Oxfam?

6 mai 2005

Plan stratégique



1. La solidarité comme alternative
2. Trois axes de travail
3. Des priorités
4. Comment nous travaillons dans le Sud
4.1. Les partenaires
4.2. Les projets
4.2.1. Les champs d’action
4.2.2. Suivi et évaluation
4.2.3. Envoi de coopérants - assistance technique
5. Comment nous travaillons dans le Nord
5.1. Un mouvement et un réseau
5.2. Information et action politique
5.3. Formation et sensibilisation
5.4. La récolte de fonds

1. La Solidarité comme alternative

L’objectif central d’Oxfam-Solidarité se définit dans son nom : la solidarité. Au moment où les relations intra et Internationales s’organisent principalement en fonction des aspects économiques et financiers, nous voulons aborder le monde sous le regard de la solidarité. C’est à partir de cette valeur que nous cherchons une voie alternative pour la coopération au développement. Cette alternative remet au centre des préoccupations les gens et leurs organisations et tente de renforcer une autre mondialisation, celle des relations entre les peuples.

La solidarité implique au moins 2 pôles en relation. Dans notre cas, nous les définissons comme Nord et Sud. Au Nord, Oxfam-Solidarité c’est une association qui s’est consolidée depuis près de 35 ans sur base d’un très large réseau de personnes, d’organisations, de comités de solidarité, etc. Elle s’appuie d’une part sur le mouvement Oxfam-en-Belgique où l’on retrouve Oxfam-Wereldwinkels et les Magasins du Monde-Oxfam et d’autre part sur notre appartenance à Oxfam International. C’est surtout une série d’actions de sensibilisation, d’information, de formation et d’interpellation politique non seulement sur les grandes questions relatives à la coopération et aux droits des peuples mais aussi, de façon plus générale, sur les problèmes de société comme la paix, le chômage, le racisme, le désarmement, la justice sociale, etc.

Au Sud, Oxfam-Solidarité a tissé un réseau très large de partenaires, c’est-à-dire d’organisations à différents niveaux avec lesquelles nous avons développé une relation de confiance, confrontant une analyse de la réalité socio-politique et partageant la réalisation de projets visant à assurer la dignité et la survie de femmes, d’hommes et d’enfants, et contribuant ainsi à une réelle solidarité entre les peuples et leurs différentes organisations.

Dans le débat actuel sur la coopération au développement, nous voulons défendre un travail qui allie professionnalisme et solidarité tout en maintenant notre autonomie et notre droit d’initiative vis à vis de nos partenaires comme vis à vis des institutions de financement. Nous estimons que les ONGs ne peuvent se réduire à de simples “exécutants de projets”. C’est cette option qu’Oxfam-Solidarité défend depuis sa création. Cette même option oriente la conception de ce plan stratégique.

Notre plan stratégique encadre ce grand projet de solidarité ; il présente nos objectifs, nos outils et nos méthodes. Il précise en effet les grandes lignes de nos actions à venir au niveau des objectifs et des éléments méthodologiques. Rédigé en 1997, il laisse cependant la porte ouverte à de nouvelles interpellations.

2. Trois axes de travail

Nous définissons ci-après 3 axes de travail principaux qui détermineront en grande partie la programmation de nos activités.

1. Appuyer des initiatives (en Amérique latine, en Afrique, dans le monde arabe et en Asie) qui émanent d’organisations représentatives et de différents types de partenaires et de partenariat. Ces initiatives visent à élaborer, proposer et mettre en place des actions concrètes pour améliorer les conditions de vie des populations dans la perspective d’un changement de société et prioritairement dans les domaines suivants : 1) la sécurité alimentaire, 2) l’emploi et le travail, 3) les services sociaux de base 4) les droits des peuples et la responsabilité des Etats. Notre appui se concrétise par le financement de projets et par l’envoi de personnel dans certains cas.

2. Informer, sensibiliser et mobiliser l’opinion publique belge et européenne, interpeller les instances de décision sur des points stratégiques de la problématique du développement, de la coopération, des relations Nord-Sud et des modèles économiques, la sécurité alimentaire, l’emploi et le travail, les enjeux géopolitiques, le modèle unique de développement économique, les modèles politiques liés aux différentes stratégies de développement, les politiques de développement et le rôle des ONGs. Ces différents thèmes sont travaillés à partir de notre insertion dans le Sud via les partenaires mais également de nos engagements dans le Nord avec d’autres associations.

3. Renforcer l’intégration d’Oxfam-en-Belgique comme mouvement. Cela implique d’harmoniser nos analyses, de concevoir et programmer des actions en commun, et de mettre en valeur nos synergies et complémentarités dans les projets au Sud et dans les actions au Nord.

3. Des priorités

1. La sécurité alimentaire
Notre approche est celle de la souveraineté alimentaire. Celle-ci implique la participation des mouvements paysans à l’élaboration et au suivi des politiques agricoles et le contrôle des producteurs sur les différentes ressources nécessaires à la production (terre, eau, semences, etc.). Elle s’inscrit dans une logique de développement durable et de la promotion d’un modèle de production respectueux de l’environnement et de la qualité de l’alimentation. Au niveau social, cette approche défend une agriculture familiale génératrice de revenus en milieu rural. Cette optique met notamment en cause, pour les denrées alimentaires, une politique de marché sans contrôle des pratiques de l’agrobusiness. Nous pensons qu’il y aussi un enjeu chez nous, depuis les orientations des politiques agricoles jusqu’aux décisions de l’OMC en passant par nos droits et devoirs de consommateurs. D’autre part, des liens intéressants existent déjà entre associations paysannes des différentes régions du monde pour débattre ensemble de cette problématique.

2. L’emploi et le travail
Notre approche est celle du travail comme facteur de socialisation et stratégie de développement dans le respect des droits fondamentaux des travailleurs (droits syndicaux, respects des conventions de l’Organisation Internationale du Travail, etc.)et de leur protection. La complexité de l’enjeu nous oblige à être attentifs aux différents segments des processus productifs (production, transformation, commercialisation et services) et aux contrôles exercés directement ou indirectement par les travailleurs. Cette problématique touche autant les milieux urbains que ruraux. Les réflexions et les actions à mener visent à démonter les mécanismes qui expliquent le problème chez nous et au Sud, en mettant en évidence les problèmes d’exclusion, de chômage, d’exploitation et de concentration des richesses sans véritable contrôle démocratique.

3. Les mécanismes et les effets pervers d’un modèle unique de développement économique
Dans notre analyse nous dénonçons souvent ce modèle comme un des facteurs explicatifs de la généralisation des injustices. La réglementation du commerce et des investissements, les programmes d’ajustement structurel, la dette sont autant d’exemples des effets pervers du modèle qui tend à s’imposer. En concertation avec d’autres associations, nous nous centrerons plus spécifiquement sur des thèmes comme : la convention de Lomé, les Accords multilatéraux d’investissement (AMI), l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les Programmes d’Ajustement Structurel, la question de la dette, le commerce des armes.

4. Les modèles politiques et les stratégies de développement
Dans notre analyse les politiques qui induisent nécessairement des stratégies de développement se traduisent par des polarisations : polarisation entre les systèmes construits sur des Etats forts et ceux qui afaiblissent l’Etat, polarisation entre l’analyse politique qui centre le développement sur la décentralisation et celle qui veut maintenir la centralisation, polarisation entre les théories qui défendent le droit à la non intégration dans un système mondial qui n’a pas été élaboré pour permettre une redistribution équitable. Nous soutenons qu’un modèle politique et donc une stratégie de développement soucieuse de garantir à tous les droits économiques, sociaux, démocratiques ne se conçoit pas hors d’un Etat de droit et donc d’un Etat conscient de ses responsabilités et qui se donne les moyens de les assumer en refusant toutes manoeuvres interventionnistes. Nous soutenons les processus de décentralisation quand ils sont accompagnés de la volonté politique qui permet à tous les acteurs de participer pleinement à ce processus. En effet la participation d’organisations réellement représentatives à la gestion de ces nouveaux espaces est une stratégie intéressante pour promouvoir un changement réel.

Dans ce contexte, plusieurs pays qui vivent un processus de transition suite à des conflits armés (Salvador, Guatémala, Mozambique, Erythrée) restent au centre de notre analyse et nous y soutenons les capacités de résistance contre un système insidieusement mis en place pour déposséder l’Etat de se droits et donc de ses responsabilité ou un système qui, sous prétexte de réconciliation, prône l’immunité et dénie donc le droit fondamental de la victime d’être reconnu comme telle.

5. Les enjeux géopolitiques
Cette priorité témoigne de l’importance que nous accordons à l’analyse politique. Les inégalités et les jeux de pouvoir et d’influence qui existent au sein des relations Internationales, l’imposition d’un seul modèle économique et la responsabilité des Etats conditionnent le développement des relations Nord-Sud. La Belgique et les citoyens belges ont leur mot à dire. Nous sommes également intéressés par les enjeux géopolitiques des blocs économiques et des régions. Nous donnons priorité à Cuba, au monde arabe (Palestine, la République Sahraoui, Algérie), à l’ALENA, à l’ASEAN, au Programme MEDA de l’Union Européenne pour la Méditerranée.

6. Les politiques de coopération belges et européennes et le rôle des ONGs
nous voulons être attentifs aux décisions dans ce domaine et surtout défendre des formes alternatives de travail basé sur la solidarité et le partenariat. Nous ne voulons pas réduire le développement à l’exécution technique d’une série de projets ou de transferts financiers.

D’autre part Oxfam-Solidarité considère que les pouvoirs publics doivent avoir une responsabilité dans l’élaboration de politiques qui permettent d’améliorer de façon structurelle et durable le sort des populations au Nord comme au Sud. La privatisation des services de coopération ne permet pas, selon nous, d’assumer pleinement cette responsabilité.

4. Comment nous travaillons dans le Sud

4.1. Les partenaires

Notre travail dans le Sud s’organise en fonction de 3 aspects qui constituent la spécificité mais aussi la cohérence d’Oxfam Solidarité : une conception du développement, une analyse géopolitique et le choix d’un partenaire.

Face à un modèle unique de développement économique où prime le profit et qui continue de générer voir d’amplifier les mécanismes d’exclusion, d’injustice et de pillage des ressources se mettent en place des formes de résistance inspirées d’autres projets de société prônant un développement qui permet à tous d’accéder à leurs droits fondamentaux dans un respect conscient de son environnement. Nous défendons que l’Economie doit être au service de l’Homme et non pas l’Homme au service de l’Economie. Ce sont ces formes de résistance et ces alternatives que nous entendons défendre et soutenir prioritairement, ce qui exige dialogue et écoute permanents avec nos partenaires.

Parallèlement, Oxfam-Solidarité développe une analyse géo-socio-politique du monde, avec une attention particulière aux relations Nord-Sud et plus spécifiquement à la lutte des peuples pour leur autodétermination et à la définition de modèles alternatifs de développement. C’est aussi pourquoi la dynamique des différents “blocs économiques” et de ses effets pour la vie quotidienne des populations restent au centre de nos attentions. Les politiques et les prises de position de la Belgique et l’Union européenne sont aussi des éléments importants dans l’analyse géopolitique. Cette analyse se construit en permanence en prenant en compte les éléments fournis par nos différents partenaires privilégiés, tant au Nord qu’au Sud.

Enfin, un élément central dans notre démarche est le partenaire avec lequel nous travaillons dans le Sud. Ce partenaire se définit d’abord en fonction de son engagement pour plus de justice sociale et en fonction de ses projets concrets d’action. Nous avons différents types de partenaires, en fonction des situations et des réalités organisatives d’un pays. Ce qui prime c’est l’organisation représentative de citoyens pour défendre leurs droits et pour mettre en place des alternatives de développement. Cela peut s’exprimer dans une coopérative, un syndicat paysan, une ONG de service qui travaille avec des communautés de base, des instances officielles d’un Etat qui relaie la demande de sa population, etc. A travers cette forme de partenariat, nous voulons manifester notre profonde conviction dans le droit et la capacité des peuples à s’organiser en fonction de leur situation , leur histoire et leur réalité socio-politique, et combattre l’idée du Sud « désert institutionnel ».

Le respect du partenariat implique de part et d’autre lucidité sur son identité et ses objectifs, capacité de critique et d’autocritique, dialogue et négociation au travers de relations équilibrées, franchise et fiabilité. Ceci requiert une attention et un effort constant, exigeant, afin que la solidarité ne soit pas creuse mais bien véridique.

4.2. Les projets

L’appui à des partenaires se concrétise en général par l’assistance ou le financement de certaines de leurs activités. Ces activités font partie des plans des partenaires. Le « projet » ou l’« action » qui vient comme un soutien est défini avec Oxfam-Solidarité. Nous assurons également les différentes démarches relatives au financement et un suivi en concertation avec le partenaire. Le fait de compter sur une équipe multidisciplinaire de gestionnaires expérimentés et d’un réseau d’experts extérieurs nous permet de faire face avec professionnalisme aux différents types de demande et d’avoir souvent l’input « technique » demandé par le partenaire sans pour autant devoir être trop sélectif sur les demandes et propositions de nos interlocuteurs dans le Sud.

4.2.1. Les champs d’action

En fonction des grands objectifs et des priorités définis plus haut et en fonction des demandes de nos partenaires du Sud, nous avons défini 4 grands champs d’action où nous pensons pouvoir apporter quelque chose. Nous les abordons en tenant compte de notre analyse de la réalité et de notre conception du développement.

1. Emploi et travail
Une priorité sera donné au domaine du textile et à la problématique du travail informel, terrains de lutte contre des formes d’exploitation anciennes et nouvelles. Par ailleurs, la création et la valorisation d’emploi en milieu rural est une préoccupation de la plupart de nos partenaires actuels. Notre collaboration étroite avec les réseaux de commerce équitable enrichit également ce thème.

2. Sécurité alimentaire
Outre contribuer au développement d’alternatives productives et technologiques durables que proposent les associations, fédérations ou autres organisations de petits paysans, donner des capacités aux producteurs organisés dans leur dialogue avec les autorités locales, régionales, nationales voir Internationales est un de nos objectifs concrets. La question de la commercialisation est également un excellent point d’accrochage avec nos partenaires du commerce équitable. Par ailleurs, le développement de services et d’infrastructures de base en milieu rural conditionne le maintien et l’encouragement des producteurs ruraux.

3. Services sociaux de base (eau, santé, éducation)
Loin d’encourager la privatisation des différents services, nous voulons rappeler l’importance de ceux-ci et la nécessaire présence de l’Etat pour assurer un accès réel et équitable à l’ensemble de la population. Les services sociaux de base sont souvent les premiers touchés dans les plans d’ajustement structurel, et illustrent très souvent les mécanismes d’exclusion et le désengagement facile des pouvoirs publics. Cela rejoint notre préoccupation face au modèle économique. Par ailleurs, dans des conditions particulières comme des camps de réfugiés (Palestine, Sahraoui) ce type d’action constitue également un facteur important d’organisation et de résistance.

4. Droits des peuples et responsabilité des Etats
Sous ce thème, on retrouve un ensemble de projets qui impliquent des actions d’information, de sensibilisation et de pression politique sur des problématiques très précises. Ces actions sont souvent liées aux luttes d’autodétermination des peuples, aux injustices présentes dans les mécanismes des relations Internationales, tant au niveau économique que politique et à la responsabilité des Etats face à leur population.

5. En outre, même si nous ne le considérons pas comme un thème, précisons que nous avons également un volet de travail dans le domaine de l’urgence. Ces projets sont liés à des situations exceptionnelles (catastrophes naturelles, guerre et conflits, etc.). Ils nous permettent de répondre à des demandes extraordinaires de nos partenaires dans le Sud et de nos alliés dans le Nord. Ils s’inscrivent également dans un contexte de politique Internationale où il nous semble important de marquer notre solidarité. Ces projets peuvent être aussi l’occasion de renforcer un partenaire local ou de jeter les bases d’un travail à plus long terme, dans un second temps. Même dans cette modalité d’urgence, nous privilégions le partenariat dans les différentes étapes d’identification, mise en oeuvre et suivi. Ces projets d’urgence sont donc une activité complémentaire dans notre stratégie institutionnelle.

6. Nous voulons également donner une attention particulière à la situation des femmes comme un des secteurs qui est le plus touché par les différents mécanismes d’exclusion et d’exploitation. Il nous importe de voir comment dans les différents projets, à travers les thèmes et les méthodologies de travail, cet aspect est pris en compte et surtout quelles sont les alternatives proposées pour augmenter l’égalité d’accès au développement pour les femmes et pour promouvoir des rapports plus égalitaires entre les hommes et les femmes . Nous voulons établir un dialogue à ce sujet avec nos partenaires et profiter de leurs expériences et de leurs propositions. Il ne s’agit pas d’un critère imposé ou d’un thème de travail mais d’une préoccupation que nous voulons partager et étudier avec nos différents partenaires. Il est évident pour nous que la lutte des femmes pour leurs droits et leur dignité s’inscrit dans des formes de résistance plus larges qui touchent l’ensemble des classes sociales les plus exploitées et exclues de la société mais nous ne la concevons pas comme extérieure à une analyse globale de l’injustice.

4.2.2. Suivi et évaluation

Pour accompagner ces projets, nous tentons de suivre une méthodologie cohérente avec nos objectifs généraux. Comme nous travaillons avec des partenaires qui sont responsables de l’identification et de l’exécution directe des projets, notre rôle est celui d’un accompagnant responsable. Cela se marque dans les différentes phases du projet : identification, exécution, suivi, évaluation. Partant d’un principe de confiance dans le partenaire, l’intensité de notre suivi dépendra des capacités ainsi que des demandes spécifiques de celui-ci. Nous devons donc nous adapter aux conditions du partenaire et savoir prendre des risques. Ce suivi est parfois très important mais nous évitons autant que possible l’opérationnalité qui privilégie le résultat plutôt que la viabilité à long terme. Trop souvent, on voudrait que ce soit la situation qui s’adapte au projet. Comme l’exécution du projet est également un outil d’apprentissage, nous continuons à défendre que la planification (spécialement dans le calendrier et parfois dans les budgets) est un exercice souvent difficile pour nos partenaires. Il est essentiel d’avoir droit à l’erreur et à une flexibilité qui n’est pas le contraire de la rigueur. Il est important aussi de souligner que les exigences administratives ne doivent pas être un frein pour accompagner un partenaire ni mener à l’exclusion a priori de certaines organisations. L’ensemble de ce travail de suivi se fait grâce à un contact permanent et à des visites régulières sur le terrain de la part des gestionnaires de projet et dans certains cas de nos bureaux de liaison.

Pour ce qui est de l’évaluation des projets, Oxfam-Solidarité opte pour des évaluations qui soient restituées et conjointes, et non imposées à nos partenaires. Il s’agit de participer à un processus qui permette l’analyse de l’activité des partenaires, de donner des recommandations, plus qu’à un contrôle. L’évaluateur aura davantage une fonction d’analyste et de conseiller que de donneur de leçons. C’est aussi dans cette optique-là que nous considérons l’évaluation comme faisant partie d’un processus pédagogique -voire une assistance technique- donc partie intégrante d’action de développement et non pas comme une formalité administrative exogène. Il importe donc de compter sur des évaluateurs qui puissent répondre à cette optique dictée par la logique de partenariat et de développement.

4.2.3. Envoi de coopérants et assistance technique

L’envoi de coopérant est un autre élément méthodologique. Il est évidemment lié à une demande de nos partenaires, surtout quand il s’agit de répondre à une demande technique très précise qui ne peut être résolue localement. Oxfam évite d’envoyer du personnel expatrié et est attentif à ce que le personnel coopérant ne se substitue pas au partenaire dans la responsabilité du projet. Nous veillons également au rôle de formation que joue un assistant technique au sein d’une équipe. Par ailleurs, nous avons également des coopérants dont la fonction n’est pas seulement l’accompagnement technique à un partenaire, mais un suivi plus approfondi à un programme d’activités dans une région donnée. Cela s’avère très intéressant et utile quand la situation d’un pays est relativement complexe mais aussi quand se développe un programme de différentes activités où il est nécessaire d’établir des synergies. Les coopérants ont parfois un rôle à jouer dans le suivi des projets mais surtout dans le travail d’information et de sensibilisation ici dans le Nord.

5. Comment nous travaillons dans le Nord

Il n’est pas rare que nos partenaires du Sud nous interpellent sur nos engagements dans notre propre pays en nous disant qu’il y a d’abord un travail à faire chez nous. Oxfam-Solidarité est convaincue de cette nécessité et c’est pour cela aussi que ce secteur s’appelle « mobilisation » : chaque citoyen doit non seulement s’informer ou se sensibiliser mais aussi intervenir, agir concrètement pour faire bouger les structures, pour influencer des décisions, pour changer mentalités et comportements. La base de ce champ d’activité repose sur notre conviction que des citoyens organisés, en démocratie, peuvent et doivent faire entendre les voix de la solidarité, et peser sur l’organisation de la société et l’affectation des ressources, y compris au niveau mondial.

5.1. Un mouvement et un réseau

Oxfam Solidarité ne prétend pas pour autant mobiliser à lui seul la population belge ou européenne. Notre stratégie de mobilisation se base en grande partie sur le mouvement Oxfam en Belgique. Ce mouvement comprend Oxfam-Solidarité, Oxfam Wereldwinkels et les Magasins du Monde Oxfam. Ensemble, nous définissons des priorités et nous essayons de profiter de nos complémentarités afin d’étendre notre impact de mobilisation au Nord et de solidarité avec le Sud. Cet effort demande de l’énergie, du temps et du volontarisme.

Par ailleurs, Oxfam-Solidarité est en relation avec différents types d’organisation : les comités de solidarité avec différents pays (Cuba, Palestine, Guatemala, Colombie, Mexique, Peuple Sahraoui, etc.) ; le milieu associatif qui s’intéresse d’avantage à des problèmes de société (CNAPD, MRAX, Hand in Hand, Vrede, etc.) ; d’autres organisations (AMNESTY, La Ligue des droits de l’homme, etc.) et différents regroupements ou coupoles, réseaux (CNCD, NCOS, EUROSTEP, etc.) tant nationales qu’Internationales. Mentionnons également notre appartenance à Oxfam International qui regroupe 10 organisations de développement qui tentent d’harmoniser leur travail tant dans le Sud que dans le Nord. Nous comptons aussi sur un groupe important de sympathisants d’Oxfam Solidarité de 30 000 personnes qui s’intéressent de près ou de loin à nos différentes activités, ainsi que sur de nombreux bénévoles. Il est clair que notre réseau de partenaires dans le Sud est également à mentionner puisque nos partenaires peuvent être partie prenante dans nos actions de mobilisation. Il est important pour la définition de notre agenda. Ce sont les différentes bases et alliances sur lesquelles nous pouvons compter pour réaliser nos actions d’information, de sensibilisation et surtout de mobilisation. C’est également pour nous une forme de légitimité de notre action, légitimité aujourd’hui si souvent remise en cause. Nous pensons que ce lien avec le public est une partie intégrante de notre objectif, la solidarité et légitime par ailleurs notre accès à des fonds publics.

5.2. Information et action politique

Il est un premier devoir qui est celui d’informer notre public, à travers notre propre circuit de publication et un public plus large à travers différents types de médias sur les problématiques de la coopération au développement mais aussi sur des situations plus précises des pays et régions où nous sommes présents. Nos relations avec les partenaires du Sud nous donnent accès à une information de première main et à une analyse plus fouillée de l’actualité et de ses différents enjeux. Il est primordial pour nous de créer un espace à cette voix du Sud, peu écoutée aujourd’hui. C’est souvent le premier pas nécessaire pour une action plus concrète. C’est dans ce sens-là que va notre stratégie de publications.

Il est évident que notre action dans le Nord est égalementpolitique dans la mesureoù nous voulons fairechanger des décisions, influencer des pratiques ou modifier des structures. Cetravail de lobby, nous le faisons à partir de notre insertion ici en Belgique. Nous ne coulons pas être un groupe qui travaille dans sa tour d’ivoire et hante les couloirs des lieux de décision. Il nous semble plus important de partir d’un travail à la base, de mobilisation de personnes, d’actions populaires pour arriver à une interpellation et si possible à un dialogue avec les différentes instances qui décident dans les différents domaines où nous agissons. C’est pour cela que nous parlons principalement de campagnes dont les thèmes se définissent en fonction des priorités de l’actualité et de notre agenda.

Nous estimons de particulière importance que le contenu de ces campagnes reflètent les prises de position des partenaires avec qui nous travaillons et soient alimentées par ceux-ci. Nous savons qu’il est important de continuer en outre dans les années à venir de donner de plus en plus de moyens aux partenaires Sud qui s’organisent dans ce but pourqu’ils puissent interpeller directement les instances du Nord comme nous l’avons déjà fait avec l’ANC au temps de sa lutte contre l’apartheid, le Front Polisario encore maintenant et des réseaux Sud comme Via Campesina.

C’est pour ces actions qu’il est essentiel de renforcer à la fois le mouvement Oxfam-en-Belgique et notre réseau de comités, d’associations et d’organisations. Il est évident que selon nos thèmes de campagnes, la stratégie variera. Il est clair aussi que nous nous joindrons aux campagnes de nos différentes alliances puisque nous ne pouvons pas être actifs dans tous les domaines à la fois. Par ailleurs, nous voulons garder une cohérence entre nos engagements dans le Nord et dans le Sud. Nous avons pour cela défini les grands thèmes de préoccupation pour les années à venir, renforcé notre équipe « mobilisation », et amélioré l’articulation entre nos départements « projets » et « mobilisation ».

5.3. Formation et sensibilisation

Par mobilisation nous entendons d’abord le travail éducatif. C’est également un premier pas vers des actions de mobilisation. Nous pensons qu’à partir des interpellations de nos partenaires du Sud et de notre insertion dans le Nord, il y a des actions spécifiques à réaliser avec un public de jeunes ou avec des adultes pour les amener à voir le monde autrement. Il s’agit d’une réelle tâche éducative que nous accomplissons. Nous nous adressons prioritairement au monde scolaire à partir de 16 ans, à des jeunes de l’enseignement supérieur et à des membres d’organisations de jeunes, de femmes, de quartier. Nous donnons aussi une attention particulière à la formation de personnes qui ont elles-mêmes un rôle de formateur par ailleurs (instituteurs, éducateurs de mouvement de jeunesse, etc.) afin qu’elles puissent intégrer la dimension de la solidarité Internationale et de la coopération dans leur pratique. Enfin, nous considérons comme un public important les membres du mouvement Oxfam en Belgique, tant aux niveaux des différentes équipes que des bénévoles et des sympathisants.

Nous disposons d’un outil éducatif original que nous appelons « les Carrefours du Monde ». Ces ateliers de sensibilisation (inleefatelier) sont un espace où les visiteurs sont confrontés à des réalités du Sud et sont mis en situation par des jeux de rôle. Cette technique interactive permet une participation du public et une prise de conscience différente. Chaque espace de ce Carrefour met en évidence des problématiques plus spécifiques liées aux différents thèmes des projets dans des contextes géographiques spécifiques et concrets. L’espace central présente les éléments principaux du contexte mondial comme la mondialisation de l’économie, les enjeux des relations Internationales, etc. Un travail préparatoire est demandé aux participants et aux éducateurs. Par ailleurs, il y a des possibilités d’un suivi des groupes visiteurs. Parallèlement, des programmes éducatifs plus ponctuels peuvent être préparés en fonction des campagnes programmées et pour des publics plus ciblés.

Le travail de prise de conscience est essentiel pour arriver ensuite à proposer des modes d’action en vue d’un changement. C’est aussi une façon de faire connaître les solutions que des partenaires du Sud proposent et de faire comprendre les enjeux de la solidarité à des niveaux très concrets. Notre stratégie éducative vise à sortir d’une vision misérabiliste, catastrophique ou uniquement culturaliste du Sud pour valoriser le travail et l’organisation des hommes et des femmes en vue de leur émancipation et à démontrer que, à cet égard, la solidarité joue réellement dans les deux sens.

5.4. La récolte de fonds

Oxfam-Solidarité a recours à deux types de récoltes de fonds : la récolte visant la mobilisation du public et la récolte destinée à se voir accorder des subsides. En ce qui concerne la récolte auprès du public, la cohérence avec nos objectifs principaux est essentielle. Notre message et nos moyens doivent correspondre à nos principes. Etant donné que le public est le garant de notre légitimité, nous sommes tenus à la plus grande transparence et sincérité possible, avec le risque que notre récolte de fonds soit moins « efficace » et moins « attrayante ».

- Nous abordons le public de différentes façons pour notre récolte de fonds, mais il est cependant bien utile de mentionner notre campagne 1%. Cette campagne part du principe que les pays « développés » devraient accorder au moins 1% de leur budget aux pays en voie de développement. Nous savons que la réalité est malheureusement tout autre. Ce constat nous amène à demander aux personnes intéressées de verser 1% de leur salaire mensuel en faveur de nos partenaires.

- Une autre manière de récolter des fonds qui caractérise Oxfam-Solidarité, c’est son réseau de magasins de seconde main (« secteur production » dans le langage Oxfam). Cette activité comporte plusieurs dimensions. Tout d’abord, elle nous rappelle que nous vivons dans un monde où il y a énormément de déchets, alors qu’il est souvent possible de récupérer ou de recycler... et d’éviter ainsi un gaspillage honteux de matières premières et de main-d’œuvre. Cette activité nous permet de donner du travail à des personnes sans formation qui n’ont souvent pas l’opportunité d’entrer sur le marché du travail. En somme, ces magasins permettent aux personnes à petit revenu de se procurer le nécessaire. Nous pensons également que cette activité est un exemple pratique de notre définition de la solidarité.

- Dans l’ensemble, la demande de subsides nous donne la possibilité d’entrer en contact et de discuter avec les différentes instances politiques (commune, province, région, Etat fédéral, Union européenne). Notre tâche ne consiste pas seulement à obtenir des subsides, mais également à militer afin que l’on tienne compte de nos critères et de nos modes de travail. Cette forme de financement donne une plus-value essentielle à la contribution de nos partenaires et de notre public. Depuis que les actions que nous menons en collaboration avec nos partenaires ont droit à un cofinancement, nous parvenons - et nous continuerons à le faire - à porter un autre type de fonctionnement à l’attention des autorités et du public, c’est-à-dire celui de partenaires qui s’appliquent à trouver des alternatives globales à la politique néo-libérale dominante.