Les services publics sont essentiels pour en finir avec la pauvreté

Des salles de classe avec des enseignants, des cliniques dotées d’infirmières, de l’eau courante et des toilettes qui fonctionnent : ces services publics de base sont fondamentaux pour venir à bout de la pauvreté. Seuls les gouvernements ont la possibilité de fournir ces services. Les ONG, les entreprises ou les initiatives individuelles ne peuvent garantir à une grande échelle l’accès des plus pauvres à ces services. Tel est le message émanant d’un nouveau rapport d’Oxfam et de WaterAid.
Chaque jour, 4.000 enfants meurent de diarrhée, et 2.000 décèdent des suites de maladies liées à de l’eau non potable ou à un manque d’infrastructures sanitaires. Chaque jour, 1.400 femmes meurent pendant leur grossesse ou leur accouchement, et 100 millions d’enfants d’âge scolaire - principalement des filles - ne vont pas à l’école.
Les gouvernements doivent se soucier de l’intérêt public
Dans leur rapport “Dans l’intérêt du public : santé, éducation, eau et assainissement pour tous” (voir infra), Oxfam International et Wateraid exhortent les gouvernements des pays en développement à consacrer une plus grande part de leur budget à la mise en place des services vitaux pour les citoyens, et engagent les gouvernements des pays riches à appuyer ces pays par une aide accrue et à long terme.
“La mise sur pied de services publics dans les pays pauvres est fondamentale pour atteindre un monde plus juste et sans pauvreté”, déclare Eric Callier, gestionnaire de programme Afrique au sein d’Oxfam-Solidarité. “Quel investissement plus judicieux pourrait-on faire que celui de la formation et de la rémunération d’enseignants et de travailleurs de la santé ? Ou encore la construction d’installations sanitaires et d’alimentation en eau ?”
De plus, poursuit Eric Callier, les chiffres indiquent clairement le lien entre genre et pauvreté : "Les femmes et les filles constituent la plupart des victimes de ces pénuries, alors que ce sont elles qui endurent le plus de travail en matière d’accès à l’eau et aux sanitaires. Chaque jour, elles y consacrent des heures entières”
Le rapport pointe du doigt l’action des pays riches et de la Banque mondiale, qui mettent à mal la capacité des gouvernements de fournir des services publics pour, au contraire, encourager le secteur privé à prendre en charge les services liés à l’eau et à la santé. Si le rapport souligne que les entreprises privées, tout comme les organisations de la société civile, peuvent apporter une contribution importante à ce niveau, il rappelle néanmoins qu’elles n’ont pas la capacité de fournir ces services en suffisance pour répondre aux besoins de tous les citoyens. Y compris des femmes et des filles, des membres de groupes minoritaires et des personnes les plus démunies.
Une seule génération peut suffire
Le rapport rappelle également que la prospérité des pays riches s’est édifiée sur base de services publics de qualité. “Il y a cent ans, l’espérance de vie en Europe était comparable à celle que connaît l’Afrique d’aujourd’hui”, note Eric Callier. “Ce n’est que grâce à des programmes gouvernementaux efficaces que nous avons enrayé les maladies et créé une main-d’œuvre instruite, pierre angulaire de notre richesse actuelle”.
Si le rapport constate la faiblesse de nombreux systèmes gouvernementaux, il souligne néanmoins certaines réussites récentes. Le Sri Lanka, le Botswana, la Malaisie et l’État du Kerala en Inde ont, en l’espace d’une seule génération, fait des progrès en matière de santé et d’éducation que les pays industrialisés ont mis un siècle à accomplir. Bien qu’il soit un pays pauvre où le tiers de la population gagne à peine deux dollars par jour, le Sri Lanka fournit gratuitement à ses citoyens des services de santé et d’éducation. Le taux de mortalité maternelle y est parmi les plus bas au monde.
“Plus d’un milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès à de l’eau potable, et 2,6 milliards de personnes sont privées de toilettes”, déclare Belinda Calaguas, de WaterAid. “Il en résulte la propagation inévitable de maladies disséminées par l’eau, causant la mort de 6.000 enfants chaque jour”.
Face à cette crise, d’une ampleur croissante dans certains des pays les plus pauvres, la solution réside dans une réforme complète du secteur public, appuyée par les gouvernements des pays riches. Ces derniers dépensent 40 milliards de dollars par an pour nourrir leurs chiens et leurs chats. Soit quasiment le montant nécessaire (47 milliards de dollars) pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement relatifs à la santé, l’éducation, l’eau et les fournitures sanitaires.
“Pour la première fois dans l’histoire, chaque enfant du monde pourrait aller à l’école, chaque femme pourrait donner la vie avec des soins appropriés, chaque personne pourrait boire de l’eau potable, et des millions de nouveaux travailleurs de la santé et d’enseignants pourraient sauver des vies et former des esprits. C’est le minimum acceptable”, conclut Eric Callier.
Pour plus d’informations :
Eric Callier, gestionnaire de programme Afrique à Oxfam-Solidarité , 02 501 67 50
Le rapport complet en anglais (pdf)
Le résumé du rapport (en français)
- Résumé du rapport (français) (PDF - 312.2 ko)


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