux membres de l’armée congolaise sont coupables d’abus, mais que les FDLR ont également intensifié leurs représailles à l’encontre des civils. D’après l’ONU, quelques 800 000 personnes ont été déplacées dans le Nord et le Sud Kivu depuis le début de l’offensive en janvier 2009.

L’offensive n’apporte pas la paix
"La guerre est loin d’être terminée pour les civils. Plus de 80% des personnes interrogées ont souligné que l’insécurité avait augmenté par rapport à l’année dernière", explique Marcel Stoessel, directeur d’Oxfam en République démocratique du Congo.

"L’offensive contre les FDLR était censée apporter la paix à l’Est du Congo, mais notre enquête montre que les populations vivent toujours dans la crainte des attaques violentes. Cette souffrance n’est pas inévitable. Elle est le fruit des décisions des grands dirigeants de ce monde qui ont estimé que de tels dommages collatéraux constituent un prix qu’il est acceptable de payer afin d’éliminer les FDLR. Mais ce prix est beaucoup trop élevé, comme en témoignent les personnes que nous avons rencontrées. "

Les viols et tortures se multiplient
La moitié des communautés interrogées ont déclaré que le nombre de cas de violences sexuelles a augmenté de façon spectaculaire depuis le début de l’offensive en janvier, tandis que cette pratique demeure endémique dans toutes les communautés interrogées.

Les femmes sont les plus menacées par ce type de violences, mais des viols d’enfants, parfois âgés de quatre ans, ont également été rapportés dans plus de la moitié des communautés interrogées. Dans trois des vingt communautés, les personnes interrogées ont signalé des cas de viols d’hommes, notamment 8 cas dans une communauté du Sud Kivu.

Des cas de torture sont mentionnés dans une communauté sur quatre. Il a été signalé que certaines personnes ont été enterrées jusqu’au cou par les FDLR jusqu’à ce qu’elles acceptent de payer une « amende » afin d’être libérées. Quelques communautés ont mentionné l’existence de caches souterraines où des personnes seraient battues puis plongées dans des tonneaux d’eaux salées. Enfin, les témoins ont souligné que d’autres milices pratiquaient la torture, mais aussi des pillages et recrutaient des enfants soldats dans les rangs de leurs armées.

L’armée impliquée
Des abus commis par d’importantes sections de l’armée congolaise ont également été signalés par l’ensemble des personnes interrogées. Dans la moitié des communautés, des témoignages ont fait état de de « travaux forcés », beaucoup d’hommes et d’adolescents ayant dû participer au transport de marchandises pour le compte de l’armée.

Certains témoins du Nord-Kivu ont souligné que des agressions avaient été menées par de nouvelles unités intégrées composées d’ex-soldats rebelles de groupes dissolus comme les Maï-Maï ou le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Leurs soldats, qui n’ont pas encore reçu leurs salaires, justifient les extorsions de fonds en expliquant qu’il s’agit d’une manière de « contribuer » à leur survie. Au Nord Kivu, il a été établi que la majorité des violences sexuelles a été perpétrée par l’armée congolaise.

Représailles des FDLR
Toutes les communautés en contact avec des FDLR ont signalé une augmentation des attaques des FDLR à l’encontre des populations civiles en réponse aux récentes opérations militaires menées par le gouvernement. Un groupe a même expliqué qu’en menant ce type d’opérations, c’était comme si le gouvernement avait « réveillé le démon qui sommeillait ».

Dans la région de Mwenga, dans le Sud Kivu, les populations qui avaient déjà participé à une autre enquête en mars 2009 ont souligné que les violences des FDLR avaient d’abord diminué. Pourtant, seulement deux mois plus tard, ils ont signalé des niveaux élevés de menaces de mort, de violences sexuelles et de pillages. Des personnes auraient été tuées car elles avaient affirmé que les forces rebelles devaient retourner au Rwanda. Beaucoup de ces villages ont depuis été abandonnés.

L’ensemble des communautés craint les représailles et les pillages ainsi que les pratiques d’extorsion de fonds qui sont devenues monnaie courante. Il a également été souligné qu’aussi bien les FDLR qu’une bonne partie de l’armée congolaise avaient forcé des civils à leur remettre de l’argent ou leurs biens. Ainsi, lorsqu’une des parties en conflit arrivait dans un nouveau lieu, les civils y étaient perçus comme des « collaborateurs » et avaient dû faire face à de nouvelles attaques.

La sonnette d’alarme est tirée
Dans toutes les communautés, les personnes interrogées demandent une meilleure protection de la part de l’armée congolaise et des membres des forces de maintien de la paix. Il a été demandé que les patrouilles terrestres de la MONUC soient renforcées, en particulier dans les champs et sur les petites routes, là où le danger guette.

La plupart des personnes interrogées se sont prononcées en faveur du dialogue et d’un rapatriement pacifique des groupes armés étrangers. Dans quatre communautés, certains sont même allés jusqu’à se prononcer en faveur d’un arrêt des opérations militaires menées à l’encontre des FDLR. Seules deux communautés se sont prononcées en faveur du désarmement forcé.

"Les résultats de cette enquête devraient permettre de tirer la sonnette d’alarme et de faire prendre conscience aux membres du Conseil de sécurité de l’ONU de l’impact négatif de cette opération militaire", poursuit Marcel Stoessel. "Cinq communautés seulement ont indiqué se sentir en sécurité grâce à l’armée congolaise. Beaucoup de personnes interrogées ont souligné qu’elles avaient autant peur des FDLR que de l’armée congolaise. Les Congolais ont besoin d’une armée qui les protège, pas qui les menace."

"Oxfam salue la dernière annonce du gouvernement congolais précisant qu’aucun abus de l’armée ne serait toléré, et l’encourage très vivement à respecter cet engagement. Si ces abus perdurent ou restent impunis, la force de maintien de la paix devrait suspendre son soutien à l’opération, et faire pression pour exclure des opérations les coupables d’abus ».

Note aux rédactions :
- L’offensive de l’armée congolaise contre les FDLR est soutenue logistiquement par les forces de maintien de la paix onusiennes, la MONUC, et dispose également du soutien politique du Conseil de Sécurité de l’ONU.
- Oxfam a dû étendre sa présence sur le terrain ainsi que ses programmes en raison de cette offensive, apportant ainsi une assistance vitale à 130 000 personnes supplémentaires. Oxfam contribue au soutien de plus de 800 000 personnes victimes du conflit en RDC.
- La poussée des violences qui ont marqué la fin de l’année 2008, lorsque le RD Congo faisait la une des journaux, a entraîné le déplacement de 250 000 personnes.
- Oxfam lance un appel au don pour les populations de l’Est du Congo

Plus d’infos et interviews :
- Marcel Stoessel, directeur d’Oxfam en RDC
Tél. : +243 (0)817 007 135 — +243(0)99 33 28 250
- Steven Van Damme, Responsable du plaidoyer humanitaire d’Oxfam-Solidarité
Tél. : 02 501 67 42 --- GSM : 0485 442 747 --- sva(at)oxfamsol.be
- La note d’Oxfam "Réveiller le démon : Impact du désarmement forcé sur les civils dans les Kivus"

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