Détruire la planète, un privilège de riches ?

21/09/2020

Le monde a émis autant de CO2 dans l’atmosphère en 25 ans, que lors du reste de l’Histoire de l’Humanité. A ce rythme-là, d’ici à 2030, nous atteindrons un point de non-retour dans le réchauffement global. Alors que les personnes les plus vulnérables affrontent déjà les conséquences de la crise climatique, ce sont les plus riches de la planète qui sont responsables de la plupart des émissions.

Les 1% les plus riches de la planète émettent maintenant plus de deux fois plus de CO2 que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. C’est ce qui ressort du dernier rapport Oxfam «Combattre les inégalités des émissions de CO2». Pourtant, les personnes qui subissent les conséquences les plus graves de la crise climatique en sont les moins responsables. Les phénomènes climatiques extrêmes, comme les ouragans, les inondations ou les sécheresses touchent en effet principalement les 3,1 milliards de personnes les plus pauvres. Sans oublier la jeune génération qui hérite d’une planète de moins en moins vivable. Au nom d’une croissance économique sans limite, on assiste à une croissance des émissions de CO2 et des inégalités qui nous mènent droit dans le mur. Il est encore temps de remettre les « privilèges carbone » en question.

Découvrez le rapport

Chaque tonne de CO2 compte

Les scientifiques nous ont prévenu.e.s : il faut tout faire pour limiter le réchauffement climatique en dessous de la barre des 1,5°C. Sinon, les conséquences climatiques seront complètement hors de contrôle. Pour ne pas dépasser cette barre, un « budget carbone » a été calculé. Il représente le nombre de tonnes d’émissions de CO2 à ne dépasser. Chaque année, ce qui est émis comme CO2 se rajoute à ce qui a été émis les années précédentes. Le budget carbone diminue donc tous les ans.

Ce budget, c’est le budget pour toute la planète. Mais la responsabilité dans la diminution de ce budget n’est pas la même pour tout le monde. Ceux qui l’entament le plus sont aussi ceux qui s’enrichissent le plus : entre 1990 et 2015, les 10% les plus riches de la planète représentent plus de la moitié des émissions de CO2 au niveau mondial.

Au rythme actuel, le budget carbone sera dépassé en 2030. Mais même si 90% de la population mondiale s’arrêtait maintenant d’émettre du CO2, la consommation des 10% ferait exploser le budget dans les premières années de la décennie 2030.

Et la Belgique dans tout ça ? 

La Belgique fait à la fois partie du problème et de la solution. Il y a de nombreux Belges au sein des 10% les plus riches de la planète. Ce qui signifie aussi qu’un gouvernement ambitieux sur la question climatique aura un réel impact sur les émissions globales, surtout s’il pousse les autres états membres de l’Union européenne à lui emboiter le pas.

Pour le moment, les grands discours n’ont pas été suivis de mesures politiques fortes. En effet, sur la période 1990-2015, la Belgique a continué à augmenter ses émissions de CO2. En moyenne, la quantité de CO2 émise par une personne dans notre est pays est 8 fois supérieure à la quantité d’émissions qu’il ne faudrait pas dépasser pour rester sous la barre des 1,5°C de réchauffement.

Le transport fait partie des principales raisons : les vols trop fréquents ou l’achat et l’utilisation des SUV sont deux facteurs majeurs dans la différence d’émissions de CO2 entre la Belgique et les pays les moins pollueurs. Afin d’y remédier, le gouvernement doit remettre en question l’exonération fiscale sur le carburant d’aviation, les plans de sauvetage inconditionnels de l’industrie aéronautique et les allègements fiscaux pour les véhicules de société.

S’attaquer aux « privilèges carbone »

Pointer les inégalités et les injustices liées aux émissions de CO2, c’est avant tout pointer des décisions politiques et un système économique qui placent le profit de quelques-un.e.s au-dessus des droits humains, de la justice sociale et de l’avenir de l’ensemble de la population mondiale. Les niveaux inconsidérés d’émissions que l’on atteint aujourd’hui sont le fruit de décisions politiques néolibérales prises lors des 20 ou 30 dernières années. Pour inverser la tendance, c’est avant tout au système qu’il faut s’attaquer.

Nous avons un rôle à jouer collectivement. A l’heure où les décideurs et décideuses politiques belges préparent leurs plans de relance économique, il est grand temps de les pousser de toutes nos forces à passer à l’action. C’est en nous unissant et en réclamant une transition juste que nous pourrons contrer les inégalités et la crise climatique. Les gouvernements doivent agir maintenant pour s’attaquer « privilèges carbone » des plus riches et lutter contre les inégalités sociales.

Les 4 recommandations d’Oxfam

Ensemble, exigeons un changement de cap. Il existe des mesures concrètes et des grands caps à suivre. Voici les principales recommandations d’Oxfam pour inverser la tendance et établir une justice sociale, économique et climatique. La Belgique doit :  

  1. Pousser pour une réduction de 65% des émissions de CO2 en 2030 au niveau européen, surtout dans la loi Climat Européenne qui est actuellement en train d’être discutée. Le Plan National Energie Climat doit suivre la même voie.
  2. Considérer une taxation carbone progressive afin d'obtenir un revenu qui pourrait être investi dans une transition juste sensible au genre et aux groupes marginalisés.
  3. Mettre fin aux plans de sauvetage financier et aux subventions pour les secteurs associés à une consommation élevée en carbone. Il doit au contraire axer son plan de relance sur les secteurs à faibles émissions de carbone, comme la santé et les services sociaux, qui bénéficient de manière écrasante aux groupes à faible revenu, aux groupes marginalisés et aux femmes qui supportent la majorité du travail de soins rémunéré et non rémunéré.
  4. Établir de nouveaux indicateurs de réussite pour notre économie en lien avec la crise climatique et socio-économique.  A l’image du budget du bien-être mis en place en Nouvelle-Zélande, ces indicateurs doivent refléter à la fois la garantie d’un niveau de vie décent et le respect des limites écologiques. En ce qui concerne le suivi des émissions, les indicateurs actuels basés sur la production doivent s’accompagner des indicateurs basés sur la consommation, ce qui éviterait qu’on délocalise tout simplement nos émissions.

 

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