La crise climatique provoque la faim dans le monde

21/10/2019

Sécheresses, inondations ou cyclones affectent directement la production et l’accès à la nourriture dans les pays les plus pauvres. La faim augmente dans le monde.

La crise climatique actuelle est en grande partie causée par l’activité humaine (industrie, élevage industriel, transport, chauffage…). Et elle entraîne notamment une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes. Les cyclones Idai et Kenneth, qui ont dévasté une partie de l’Afrique australe il y a quelques mois, en sont un triste exemple.

Et qui sont les plus touchés par ces catastrophes ? Les pays pauvres, alors qu’ils ne sont pas les principaux responsables de la crise climatique . Les communautés paysannes sont particulièrement affectées. Des récoltes entières peuvent être détruites par des sécheresses ou des inondations, privant des communautés de leur source principale de nourriture et/ou de revenus.

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820 millions de personnes souffrent de la faim

Les Nations Unies s’étaient fixé comme objectif l’éradication de la faim d’ici à 2030. Mais celle-ci ne fait qu’augmenter depuis 2015. En 2018, 820 millions de personnes souffraient de la faim, soit un retour au niveau de 2010.

La crise climatique n’est cependant pas le seul facteur de ce retour en arrière. C’est tout un système politique et économique qui est en cause.

Jean-Pascal van Ypersele, climatologue à l’UCLouvain et ancien vice-président du GIEC, répond à trois questions sur les liens entre crise climatique et alimentation.

Crise climatique et faim : des causes multifactorielles

Pour illustrer la complexité des interactions, prenons deux exemples : l’élevage intensif et les agrocarburants.

L’élevage intensif entraîne des déforestations massives afin de cultiver de quoi nourrir des milliards de têtes de bétail (lui-même responsable d’une énorme partie des émissions de CO2). Les récents incendies gigantesques en Amazonie trouvent notamment leur cause dans cette déforestation. Et moins d’arbres, c’est aussi moins de CO2 absorbé… Un cercle particulièrement vicieux.

En ce qui concerne les agrocarburants, ils sont souvent cités comme alternative verte aux carburants fossiles. Pourtant, leur production implique d’utiliser des techniques agricoles qui nuisent à la planète (engrais chimiques). Elle utilise aussi des terres parfois volées aux communautés locales, qui se voient ainsi privées d’une source de nourriture essentielle. Cela n’empêche pas l’Europe et le Belgique de fixer des objectifs toujours plus haut en termes d’agrocarburants.

Bref, le problème est global et fait interagir de nombreux facteurs. La solution ne peut donc être que globale également.

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Agro-écologie vs agro-industrie

Les politiques actuelles soutiennent en masse l’agro-industrie : agriculture et élevage intensifs, engrais chimiques, semences brevetées, etc. Mais ce mode de production est insoutenable au niveau écologique, et ne contribue pas à éradiquer la faim dans le monde. Il a plutôt pour objectif de générer du profit.

Pour nourrir la planète, il faut recentrer les politiques vers le soutien de l’agriculture familiale et locale, plus respectueuse de l’environnement. C’est ce qu’on appelle l’agro-écologie. Cette approche est plus économe en ressources, et préserve mieux les écosystèmes.

Elle permet de mieux se préparer aux nouveaux enjeux agricoles, de mieux gérer l’usage des terres et a un impact positif sur la crise climatique. Enfin, elle permet de promouvoir l’égalité des genres, en renforçant le rôle des femmes au sein des communautés.

Modifier en profondeur le système de production alimentaire est crucial pour pouvoir éradiquer la faim. Ce n’est pas seulement la conclusion d’Oxfam ou de la Coalition contre la Faim mais aussi des Nations Unies. Passer de l’agro-industrie à l’agro-écologie, c’est le grand tournant que doivent opérer les 193 pays qui se sont engagés à éradiquer la faim. Il est temps de traduire les engagements en actes concrets.

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