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Paix et sécurité

15 octobre 2008

RDC : la crise s’aggrave, la paix vacille

La reprise des combats dans l’est de la République Démocratique du Congo a entraîné une détérioration catastrophique de la situation humanitaire et causé d’énormes souffrances aux civils, déclare la Congo Advocacy Coalition dans un rapport publié aujourd’hui. Des mesures urgentes s’imposent pour améliorer la protection des civils et accroître l’aide aux populations vulnérables.

100.000 civils à nouveau déplacés
Depuis le 28 août 2008, les combats ont repris entre l’armée congolaise et les forces du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) du général rebelle Laurent Nkunda, ainsi que d’autres groupes armés, rompant le fragile cessez-le-feu instauré depuis la signature de l’accord de paix de Goma le 23 janvier. Quelque 100.000 civils, dont un grand nombre avait déjà été déplacé par de précédentes vagues d’affrontements, ont été forcés de fuir pendant les violences les plus récentes. Selon des témoins, des civils bloqués dans les zones de combat ont été tués, blessés, violés ou détenus illégalement par des soldats de l’armée congolaise et des combattants d’autres groupes armés.

« La situation pour les civils est désespérée, et risque de se détériorer davantage si les combats se poursuivent », déplore Thierry Dethier, responsable du plaidoyer humanitaire d’Oxfam-Solidarité. « Toutes les parties qui ont signé l’accord de paix de Goma devraient scrupuleusement respecter leurs obligations, y compris la protection des civils et le respect du droit international humanitaire et des principes internationaux régissant les droits humains. »

Les violents combats - les pires depuis la signature du cessez-le-feu - ont commencé dans le territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu, avant de s’étendre au territoire de Masisi puis au territoire de Kalehe dans le Sud-Kivu. Depuis le 23 janvier, l’ONU a enregistré plus de 250 violations du cessez-le-feu dans le Nord et le Sud-Kivu. Chaque cycle de violences a provoqué de nouveaux déplacements de civils. Le nombre exact est difficile à déterminer car les personnes qui rentrent chez elles sont fréquemment obligées de fuir à nouveau, mais l’ONU estime que plus d’1,2 million de personnes sont aujourd’hui déplacées dans le Nord et le Sud-Kivu.

Le droit bafoué
Il y a tout juste dix ans, les Principes directeurs de l’ONU relatifs au déplacement des personnes à l’intérieur de leur propre pays ont été présentés à la Commission des droits de l’homme, reconnaissant officiellement les droits élémentaires de toute personne déplacée à l’intérieur de son pays, notamment la protection contre tout déplacement arbitraire, la protection et l’assistance au cours du déplacement, ainsi que les garanties de sécurité lors du retour.

« Dans l’est du Congo, bon nombre de ces droits élémentaires ont été violés de façon flagrante », constate Ulrika Blom Mondlane du Norwegian Refugee Council. « Les Principes directeurs de l’ONU devraient être plus que de nobles aspirations. Les habitants de l’est du Congo souhaitent que la protection et les normes élémentaires d’assistance décrites dans ce document révolutionnaire deviennent réalité. »

L’appel des ONG
La Congo Advocacy Coalition, qui regroupe 83 agences humanitaires et associations de défense des droits humains, appelle les signataires de l’accord de paix de Goma, les bailleurs de fonds internationaux, ainsi que les facilitateurs internationaux des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Union Africaine et des Nations unies qui ont contribué à la conclusion de l’accord, à redoubler d’efforts afin de mettre en place l’accord de Goma et d’assurer que les Principes directeurs de l’ONU relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays soient respectés dans l’une des situations d’urgence humanitaire les plus graves du monde.

La coalition appelle plus précisément ces acteurs à :

- Faire appliquer les engagements relatifs à la protection des civils et au respect des droits humains énoncés dans l’accord de paix de Goma et le communiqué de Nairobi.
- Nommer un conseiller spécial sur les droits humains pour l’est du Congo afin de contribuer à faire en sorte que les préoccupations en matière de droits humains soient au cœur des discussions de la paix.
- Accroître et améliorer de toute urgence et de manière significative l’assistance destinée aux personnes déplacées ainsi qu’aux familles et communautés qui les accueillent.
- Punir ceux qui incitent à la violence contre les travailleurs humanitaires et le personnel de l’ONU. Informer la population au sujet des rôles et des mandats différents de la MONUC et des agences humanitaires.
- Veiller à ce que le mandat de protection de la MONUC soit considéré comme une priorité pendant l’allocation des ressources et la gestion des opérations.
- Veiller à ce que les sujets de l’exploitation illégale des ressources naturelles et des intérêts économiques des parties au conflit soient abordés explicitement dans les dialogues bilatéraux et internationaux.

Plus d’information :
- Le rapport de la Congo Advocacy Coalition (pdf)
- Thierry Dethier, responsable du plaidoyer humanitaire d’Oxfam-Solidarité
Tél. : 02 501 67 42 — gsm 0497 45 18 31 — thierry.dethier(at)oxfamsol.be
- Kubuya Muhangi (français, swahili), CRONGD, à Goma
Tél. : +243-99-861-0651
- Anneke Van Woudenberg (anglais, français), Human Rights Watch, à Londres
Tél. : +44-77-1166-4960