Le Yémen fait face à une 2e vague de Covid-19 alors que les combats s’intensifient et que la famine menace à nouveau la population

23/03/2021

En quelques semaines, les cas enregistrés de Covid-19 ont été multipliés par 22 au Yémen, le signe qu’une deuxième vague de coronavirus est en train de se répandre dans le pays, alerte Oxfam. Cette deuxième vague arrive à un moment où le Yémen connait une nouvelle reprise des hostilités qui pourrait forcer des centaines de milliers de Yéménites à fuir.

Selon Oxfam, un deuxième pic serait dévastateur à l’heure où le pays entre dans sa septième année de guerre et qu’il est toujours confronté à ce que les Nations unies ont qualifié de « pire famine que le monde ait connue depuis des décennies ». À la pandémie et à la famine vient s’ajouter une intensification des combats dans le gouvernorat de Marib, dont on craint qu’elle ne force près de 400.000 personnes à fuir.

La menace de la saison des pluies

L'arrivée de la saison des pluies - attendue en avril - devrait faire resurgir la menace du choléra, qui, combinée à la Covid, va submerger un système de santé mis à mal par six années de guerre et une économie effondrée. Malgré l'ampleur des besoins, le programme d'aide du Yémen est sous-financé à plus de 50 %.

Les cas de Covid-19 enregistrés au cours des deux premières semaines de mars étaient 22 fois plus nombreux que le nombre de cas enregistrés au cours des deux premières semaines de février. Ces chiffres indiquent une forte augmentation du nombre de personnes admises dans les établissements de santé pour des symptômes graves, car ce sont les seules personnes qui sont testées.

Muhsin Siddiquey, directeur d'Oxfam au Yémen, a déclaré : "Le Yémen est à un point de basculement - des millions de personnes étaient déjà à bout de forces, maintenant la Covid, le choléra et une intensification du conflit menacent de les faire basculer. Dans les villes du pays, les gens doivent faire face à une intensification des combats et à une deuxième vague de Covid-19. De nombreuses personnes ne vont pas à l'hôpital lorsqu'elles présentent des symptômes - même lorsque le traitement est disponible, car elles sont incapables de payer les frais médicaux. À cause du manque de tests, nous ne pouvons pas quantifier la véritable ampleur du problème, mais nous savons que le coronavirus se répand rapidement. J'entends chaque jour parler de nouvelles personnes qui meurent de symptômes similaires à ceux de la Covid sans avoir été soignées."

La peur d’une propagation éclair plane sur Marib

L'escalade des hostilités autour de Marib, où un certain nombre de cas de Covid ont été signalés récemment, inquiète Oxfam. En forçant les gens à fuir pour se mettre en sécurité, la recrudescence des combats pourrait accélérer la propagation du virus dans tout le pays. Par ailleurs, les villes de Taiz, Hajjah, Hudaydah et Aldhale'e ont fait l'objet de multiples frappes aériennes, semant la terreur dans l’ouest du pays.

Depuis février, plus de 11.000 personnes déplacées à Marib ont été à nouveau déplacées, certains camps entiers ayant dû être évacués. Nombre d'entre elles ont dû fuir quatre ou cinq fois, car les lignes de front se sont déplacées. Des responsables locaux ont déclaré à Oxfam que le chiffre des Nations unies était sous-estimé et que 3 millions de personnes étaient en réalité déplacées dans la région.

Au total, on estime que plus de 4 millions de personnes ont jusqu'à présent été déplacées par le conflit et que près de 68 % des Yéménites ont besoin d'une aide humanitaire. L'ONU estime que 1,2 million de personnes ont fui vers Marib, une ville qui était jusqu'à récemment considérée comme relativement sûre et qui accueille la plus grande population de déplacés internes du Yémen.

Muhsin Siddiquey a déclaré : "Les habitants de Marib sont désespérés, ils ont le choix entre rester sur place au péril de leur vie et de celle de leurs enfants ou fuir dans le désert où il n'y a ni eau ni nourriture".

L’un des taux de mortalité les plus élevés au monde

Les chiffres officiels font état de 3.418 cas et de 751 décès dus à la Covid-19 au Yémen, soit un taux de mortalité de 22 %, l'un des plus élevés au monde. Mais comme les tests sont rares et que de nombreux cas de maladie et de décès ont été signalés, le nombre réel de décès dus à la Covid-19 est sans doute beaucoup plus élevé. Jusqu'à présent, personne au Yémen n'a été vacciné, bien que le pays s'attende à recevoir des vaccins dans le courant du mois.

On estime que le système de santé yéménite ne fonctionne qu'à la moitié de ses capacités d'avant-guerre, malgré l'augmentation massive des besoins. De nombreux membres du personnel de santé ne sont pas payés depuis des mois, tandis que le pays ne dispose que de 700 lits de soins intensifs et de 500 respirateurs pour une population de 30 millions d'habitants. De plus, le pays est aux prises avec le choléra depuis le début d’une épidémie fulgurante qui a surgi il y a cinq ans. 2,1 millions de cas ont jusqu’à présent été signalés.

Au début du mois, l'ONU a organisé une conférence de donateurs demandant 3,85 milliards de dollars, mais a reçu moins de 1,7 milliard de dollars, soit moins que ce qui a été reçu en 2020 et 1 milliard de dollars de moins que le montant promis lors de la conférence de 2019.

Muhsin Siddiquey, directeur national d'Oxfam au Yémen, a déclaré : "Même les personnes qui échappent aux missiles et aux balles sont confrontées à une lutte quotidienne pour survivre face à la maladie et au dénuement. Les Yéménites souffrent depuis six longues années - il est temps que le monde mette un terme à cette tragédie."

Notes aux rédactions

  • Le conflit au Yémen a connu une escalade il y a presque 6 ans jour pour jour (dans la nuit du 25 au 26 mars 2015), lorsqu’une coalition d’états menée par l’Arabie Saoudite est intervenue militairement dans le pays.
  • Pour avoir un aperçu des besoins humanitaires au Yémen en 2021, vous pouvez consulter cet état des lieux, réalisé par le portail d’information humanitaire ReliefWeb en février 2021.
  • Point sur la pandémie de covid-19 au Yémen via ce lien.
  • Les estimations (mars 2021) de l’Organisation Mondiale pour les Migrations sur le Yémen sont accessibles ici.
  • Les autorités locales estiment le nombre de déplacés au Yémen à 3 millions de personnes.
  • Entre avril 2017et décembre 2018, plus de 1,3 million de cas suspects de choléra et 2.760 décès associés ont été enregistrés dans le pays - l'une des pires épidémies de l'histoire récente, selon les Nations unies.
  • L'Organisation mondiale de la santé a signalé une augmentation des cas suspects de choléra en 2019, avec plus de 861.000 cas suspects et 1.025 décès associés enregistrés. http://yemeneoc.org/bi/
  • Entre le 1er janvier et le 30 juin 2020, 150.849 cas suspects ont été enregistrés.