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Paix et sécurité

14 septembre 2009

Violences sexuelles en Colombie : Oxfam appelle à la tolérance zéro

Les victimes de violences sexuelles en Colombie demandent justice et appellent la Belgique et l’Europe à faire pression sur Bogotá pour mettre fin à l’impunité.

Ce 11 septembre 2009, Oxfam International a appelé à l’instauration d’une tolérance zéro face à la violence sexuelle dont se rendent coupables tous les groupes armés de Colombie. « Depuis le début du conflit armé, des milliers de femmes ont déjà été violées et abusées sexuellement", explique Stefaan Declercq, Secrétaire général d’Oxfam-Solidarité. "Or, les auteurs de ces crimes n’ont jamais à répondre de leurs actes. Cette situation doit changer au plus vite. »

Dans son nouveau rapport « La violence sexuelle, arme de guerre en Colombie » (en anglais, résumé en français disponible ici), Oxfam rappelle que l’armée régulière, les paramilitaires et la guérilla font usage de la violence sexuelle contre les femmes et les filles à des fins d’intimidation et de terreur. La violence sexuelle s’est progressivement hissée au rang d’arme de guerre.

Les victimes oubliées du conflit
« Les femmes et les filles sont poursuivies, torturées, assassinées et obligées de porter les armes au même titre que les hommes » a expliqué Jineth Bedoya, journaliste colombienne, elle-même victime d’abus sexuels par des paramilitaires en 2000. « Mais elles sont en outre la cible de terribles violences sexuelles dans ce conflit. Ces abus servent notamment à affirmer le contrôle territorial d’un groupe armé sur un autre. Des milliers de femmes doivent aujourd’hui survivre avec les conséquences de ces crimes et avec les enfants nés des viols. »

Le recours à cette violence sexuelle est loin d’être rare en Colombie. Il s’agit au contraire de pratiques devenues habituelles, qui font partie intégrante du conflit armé en cours. Le rapport d’Oxfam souligne que le silence des autorités colombiennes vis-à-vis de ces crimes a entraîné un climat d’impunité dans le pays. Ces abus ne font en effet pas l’objet de poursuites et de sanctions. Les femmes sont ainsi devenues les victimes oubliées du conflit.

« Beaucoup de femmes craignent de porter plainte par peur d’actes de vengeance contre elles ou leur famille, mais également par pudeur » explique Erik Van Mele, directeur adjoint du Programme Sud d’Oxfam-Solidarité. « Les rares qui osent franchir le pas et porter plainte font face à de nombreuses difficultés découlant du manque de garanties légales et de la méfiance générale dans le chef des autorités. »

Une déplacée sur cinq fuit la violence sexuelle
Les seules avancées obtenues contre ce climat d’impunité résultent du travail acharné des organisations de femmes. Leurs efforts ont permis d’entamer des enquêtes sur 183 cas de violences sexuelles à l’encontre de déplacées internes. Mais il ne s’agit là que d’une infime partie des cas, quant on sait que la Colombie compte entre 3 et 4 millions de déplacés et que la moitié de ces déplacés sont des femmes. On sait en outre qu’une déplacée sur cinq a été contrainte de quitter sa maison pour fuir la violence sexuelle.

« Malheureusement, beaucoup en Colombie ont tendance à considérer la violence sexuelle comme un problème secondaire, une violation des droits humains de second rang. Cette situation empêche l’introduction de mesures plus dures, d’un cadre légal solide destiné à prévenir ces crimes à l’encontre des femmes », poursuit Erik Van Mele.

L’engagement clair du Ministre Leterme
Lors de la remise de son rapport au Ministre des Affaires étrangères Yves Leterme, Stefaan Declercq a appelé la Belgique et l’Union européenne à agir de façon décisive pour mettre fin à ces crimes. Cet appel semble avoir trouvé écho auprès du Ministre, visiblement impressionné par le témoignage de Jineth Bedoya. Celle-ci a plaidé pour que les milliers de femmes victimes cessent d’être invisibles aux yeux du gouvernement colombien et de la communauté internationale. « Nous ne sommes pas des statistiques. Nous sommes des êtres humains faits de chair et de sang", déclara-t-elle à l’occasion de cette rencontre. « Nous voulons que justice soit faite afin de pouvoir nous tourner vers l’avenir. Nous vouons vivre dans la paix et la sécurité. »

Le Ministre Leterme a alors émis une engagement clair : « Dans les semaines et les mois qui viennent, la Belgique aura l’occasion de mettre en lumière cette injustice à différents niveaux de pouvoir. A la présidence du Conseil des Droits de l’Homme de Genève puis de l’Union européenne, la Belgique fera tout ce qui est en son pouvoir pour mettre cette question à l’agenda international. La violence terrible et inhumaine qui s’abat sur les femmes de Colombie doit cesser. Dans ses relations bilatérales avec la Colombie, la Belgique plaidera également pour que cesse l’impunité. »

Quelques chiffres sur la Colombie :
- Entre 3 et 4 millions de déplacés internes depuis 1985
- Une déplacée sur cinq a dû quitter sa maison pour fuir les violences sexuelles
- 2.227 personnes ont été illégalement privées de leur liberté entre 2004 et 2007
- 4.000 victimes d’assassinats ciblés depuis 2002
- 8.000 à 13.000 garçons et filles servent comme enfants-soldats
- La Colombie compte le plus grand nombre de victimes de mines antipersonnel au monde
- Entre 2006 et 2008, la Colombie a chuté de 10 places dans l’Indice de Développement Humain (IDH) de l’ONU, passant de la 70ème à la 80ème place sur 177 pays

Sources : Amnesty International (2008), Indice de Développement Humain du PNUD (2008), Informe para el Examen Periodico Universal de Colombia (2008), Rapport sur le Développement Humain (2004).

Pour plus d’infos :
- Alexander Terry, Gestionnaire du Programme Colombie, Oxfam-Solidarité
Tél. : +32(0)2 501 67 46 - 0475 87 41 29 - ath(at)oxfamsol.be
- Le résumé en français du rapport "La violence sexuelle, arme de guerre en Colombie"
- Les photos “Ruta Pacífica de las Mujeres” + la vidéo et les témoignages audios de victimes colombiennes

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