Se protéger de la faim, une poignée de riz à la fois

21/09/2020

 Il y de vagues airs de « Cigale et la Fourmi » dans cette histoire. Mais au Bangladesh, la situation laisse bien peu de place aux cigales, et être fourmi est une question de survie. Le pays fait en effet partie des régions du monde souffrant le plus du dérèglement climatique. Inondations catastrophiques et cyclones dévastateurs s’y succèdent. La faim menace régulièrement les communautés rurales.

 

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Lassées d’attendre l’aide promise par les autorités, des femmes du village de Borangile ont décidé de prendre les choses en main. Leur plan est simple : mettre de côté une poignée de riz à chaque repas et la stocker pour les jours difficiles.

Pour conserver cette manne dans de bonnes conditions, un petit abri a été construit. Il a ensuite suffi de créer un registre et d’installer quelques balances pour créer une véritable banque alimentaire. Les femmes y déposent le riz qu'elles peuvent économiser, et elle peuvent en demander au besoin.

Woman with rice saved for the food bank - Bangladesh

Tahamina s’apprête à déposer un kilo de riz à la banque alimentaire de Katlamari.

Un modèle qui se diffuse

Avec ses partenaires au Bangladesh, Oxfam a contribué à diffuser ce modèle de banques alimentaires dans d’autres communautés, tout en leur apportant une aide logistique. Dans le district de Gaibandha, à proximité de Borangile, 12 banques alimentaires ont ainsi été établies avec l’aide de la SKS Foundation, une organisation partenaire d’Oxfam spécialisée dans l’aide au développement des communautés vulnérables.

« Nous avons aidé les femmes à acheter l’équipement et à ouvrir un compte bancaire, et nous les avons formées à tenir des comptes précis », explique Baharam Kahn, coordinatrice chez SKS. « Nos membres habitent dans ou aux alentours des villages. Cela fait toute la différence en termes de relation avec les communautés, de confiance et de connaissance des réalités locales. »

« Nous ne devons plus demander d’aide »

« Toutes les familles du village sont pauvres », pose d’emblée Mosammat Rabeya Begum, présidente de la banque alimentaire du village de Katlamari. « Chaque année, nous ne pouvons travailler que 6 mois. Le reste du temps, les inondations et d’autres catastrophes nous en empêchent. Ce sont des périodes difficiles, où la nourriture manque… Mais maintenant, grâce au riz mis de côté, nous n’avons plus besoin de faire appel à d’autres personnes. »

Meal time in Bangladesh

Mosammat est soulagée : elle sait que ses enfants ne souffriront pas de la faim.

« La banque alimentaire est une bénédiction », se réjouit Layli Begum, qui habite dans le même village. « C’est bien mieux d’emprunter à la banque alimentaire qu’à des personnes extérieures, car elle ne demande pas d’intérêts. »

Des banques alimentaires encore plus indispensables à cause de la pandémie

Début 2020, la pandémie de coronavirus est arrivée au Bangladesh, suivie quasi immédiatement du cyclone Amphan. Les travailleur.euse.s journalièr.e.s ont perdu leur emploi à cause des mesures de confinement, et de nombreuses cultures ont été détruites par la tempête. C’est dans ces situations que les banques alimentaires montrent toute leur importance.

Sri Moti Kajoli Rani habite à Tengrakandi avec ses quatre enfants. « Quand les inondations sont arrivées, la vie est devenue très difficile », témoigne-t-elle. « Et un nouveau danger est apparu sous la forme du coronavirus. Je suis très inquiète, mais le fait de savoir que la banque alimentaire existe me rassure en partie. Même si tout va mal, je sais que je pourrais au moins obtenir à manger pour moi et mes enfants. »

Oxfam et ses organisations ont déjà contribué à développer 275 banques alimentaires au Bangladesh, qui bénéficient à 30.000 personnes. Le montant nécessaire à l’établissement d’une banque n’est pas énorme : à peine 250 dollars. Le retour sur cet investissement est quant à lui incalculable, car il met des milliers de personnes à l'abri de la faim.

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Photos : Saikat Mojumder/Oxfam
Basé sur un article d'Elizabeth Stevens/Oxfam US