Sommet du G20 : vers un « New Deal » mondial ?

Le sommet du G20 qui se tient à Londres ce 2 avril offre une opportunité unique : arriver à un nouvel accord destiné à enrayer l’une des plus graves crises jamais observées. Il faut agir au plus vite car l’avenir de toute la planète est en jeu. Mais quelles doivent être les priorités ?
Si la crise est d’abord apparue dans le monde de la finance, elle s’est rapidement muée en une crise économique profonde aux conséquences dramatiques pour l’emploi, particulièrement pour les pays pauvres. Les quelques miettes qui leur étaient jusqu’ici accordées sont menacées par la dégringolade des pays riches. Le taux d’emploi plonge, et les promesses de fonds supplémentaires pour le développement sont clairement en péril.
Selon les chiffres divulgués par la Banque Mondiale, le ralentissement économique dans les pays en voie de développement augmentera de 53 millions le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. De son côté, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) estime que si la tendance se poursuit cette année, 200 millions de travailleurs viendront rejoindre les rangs de ceux et celles vivant dans l’extrême pauvreté. En clair : tout ce qui a été acquis dans le cadre des Objectifs du Millénaire risque d’être anéanti.
Un plan de relance... et un changement de cap !
Au vu de la gravité de la crise, un plan de relance international s’impose pour protéger les plus pauvres. Les pays riches étant responsables tant de la crise économique actuelle que de la crise climatique, c’est à eux de mettre sur table des propositions de relance coordonnées, dont les effets seront valables tant pour les pays industrialisés que pour les pays en développement.
Mais au-delà du plan de relance, le G20 constitue surtout une opportunité de réformer sérieusement le système économique actuel. Des décennies de dérégulation et une foi aveugle dans les mécanismes du marché sont à la base du fiasco économique actuel. Le système en place est source d’inacceptables inégalités et de dégâts écologiques majeurs.
L’heure du choix
L’heure est venue de changer de cap :
Il faut en finir avec le fondamentalisme de marché et donner la chance aux autorités de réguler leurs marchés ;
Il faut redonner aux revenus du travail - et non du capital - leur place centrale dans la politique économique ;
Il faut que les politiques de développement soient basées sur l’amélioration du bien-être des plus exclus ;
Il faut combattre la volatilité des prix et des taux de change ainsi que les changements climatiques, car ces phénomènes contribuent au malaise économique actuel.
Ces principes doivent guider la mise sur pied d’actions rapides et ambitieuses.
Ne pas tourner le dos au Sud
En réaction à la crise, de nombreux pays riches ont adopté des plans destinés à relancer l’économie nationale et à protéger leur population. Les pays les plus pauvres, eux, n’ont pas à disposition les moyens nécessaires à cette relance. Le G20 doit donc financer un plan de relance pour les pays à faibles revenus, pour un montant compris entre 3 et 5% de leur PNB (soit 24 à 41 milliards par an). Pour rappel, les calculs d’Oxfam démontrent que la valeur des bonus octroyés pendant la période 2001-2007 à Wall Street et dans le secteur financier londonien égale l’output économique total des 40 pays les plus pauvres pour la même période, à savoir 280 milliards de dollars.
Ce financement ne doit en rien diminuer l’aide au développement officielle des pays riches. Ceux-ci doivent respecter leur engagement de consacrer 0,7% de leur PNB à l’aide au développement, et annuler toutes les dettes des pays pour lesquels cela s’avère nécessaire.
Agir pour le climat
Les pays riches du G20 doivent donner la priorité à des plans de relance « verts ». Il est en effet temps de s’orienter vers une économie peu polluante, assurant une croissance durable capable de fournir des emplois supplémentaires et d’assurer la réduction de la pauvreté.
Ces plans de relance doivent aller de pair avec une réduction d’au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 (par rapport au niveau de 1990), cette réduction devant se faire en priorité sur le territoire national et non à l’étranger via l’achat de droits d’émission. Les pays du G20 doivent également prévoir un financement approprié afin que les pays en voie de développement puissent s’adapter aux changements climatiques.
Réguler l’économie financière et assurer la stabilité
Le G20 doit lutter contre les paradis fiscaux, notamment par le biais d’un système international d’échange d’informations entre autorités fiscales.
Sur base des standards internationaux de comptabilité, il faut également obliger les entreprises multinationales à rendre des comptes pour chaque pays où elles opèrent. De cette manière, leurs bénéfices et les impôts qu’elles payent seront plus transparents dans chacun de leurs pays d’activité.
Réformer les institutions internationales
Le G20 lui-même doit mieux collaborer avec l’Assemblée générale des Nations Unies, seule institution internationale capable d’assumer un rôle de gouvernance mondiale de façon légitime. Le G20 doit également assurer la représentation de l’Union Africaine dans toutes ses négociations.
Le FMI et la Banque Mondiale doivent être démocratisées afin qu’il y ait une participation plus juste entre pays industrialisés, pays en transition et pays en développement.
Une nouvelle institution internationale de régulation, dotée d’une autorité suffisante, doit être créée afin de prévenir les crises financières et de protéger les intérêts des consommateurs, des travailleurs et de l’environnement. Cette institution de régulation doit se différencier du Forum de Stabilité Financière et de Bâle II, qui ne sont pas assez représentatifs et n’ont pas vraiment de pouvoir d’action. Cette nouvelle institution doit réguler non seulement les banques, mais également d’autres instruments financiers, comme par exemple le « private equity » et les fonds spéculatifs.
Pour plus d’informations :
Myriam Gistelinck, chercheuse au sein d’Oxfam-Solidarité
Tél. : 02 501 67 78 — mgi(atoxfamsol.be


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