Crise alimentaire au Sahel

29 mars 2012

Travailler pour pouvoir manger

Mahamat Zana Ramadan et Hamra collaborent au projet d’Oxfam. Grâce à leur salaire, ils sont en mesure d’acheter de la nourriture et de faire face à la crise alimentaire qui sévit au Tchad.

Un coro nourrit 6 personnes

Un coro de céréales ou de millet fournit environ deux repas par jour à 6 personnes (2 adultes et quatre enfants). Le coro est une unité de mesure de poids qui équivaut à environ 2,5 kg. Le prix officiel actuel du coro de millet ou de sorgho, qui constitue la base de l’alimentation à Guera, est de 500 CFA sur le marché local. Il faudra payer 950 CFA pour la même quantité de graines de sésame. Le prix des arachides oscille quant à lui entre 375 et 1250 CFA (pelées ou non pelées). (1 CFA = 0,00152 euro)

Les projets ’argent-contre-travail’ d’Oxfam sont destinés aux populations les plus pauvres. Le travail est très intensif et s’effectue sous un soleil de plomb et constamment dans la poussière. Il n’y a aucun arbre sous lequel s’abriter du soleil. Et la situation ne fera que s’aggraver quand, dans quelques semaines, les températures atteindront les 50° à l’ombre.

Nous rencontrons Mahamat non loin de sa maison, entouré d’un petit cheval, de quelques chèvres et de quelques poules. Se sentant trop vieux, il n’a pas quitté son village pour tenter sa chance ailleurs. « En tant que chef de famille, je suis responsable de cinq enfants. Mais je ne peux rien faire si la )pluie ne tombe pas. Bien que nous ayons reçu des semences d’Oxfam, elles n’ont presque pas germées. Les quelques plantes qui ont poussé ont été dévorées par les sauterelles et d’autres insectes. Maintenant, nous essayons de vivre au jour le jour, grâce à l’argent que nous recevons d’Oxfam via le projet ’argent-contre-travail’. »

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« Nous recevons 10.000 CFA pour 10 jours de travail. Avec cette somme je peux acheter du sorgho et nourrir mes enfants pendant 20 jours. »

« Je prépare trois repas par jour pour les enfants. Le matin, ils mangent une soupe avant d’aller à l’école. À midi et le soir, ils mangent du pain. Quand je n’ai plus rien, je vais chercher du bois dans la savane pour le revendre et acheter des céréales avec cet argent. Mes enfants ont entre 9 et 25 ans. Ils vont tous à l’école. J’essaye de m’en occuper au mieux car je veux qu’ils aient une vie la plus heureuse possible.

« Je me souviens d’une époque où j’étais très jeune et mon père était encore en vie. Un coro coûtait 5 CFA et un âne 350 CFA. À l’époque, je pouvais travailler toute la journée au soleil. Maintenant, je ne supporte plus la chaleur et je dois m’abriter. Les temps ont beaucoup changé !

« Sans ce projet ’argent-contre-travail’, j’aurais été obligé de déménager pour Mangalmé, la ville la plus proche, pour y trouver du travail. Je comptais fabriquer des briques et les vendre. J’ai pu rester ici et ma femme participe également au projet. Les autres hommes sont tous partis mais moi, je suis trop vieux. Je ne me sens plus assez fort et c’est pourquoi j’ai décidé de rester ici pour m’occuper de mes enfants. »

Pouvoir acheter à manger pour toute une semaine me rend heureuse

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« Je rêve que mon aîné devienne médecin »

Hamra a 30 ans et s’occupe de 5 enfants âgés de 5 à 15 ans. Elle travaille de 7 à 11h. Chaque goutte de pluie sera récoltée pour cultiver des légumes sur ce terrain. « La récolte a été mauvaise », explique-t-elle. « Beaucoup de gens sont partis là-bas. Mon mari également » Elle pointe du doigt l’horizon, ne sachant pas précisément où son mari se trouve en ce moment.

« Je serais également partie chercher de la nourriture pour mes enfants si cela avait été possible. Je rêve que mon aîné devienne médecin ou enseignant, et que les autres puissent aussi trouver un bon travail... Mais les récoltes ont vraiment été décevantes ces dernières années. » Hamra remue la terre avec ses mains et soupire : « Nous attendons la pluie. Le manque de travail sur les champs a forcé de nombreuses personnes à partir. Maintenant que j’ai du travail, je peux acheter de la nourriture, mais qu’adviendra-t-il après ? Qui pourra me le dire ? »

Je lui demande si elle a de l’eau potable. Hamra hésite : « Quand les enfants ont soif, je leur donne un peu d’eau. Moi, je bois l’eau qui me sert à préparer une sorte de pâte. Ainsi je mange et je bois en même temps. Mais la faim revient toujours, que puis-je faire ? Sans ce travail, je serais obligée de chercher des graines dans les fourrés. J’espère juste ne pas tomber malade, car mes enfants devront alors s’occuper de moi. Ou peut-être que mon frère viendra alors nous aider avec un peu de nourriture. »

Je lui demande si elle a encore rigolé dernièrement. « Oui, le jour ou Oxfam est venu nous aider. Les gens d’Oxfam nous ont donné du travail, et de l’espoir. Je rigole également quand la faim est partie, quand nous pouvons bavarder de choses et d’autres sans importance, sans devoir penser au prochain repas. Je rigole aussi quand je vais au travail et quand je suis avec les enfants. Nous faisons tout ensemble : allumer un feu, préparer le thé ou cuire le pain, etc... »

« Mais souvent, je n’ai pas les ingrédients nécessaires pour cuire le pain, ou pour préparer la sauce qui accompagne le pain, ou même pour faire du thé. Il ne me reste plus alors qu’à aller me coucher le ventre vide. » Quelques maigres poules s’égaillent autour de sa maison. « Les poules aident à maintenir propre le chantier. S’il n’y a vraiment plus rien à manger, je peux en sacrifier une. Avec l’argent que je gagne je peux acheter des céréales, du millet ou des épices au marché. Rien ne me rend plus heureuse que de pouvoir acheter la nourriture de toute une semaine en une fois. »

Pour en savoir plus :
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