Congo : emprunter pour se nourrir

31/12/2018

Face aux conflits et aux déplacements de populations en Ituri et au Nord-Kivu (RD Congo), Oxfam est venue en aide à 4.050 ménages en 2018. Nous leur avons apporter de la nourriture, une protection et un soutien financier pour leurs besoins les plus urgents. Un projet rendu possible par un financement de l’Union Européenne.

La République Démocratique du Congo compte plus de 4 millions de personnes déplacées à l'intérieur même du pays, qui ont dû fuir leur maison face aux violences. C’est la plus grande crise de déplacés de toute l’Afrique. Les régions de l’Ituri et du Nord-Kivu sont particulièrement touchées, ayant connu de nombreuses vagues de violences au cours de l'année 2017 et 2018 avec des centaines de milliers de personnes déplacées.

« Mes vrais amis se sont transformés en ennemis »

Meurtres, viols, pillages, incendie des villages, destruction des écoles et des centres de santé... De nombreuses violences ont été causées par des attaques et des affrontements de nombreux groupes armés (Mai-Mai, ADF, Nalu, FARDC, FRPI, Mazembe, Nduma Defense of Congo, etc…) ainsi que des affrontements inter-ethniques, notamment entre les ethnies Hema et Lendu en Ituri.

Salire Joseph, 56 ans et père de 6 enfants, chef du village de Bani et déplacé à Téléga suite à ces affrontements inter-ethniques témoigne : « Certains avaient déjà commis des atrocités en 2003. Ce sont les mêmes qui nous ont attaqués avec des machettes. Nous avons tout perdu. Imagine que tes amis viennent te tuer... mes vrais amis se sont transformés en ennemis. On ne croyait plus que ce conflit pourrait renaitre encore et faire des morts entre nous, c’est dur à comprendre. »

Les personnes déplacées ont perdu tous leurs moyens d'existence : elles ont dû abandonner leurs champs et leurs troupeaux dans leur fuite. Mais aussi leurs vêtements, leurs réserves alimentaires et ustensiles de cuisine. Certains tentent de survivre en se proposant comme travailleurs journaliers dans les zones où ils se sont réfugiés. Mais à certains endroits, le revenu d'une journée de travail ne dépasse pas 500 francs congolais, soit à peine l'équivalant d'un kilo de farine de manioc. Ils doivent donc emprunter pour se nourrir, et plus de 85% d’entre eux se retrouvent endettés.

De l’aide d’urgence pour 4.050 ménages

Pour venir en aide aux plus vulnérables, Oxfam distribue des coupons qui leur permettent d'acheter des biens sur le marché local : poisson séché, farine de manioc, haricots et huile. Les femmes enceintes ou allaitantes reçoivent aussi un sachet de semence potagères. Pour lutter contre l’endettement des ménages, Oxfam distribue aussi de l'argent liquide. Chaque ménage a ainsi droit à deux versements de 25 dollars. Au total, 4.050 ménages vulnérables ont ainsi été aidés en 2018, en Ituri et au Nord-Kivu. Des personnes comme Colette, déplacée sur le site de Lopa, territoire de Djugu, en province d’Ituri :

« Je suis arrivée ici début février, pour cause de conflit avec des assaillants. Je suis venue du village de Beliba, dans le territoire de Djugu, en chefferie de Bahema Baguru. Oxfam est le premier à venir nous soutenir. Oxfam nous a donné de l’argent pour nous acheter de la nourriture et pour nous acheter quelques objets qui nous manquent parce que tout était brulé chez nous. Il faudra reconstruire notre village avant tout, puis nous pourrons rentrer, pour cultiver nos champs. Merci pour cette assistance, parce que je vois déjà plein de réussite, presque tout le monde est satisfait parce qu’ici nous mourrions de faim mais maintenant au moins nous avons quelque chose à manger. Maintenant nous sommes plus ou moins bien. »

S’organiser pour se protéger

En plus de cette aide alimentaire, les projets d’Oxfam se focalisent également sur la protection des personnes déplacées. Les risques qu’elles encourent sont nombreux : déplacements successifs, assassinats, kidnappings, enrôlements forcés des jeunes par les miliciens, viols, mariage forcés, extorsion des biens, barrages et taxes illégales… Les séparations familiales au cours des déplacements sont également fréquentes. Lors d’une enquête de décembre 2017, 14% des ménages disaient avoir perdu un membre de leur famille lors de leur fuite. Dans 30% des cas c'est un enfant.

Compte tenu de tous ces risques, Oxfam tente de protéger les personnes les plus vulnérables en formant des personnes de référence parmi les déplacés. Elles sont formées à des thèmes comme la défense des droits ou la manière de réagir en cas de violence. Ces personnes de référence sensibilisent alors à leur tour la communauté. Elles dirigent également les personnes vulnérables vers les structures de prise en charges psychosociales ou médicales les mieux à même de les aider. Les communautés déplacées sont ainsi mieux à même de s'auto-protéger.

Ce programme d’Oxfam a été rendu possible par un financement de l'Union européenne.