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Territoire palestinien occupé / Israël

26 novembre 2009

Les fermiers de Gaza pris pour cibles et privés de terres

Responsable de la communication d’Oxfam Novib (Pays-Bas) à Jérusalem, Catherine Weibel témoigne de la situation endurée par la population de Gaza confrontée à l’extension de la "zone-tampon". Une situation particulièrement dramatique pour les agriculteurs et leur famille.

Conduire le long de la "zone-tampon", la zone militaire interdite qui court le long du mur séparant la bande de Gaza d’Israël (côté palestinien du mur, voir carte), est une expérience surréaliste.

Une longue bande de terre jaunie s’étend tout au long de ce périmètre. Le paysage désolé est parsemé des ruines de bâtiments détruits, tandis qu’un large ballon à hélium de couleur argent, bardé de caméras de surveillance par l’armée israélienne, flotte lentement dans le ciel.

Autrefois, cette zone était riche en terres fertiles utilisées pour les cultures et pour faire paitre les animaux. Aujourd’hui, elle est presque déserte car plus personne n’ose aller y cultiver. L’armée israélienne interdit en effet son accès aux fermiers gazaouis.

Dans la ligne de mire
Les Accords d’Oslo, signés en 1995, autorisaient l’armée israélienne a maintenir un périmètre de sécurité entre Israël et Gaza. En pratique, cette zone-tampon est rapidement devenue inaccessible aux Palestiniens, et elle a été agrandie unilatéralement par les autorités israéliennes après la seconde Intifada en 2000.

Les rapports des ONG énumèrent chaque semaine la liste des fermiers qui se sont fait tirer dessus par les soldats israéliens alors qu’il travaillaient leurs terres le long de la zone-tampon. Cette année, des civils ont été blessés tous les deux mois au cours de tels incidents, et l’armée israélienne a mené des incursions presque chaque semaine. Ses bulldozers rasent tout ce qui dépasse et dévastent les terres. "Pour beaucoup de Gazaouis, la règle est simple : s’ils nous voient, ils nous tirent dessus", expliquait récemment un travailleur humanitaire.

Une zone-tampon qui s’étend
Restes d'un bâtiment détruit dans la zone-tamponAu cours de l’Opération “Plomb Durci”, qui a pris fin en janvier 2008, les maisons, les ateliers, les fermes d’élevage, les routes agricoles, les puits et les champs qui se trouvaient dans cette zone ont été détruits par l’armée israélienne.

En juin, cette dernière a lâché sur Gaza des tracts prévenant la population que la zone-tampon s’étendrait désormais sur 300 mètres de profondeur, et courrait sur les terres palestiniennes, le long du mur qui sépare Gaza d’Israël. En pratique, cette zone est beaucoup plus large car les fermiers n’osent pas approcher à plus d’un ou deux kilomètres en fonction de l’endroit où ils se trouvent. Ils craignent d’être touchés par les tirs des soldats israéliens et ne savent pas où se trouve la limite exacte.

 « Lorsque vous contemplez cette étendue de terre désertée, il est difficile de croire que les fermiers aient pu, jusqu’en 2000, s’y sentir suffisamment en sécurité que pour faire pousser des plantes grimpantes sur le mur qui sépare Gaza d’Israël », s’exclame Ahmed Sourani, Directeur des projets et de la coopération de l’Association pour le développement agricole (PARC), une organisation partenaire d’Oxfam. « Toute cette zone était verte et cultivée de manière intensive. Maintenant, la plupart des terres ont jauni et ont été désertées par les fermiers car ils ont peur d’y aller. »

L’agriculture mise à mal
Selon PARC et le Fonds des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), entre un quart et un tiers des terres arables de Gaza se trouvent à l’intérieur de la zone-tampon. Nombre de fermiers gazaouis ne peuvent plus se rendre en sécurité sur leurs terres et ont donc perdu leur moyen de subsistance. « La bande de Gaza était déjà un petit territoire, mais elle a encore rétréci avec l’instauration et l’élargissement de la zone-tampon, explique Sourani. Des centaines de familles ne peuvent plus accéder à leurs terres. »

Le secteur agricole de Gaza a considérablement souffert depuis que la zone-tampon s’est élargie et est devenue inaccessible. Les terres les plus fertiles et de nombreux puits se trouvaient en effet à l’intérieur de cette zone, connue jadis comme étant le « grenier à pain » de la bande de Gaza. De nombreuses fermes d’élevage étaient également situées dans cette zone qui offrait de l’espace disponible, des terres bon marché et des prairies pour le bétail.

 « L’intérieur de la bande de Gaza se transforme progressivement en une énorme zone urbaine densément peuplée, poursuit Sourani. C’est pourquoi les zones situées à l’extérieur sont vitales pour notre sécurité alimentaire. Les fermiers se sentent donc frustrés. Ils peuvent toujours apercevoir les terres où ils travaillaient auparavant. Ils savent qu’elles sont vitales pour subvenir aux besoins de leur famille. Pourtant ils ne peuvent plus s’y rendre car ils courent le risque d’être tués. »

"Aujourd’hui, nous dépendons de l’aide..."
Diab Tarabin, Bédouin âgé de 50 ans et chef d’une famille de 16 personnes, est l’un des ces fermiers. Il ne peut plus accéder à sa terre, même si sa famille et lui ont sué sang et eau pour la cultiver pendant des années.

Diab Tarabin, posant ici avec un de ses fils, dit que l'armée israélienne a détruit sa citerne durant l'opération "Plomb durci"« Autrefois je possédais 150 oliviers et 25 palmiers dattiers, ainsi qu’une bonne terre fertile dans ce que les autorités israéliennes ont désigné comme la zone-tampon, me dit-il. Je ne peux plus accéder à ma terre, et mes arbres ont été déracinés par les bulldozers de l’armée israélienne au cours de l’Opération Plomb Durci. Je ne peux plus vivre dans ma maison car l’armée israélienne, estimant qu’elle était située trop près de la zone-tampon, l’a entièrement détruite. Elle a même détruit notre citerne. »

Il ne reste à Diab Tarabin et à sa famille que quelques chèvres et poulets, ainsi que les quelques légumes qu’ils font pousser. « Je gagnais relativement bien ma vie avant. Mais aujourd’hui, j’ai besoin de l’aide alimentaire pour nourrir ma famille et je ne peux plus me permettre d’acheter des vêtements à mes enfants. »

Depuis l’opération « Plomb Durci », la famille entière vit sous une tente offerte par une ONG et sous un abri construit à partir de haillons, tous deux nichés à quelques mètres des ruines de leur maison. Des débris d’obus sont encore visibles tout autour.

Couchée sous un léger drap n’offrant pas de protection adéquate face aux intempéries, la petite fille de Diab Tarabin, Dounia, me regarde et gémit doucement. Paralysée depuis la naissance, elle tient la main de sa mère, désespérée de n’avoir aucun toit digne de ce nom pour les abriter. « Aucun traitement permettant de lui venir en aide n’est disponible dans la bande de Gaza, me dit son père. Et nous n’avons pas encore été capables de l’envoyer se soigner à l’extérieur. Nous plaçons tous nos espoirs en Dieu... »

La relance agricole est vitale
Une tente se dresse au milieu des débris
A quelques minutes en voiture de leur abri se trouve Juhor ad-Dik, petit village fermier perché sur une haute colline. Tout au long de la route, des abris misérables et des containers temporaires offerts par les ONG ont poussé entre les ruines des maisons bédouines détruites pendant l’Opération Plomb Durci.

Dix mois plus tard, rien n’a encore été reconstruit car les autorités israéliennes n’autorisent toujours pas l’importation de matériaux de construction dans Gaza.

Le Fonds des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) a récemment déclaré que le secteur agricole de Gaza ne pourra se relever qu’à condition que la zone-tampon redevienne accessible, que les infrastructures agricoles soient rénovées et que les points de passage commerciaux vers Gaza soient entièrement rouverts.

Une affirmation qu’Ahmed Sourani ne peut que partager. Perché sur la haute colline qui domine la bande de Gaza, il répète que les fermiers gazaouis doivent être autorisés à cultiver leurs terres dans la zone-tampon. « Les Gazaouis doivent être autorisés à développer à nouveau l’agriculture intensive dans cette zone. Ils ne veulent pas dépendre de l’aide humanitaire, ils veulent juste travailler sur leurs terres ».

Dans la zone-tampon, Oxfam soutient un programme de développement mis en œuvre par ses partenaires PARC, UAWC et le Ma’an Development Center. Ce programme prévoit la rénovation des puits, serres et jardins fruitiers détruits.

Catherine Weibel
Chargée de communication d’Oxfam Novib (Pays-Bas) à Jérusalem

Crédits photos : Catherine Weibel

 
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