Un an après Idai, trois pays toujours blessés

Hygiene  kits distribution  - copyright Micas Mondlane/Oxfam Novib
12/03/2020

12 mois après le passage du cyclone sur le Mozambique, le Zimbabwe et le Malawi, des millions de personnes luttent encore pour reconstruire leur vie. La route vers la guérison est bloquée par un climat toujours plus capricieux. Les inégalités de genre rendent la situation encore plus difficile pour les femmes.

Aidez à la reconstruction

Il y a un an, le cyclone Idai dévastait le Mozambique, le Zimbabwe et le Malawi. Les donateurs et donatrices d’Oxfam en Belgique et ailleurs dans le monde ont répondu avec générosité aux appels aux dons. Grâce à leur soutien, Oxfam a déjà pu venir en aide à près de 800.000 personnes.

Els Brokken d’Oxfam-Solidarité a pu se rendre sur le terrain dans le camp pour personnes déplacées de Mutua (province de Beira, Mozambique). « Les personnes que j’ai rencontrées étaient très contentes de recevoir de l'aide », témoigne-t-elle. « Avoir accès à des latrines, recevoir des produits d’hygiène... ça peut sembler peu, mais pour des gens qui n’ont plus rien, ce sont des choses essentielles. »

L’aide d’Oxfam en chiffres

Que ce soit au Mozambique, au Malawi ou au Zimbabwe, nous avons reconstruit ou réhabilité des points d’eau, construit des latrines, distribué de l’eau ou de l’équipement permettant de la rendre potable.

Nous avons aussi distribué des semences et installé des systèmes d’irrigation pour permettre aux agriculteur.rice.s de reprendre en partie leur activité.

Enfin, nous avons mené des actions de sensibilisation aux droits et à la sécurité des femmes, particulièrement vulnérables en situation d’urgence humanitaire.

Au Mozambique

Oxfam est venue en aide à 418.862 personnes.  Voici quelques exemples concrets des actions menées sur le terrain :

  • 9.500 familles ont été approvisionnées en eau potable par camion-citerne ;
  • 66.630 kits d’hygiène ont été distribués (savon, pièces de tissus, sous-vêtements, lessive, etc.) ;
  • 36 blocs sanitaires (douches et latrines) construits dans différents camps pour personnes déplacées.

Au Malawi

Oxfam est venue en aide à 272.988 personnes. En chiffres, cette aide s’est notamment traduite par :

  • 80 puits réhabilités pour approvisionner 22.500 personnes en eau ;
  • 6657 familles agricoles ont reçu des semences afin d’assurer leur sécurité alimentaire ;
  • 465 radios solaires ont été distribuées, afin de diffuser des messages de prévention sanitaire ou d’alerte de tempête dans les communautés.

Au Zimbabwe

Oxfam est venue en aide à 104.088 personnes, avec par exemple :
  • 6.360 personnes ont reçu des colis alimentaires ;
  • 50.000 kits « eau propre » distribués (jerrycan, seau avec couvercle et robinet, tablettes de purification) ;
  • 47.000 kits de produits hygiéniques distribués dans des écoles et des cliniques.

Hygiene kits ready for distribution
(Photo : Elena Heatherwick/Oxfam)

Elsa est promotrice d’hygiène Oxfam dans le camp de Manruzi, au Mozambique. Elle supervise notamment la distribution des kits contenant des produits ménagers et sanitaires.

Le terreau infertile des inégalités de genre

Si ce sont les femmes qui exploitent les terres au Mozambique, elles en sont rarement propriétaires. 75% des surfaces cultivables appartiennent en effet à des hommes. Il est particulièrement difficile pour les femmes de protéger le peu de terres dont elles disposent. Et elles sont les dernières à entrer en considération pour l’attribution de nouvelles parcelles.

De plus, de nombreux ménages à la tête desquels se trouvent une femme ont été déplacés sur des sites éloignés de leurs régions d’origine. Ces femmes vivent un choix difficile : rester dans les camps pour prendre soin de leurs enfants, ou les laisser à la charge d’autres personnes pour tenter de reprendre possession de leurs terres.

Un cycle de désastres liés au climat

Idai n’est en fait qu’un désastre dans une longue suite d’événements météorologiques extrêmes touchant le Sud de l’Afrique.

Au cours des 5 dernières années, cette région a connu 3 périodes de sécheresse généralisée et de nombreux épisodes plus localisés. Entre les sécheresses, la région a aussi connu 3 périodes d’inondations sévères.

Dans les 5 mois précédant Idai, de nombreuses familles étaient au bord du précipice après avoir dû dépenser leurs économies et vendre le peu qu’elles possédaient afin de pouvoir se nourrir. Puis le cyclone est venu détruire les cultures juste avant les récoltes, et 6 semaines plus tard les mêmes régions étaient touchées par un second cyclone, Kenneth.

 « Le temps a changé »

Les effets du changement climatique, Amelia (à droite sur la photo ci-dessous) les vit au quotidien. « Le climat a vraiment changé au cours de ma vie », explique-t-elle. « Nous avons désormais des périodes de canicules intenses, comme je n’avais jamais connu avant. Et la pluie arrive à des périodes inattendues. Normalement, la saison des pluies est en février et mars. En janvier, il devrait faire sec. Cette année, la pluie est arrivée en janvier et cela a empêché le maïs de bien pousser. »

Virginia and Amelie are trying to grow maize after the disaster
Photo : Elena Heatherwick / Oxfam

« Juste avant Idai, les arachides et les haricots étaient presque prêts pour la récolte, poursuit Virginia. La tempête a tout détruit. Après les inondations, j’ai planté du maïs, mais il ne pousse pas bien. Souvent, nous allons nous coucher en ayant faim. Les enfants n’arrivent pas à dormir et ils pleurent. Je suis en colère, car mon enfant a faim et je n’ai rien à lui donner. » Virginia (à gauche), mère de 7 enfants.

Une aide plus que jamais nécessaire

Au cours des 12 derniers mois, Oxfam est venue en aide à près d’un million de personnes au Mozambique, au Malawi et au Zimbabwe. Mais ce sont des millions d’hommes et de femmes qui tentent actuellement désespérément de reconstruire leur vie malgré la pauvreté, les inégalités et les chocs climatiques à répétition.

« Oxfam et les autres ONG vont peu à peu cesser les actions purement humanitaires », explique Els Brokken. « Mais nous étions déjà présents avant les cyclones, avec des projets de développement durable. Et nous y resterons bien entendu après la fin de la réponse humanitaire. »

Il reste donc plus que jamais nécessaire de poursuivre le soutien au Mozambique, au Malawi et au Zimbabwe.

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