RD Congo : 360.000 personnes ont besoin d’aide humanitaire en Ituri

21/10/2019

Onze organisations humanitaires lancent aujourd’hui un avertissement : des centaines de milliers de personnes ayant dû fuir les violences et abandonner leur foyer dans la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo, ont désespérément besoin de nourriture, d’eau, d’abris et de médicaments.

Cinq mois après la résurgence de violences épouvantables, et en raison de conditions de vie déplorables dans la région, des maladies pourtant évitables, comme la rougeole, le paludisme, la polio tuent de nombreuses personnes chaque jour, comme l’affirment dans une déclaration conjointe 11 organisations actives sur le terrain, dont Oxfam.

La plupart des personnes déplacées vivent dans des familles d’accueil vulnérables, poussant dans leurs derniers retranchements des communautés déjà pauvres, disposant de ressources faibles voire inexistantes. D’autres vivent à l’étroit dans des églises et des écoles, ou tentent de survivre dans des camps de fortune surpeuplés.

D’après les organisations humanitaires, il arrive dans certains cas que 500 personnes doivent partager une seule toilette. Ailleurs, d’autres sont contraintes de boire de l’eau souillée porteuse de maladies potentiellement mortelles. Beaucoup dorment à même le sol dans des abris précaires qui n’offrent qu’une protection relative contre les fortes pluies. Ces conditions de vie augmentent également les risques de violences sexuelles à l’égard des femmes et des filles.

« Avec un grand nombre de personnes vivant dans des camps surpeuplés et des taux de malnutrition élevés, tous les ingrédients sont réunis pour favoriser la propagation rapide des maladies. », selon Martine Villeneuve, directrice du Danish Refugee Council en RDC.

Situation instable en Ituri depuis mai

Depuis mai dernier, des centaines de personnes ont été tuées au cours d’agressions d’une violence inouïe perpétrées par des hommes armés dans les territoires de Djugu et de Mahagi. Plus de 360.000 personnes ont été contraintes de fuir pour sauver leur vie, abandonnant leurs maisons à la folie destructrice des assaillants.

Maureen Philippon, directrice du Norwegian Refugee Council a déclaré : « Ce nouveau déplacement de grande ampleur affecte des personnes devenues de plus en plus vulnérables chaque fois qu’elles ont été déracinées de leur foyer. »

Les organisations humanitaires demandent l’octroi d’une protection à toute la population civile et l’arrêt immédiat des violences. Presque toutes les personnes déplacées à qui elles ont parlé ont été témoins des pires atrocités.

Une villageoise, Marie, témoigne de l’horreur qu’elle a vécu : « Ils sont arrivés à 10 heures du matin. Certains tiraient des coups de feu en l’air, tandis que d’autres coupaient la tête des gens avec des machettes et des couteaux. Ils ont encerclé le village et brûlé toutes les maisons. Ils ont décapité mes enfants et ma mère aussi. C’est un miracle que j’aie réussi à m’échapper. »

La recrudescence de la violence, dont les causes sont multiples et complexes, a ravivé les tensions existantes entre les différentes communautés. Les habitants ne peuvent plus se rendre au marché, de peur d’être attaqués.

Course contre la montre avant la période de soudure

Beaucoup de villageoises et de villageois étaient sur le point de faire leurs récoltes mais ont été contraints d’abandonner leurs champs à cause des violences. Dans une économie rurale, cela revient à perdre à la fois leur source d’alimentation et leur source de revenus.

De plus, la situation ne cesse de se détériorer à l’approche de la période de soudure, cette période juste avant les premières récoltes et où le grain de la récolte précédente est épuisé. Les prix de certains aliments ont d’ores et déjà doublé, condamnant encore plus de personnes à souffrir de la faim. Près de la moitié de la population de la zone touchée est confrontée à un état d’urgence alimentaire.

Comme l’affirme Corinne N’Daw, directrice pays Oxfam en RD Congo : « La situation est catastrophique. De nombreux enfants souffrent de malnutrition. La plupart des gens ont tout perdu et ont été témoins des pires atrocités. Maintenant ils sont confrontés à un terrible dilemme : se retrouver sans rien à manger ou risquer leur vie en retournant dans leurs champs. »

Étant donné que la population est dispersée sur de grandes distances dans des régions reculées, les 11 organisations soulignent qu’il est extrêmement difficile de venir en aide à toutes les personnes qui en ont besoin.

Des besoins loin d’être atteints en 2019

Aucune leçon n’a été tirée de la précédente crise de 2018, lorsque le manque de fonds et l’insécurité rampante avaient empêché les organisations humanitaires de venir en aide à toute la population qui en avait besoin. Dix mois après le début de l’année 2019, la RD Congo n’a reçu que 35 % des fonds nécessaires dans un pays où 15,6 millions de personnes sont touchées par une grave insécurité alimentaire. La situation en Ituri n’est que l’une des multiples crises humanitaires qui affectent la RD Congo, dont fait partie l’épidémie Ebola déclarée urgence sanitaire mondiale il y a trois mois.

Cette année, Oxfam est venue en aide à 1,3 millions de personnes en RDC. Face à l’ampleur des besoins et au manque de financements, Oxfam relance un appel aux dons pour alimenter son fonds d’urgence. Les dons sont possibles via le compte IBAN BE37 0000 0000 2828, avec la mention « Congo ».