Le Yémen face à une épidémie de choléra sous-évaluée et à un pic imminent de cas de coronavirus

28/07/2020

Des milliers personnes au Yémen pourraient mourir de cas de choléra non détectés car la COVID-19 a submergé les centres de santé du pays et les Yéménites ont trop peur de s’y faire soigner par crainte du virus, alerte Oxfam aujourd’hui.

Le nombre de cas de coronavirus au Yémen devrait atteindre son pic dans les semaines à venir, tandis que les fortes pluies attendues en août pourraient aggraver une épidémie sous-évaluée de choléra.

Le nombre de cas suspects de choléra enregistrés depuis le mois de mars a connu une diminution anormale. Au cours des trois premiers mois de 2020, il y a eu plus de 100 000 cas suspects de choléra au Yémen, mais ce nombre a chuté de 50 % au cours des trois mois suivants. Pourtant, l'année dernière, les chiffres avaient augmenté de 70 % au cours du deuxième trimestre car celui-ci coïncide avec le début de la saison des pluies.

Cela signifie qu'il est probable que des dizaines de milliers de personnes souffrent actuellement du choléra sans que ces cas n’aient été détectés et donc traités. Selon l'OMS, la moitié des personnes chez qui le choléra a été diagnostiqué mourront de la maladie si celle-ci n'est pas soignée, un chiffre qui pourrait être inférieur à 1% si elle est traitée à temps et de manière adéquate.

Potentiellement un million de cas

Le premier cas de coronavirus a été signalé dans le pays en avril et bien qu'officiellement « seulement » 1678 cas aient été répertoriés à l’heure actuelle, le chiffre réel est probablement sous-évalué en raison de l'absence de transparence sur le nombre de cas recensés et la rareté des tests dans le pays. Le ministère britannique du développement international a estimé qu'il pourrait déjà avoir atteint un million de cas.

« Le choléra et le coronavirus pourraient atteindre un pic dans les semaines à venir et plonger le Yémen dans une nouvelle catastrophe sanitaire. Les Yéménites ont désespérément besoin que les combats qui ont détruit leurs hôpitaux et les ont rendus plus vulnérables au virus s’arrêtent », a déclaré Muhsin Siddiquey, directeur d'Oxfam au Yémen.

« Plutôt que de laisser entendre que la lutte contre le choléra et le coronavirus est sous contrôle au Yémen, les faibles chiffres officiels démontrent exactement le contraire. Le manque de structures sanitaires et la peur de se faire soigner font que le nombre de personnes souffrant de ces maladies est largement sous-estimé », redoute M. Siddiquey.

L’économie est au bord du gouffre

Le Yémen a également été touché par l’impact économique catastrophique du coronavirus. L'effondrement des transferts de fonds des Yéménites expatriés vers leur pays et le durcissement des restrictions sur les importations de denrées alimentaires vitales ont entraîné une augmentation considérable du prix des denrées alimentaires, aggravant ainsi la crise alimentaire subie par des millions de Yéménites.

À cela s'ajoute le manque de financements humanitaires pour répondre aux besoins de la population. Seuls deux pour cent des fonds nécessaires pour fournir de l'eau potable et des installations sanitaires afin de contribuer à freiner la propagation du coronavirus ont été donnés. Dans l'ensemble, moins d'un tiers du financement humanitaire destiné au Yémen a été réuni par rapport à l'année précédente à la même époque. Pourtant la COVID-19 a depuis lors aggravé ce qui était déjà la plus grande catastrophe humanitaire au monde.

« Le monde subit de plein fouet le contrecoup économique du coronavirus, mais cela ne veut pas dire que les millions de Yéménites qui souffrent déjà de la faim, de la maladie et des conflits doivent être abandonnés à leur sort », déplore M. Siddiquey.

« La communauté internationale doit augmenter de toute urgence le financement de l’aide humanitaire au Yémen pour s'assurer que toutes celles et ceux qui ont dû fuir les combats, lutter contre la maladie ou faire face à la faim reçoivent l'aide vitale dont ils ont besoin ».

Depuis la confirmation du premier cas d'infection à la maladie Covid-19 au Yémen en avril, Oxfam a réorganisé son travail pour répondre à la pandémie. Priorité a été donnée à la réhabilitation de l'approvisionnement en eau de l'un des principaux hôpitaux d'Aden, à la distribution de kits d'hygiène pour les ménages les plus vulnérables et à l'acheminement par camion d'eau propre vers les camps de personnes déplacées. Oxfam a également distribué des coupons alimentaires aux familles touchées par les inondations en avril dernier. Dans tout le Yémen, Oxfam forme des agents de santé communautaire chargés de diffuser des messages de sensibilisation à la maladie et à l'importance de l'hygiène et du lavage des mains.

Notes aux redactions

  • Le Département du Développement international britannique s’est basé sur la modélisation des cas de COVID-19 par la London School of Hygiene and Tropical Medicine pour affirmer que les cas atteindront un pic au Yémen en juillet et en août. La modélisation de l'Imperial College de Londres, disponible ici, montre que le nombre de cas atteindra son pic en octobre.
  • Les données indiquant le nombre de cas suspects de choléra sont disponibles ici
  • Le Département du Développement international britannique a estimé à 1 million le nombre de cas de choléra au Yémen.