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3 avril 2006

Mozambique : les effets de la crise alimentaire

En 2002, une partie de l’Afrique Australe subit une sécheresse grave, et l’aide alimentaire y afflue. Quels effets s’en suivent-ils dans les zones productrices de céréales ? Pour qui ? Pourquoi ? Y a-t-il des alternatives ? L’Union des Paysans du Mozambique (UNAC) a réalisé une étude pour tenter de répondre à ces questions et contribuer au débat sur les politiques en la matière, pour l’avenir (En 2004, un séminaire international sur l’aide alimentaire s’est tenu à Maputo).

Les situations d’urgence dans la région d’Afrique Australe sont malheureusement monnaie courante. le Mozambique connaît régulièrement des situations catastrophiques telles que sécheresses, cyclones et inondations, qui nécessitent des interventions « d’urgence ».

Le déplacement du courant marin El Niño, une sécheresse et la crise politique au Zimbabwe, ont confronté les producteurs de céréales d’Afrique Australe à des situations de pénurie alimentaire, particulièrement au Malawi. De plus, la vulnérabilité des gens augmentait parallèlement à l’extension de l’épidémie du SIDA (Au Mozambique, la prévalence, c’est-à-dire la proportion de séropositifs dans la tranche d’âge 15-49 ans a atteint 16%.

Cependant, tant à l’intérieur du Mozambique qu’au niveau de l’Afrique Australe, certaines zones peeuvent connaître de bons niveaux de production, réussissant même à stocker de grandes quantités d’excédents. Le pays, tout comme la région, connaît plus souvent des situations d’autosuffisance que de basse production.

Contrairement à ce que l’on croit souvent, une crise alimentaire n’est pas simplement synonyme de pénurie alimentaire. Dans la plupart des cas, il s’agit plutôt d’une disponibilité réduite des aliments, alliée à un manque de structure et de politique de distribution. Ceci provoque des hausses de prix telles qu’une grande partie de la population ne peut plus se procurer les aliments nécessaires.

Ceci démontre clairement l’importance de la question du pouvoir d’achat pour combattre les crises alimentaires et, partant, la nécessité de payer à un prix stable et raisonnable la production rurale locale. Cette question renvoie à son tour aux politiques agricoles et commerciales, et donc à la souveraineté alimentaire.

Les résultats de l’étude réalisée par l’UNAC sont préoccupants
L’étude réalisée par l’UNAC, dans le cadre de la crise alimentaire en Afrique Australe, vise à évaluer l’impact de cette dernière sur la vie et les recettes des paysans dans le nord du Mozambique mais ne se limite pas à la période de crise. Le défi étant d’élargir l’analyse au moyen et long terme et d’aborder les préoccupations des paysans par rapport à la politique (ou l’absence de politique) économique du pays, y compris vis à vis “des généreux donateurs”.

Il ressort de cette étude qu’à l’extérieur du pays, au Malawi, les gens mouraient de faim, tandis que dans d’autres régions comme le nord du Mozambique, les aliments pourrissaient dans des greniers précaires. Les paysans du nord du Mozambique n’arrivent donc pas à vendre leur production excédentaire à un bon prix (le prix du maïs mozambicain ayant baissé de 60 % après l’afflux d’aide alimentaire au Malawi).

Le comble est que, lorsque surgit une pénurie alimentaire, les dirigeants des pays d’Afrique Australe recourent, volontairement ou par obligation, à l’importation d’aliments avant de mobiliser les ressources de la paysannerie non-touchées par la crise.

Il est évident qu’une partie des problèmes est due aux intérêts des grands donateurs, que ces intérêts soient d’ordre interne (soutenir leurs propres producteurs), commercial (ouvrir le marché - notamment aux organismes génétiquement modifiés) ou existentiel (certaines organisations dépendent, pour leur survie, de projets d’urgence). Mais il est aussi vrai que les communautés locales et la région souffrent du manque d’intégration économique et commerciale, ainsi que de moyens et d’outils performants pour garantir son autosuffisance et sa sécurité alimentaire.

La conviction de la Fédération des Paysans du Mozambique est que ces objectifs ne pourront pas être atteints sans l’intervention active de l’État

L’UNAC conclut en appelant :
- les paysans : à s’organiser entre eux , à faire et à valoriser leurs réserves.
- les gouvernements : à forger des politiques économiques et agricoles solides qui valorisent la production locale et régionale. Leur préoccupation essentielle devant être, grâce aux moyens disponibles et appliqués de manière créative, de maintenir les prix des produits agricoles à l’intérieur de certaines marges. Cela requiert une volonté d’intégration économique axée sur les intérêts de leur paysannerie.
- Les donateurs : à respecter ces politiques.

 
 

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