Yémen : 5 années de guerre et la pire crise humanitaire du monde

Yemen Naaser
18/03/2020

La guerre qui frappe le Yémen depuis maintenant 5 ans a créé "la pire crise humanitaire au monde" selon l’ONU. 10 millions de personnes sont au bord de la famine et 24 millions de Yéménites ont un besoin urgent d’aide humanitaire. Oxfam leur apporte une aide vitale, cependant les besoins restent immenses.

La situation n’a cessé d’empirer depuis mars 2015, quand une coalition dirigée par l’Arabie saoudite est entrée dans le conflit yéménite en soutien du gouvernement et contre ses opposants, les Houthis.

Après 5 années marquées par le déclin économique, l'insécurité alimentaire et l'effondrement du système de santé, les Yéménites continuent de souffrir et la pauvreté s'aggrave. Depuis 2015, Oxfam est venue en aide à 3 millions de personnes, dans 9 gouvernorats, et jusque dans les endroits les plus reculés du pays.

Le Yémen manque cruellement d’eau

Oxfam et ses partenaires au Yémen ont approvisionné 1 million de personnes en eau, par camions et en réparant inlassablement des canalisations endommagées par les balles et par les bombes. L'un de nos projets phares: une unité de dessalement, qui transforme l'eau de mer en eau potable pour 3000 villageois.e.s, non loin d'Aden. Un projet qui permet à Naaser Fakih et sa petite-fille de faire le plein d'eau pour un prix dérisoire, dans un pays où le prix au mètre cube a doublé depuis 2015.

On l'utilise pour boire, cuisiner et pour préparer du thé. Cette eau est propre et surtout beaucoup moins chère que celle que nous achetions chez les vendeurs privés qui passent de temps à autres dans notre village, témoigne Naaser Fakih.

Cette année, Oxfam prévoit de doter cette unité de 3 tuyaux supplémentaires pour alimenter des villages plus éloignés.

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L'énergie solaire face aux pénuries d'électricité

Les pompes nécessaires à l'alimentation en eau dans les foyers yéménites sont hors d'état de fonctionner faute d'électricité, de pièces de rechange ou en raison des dégâts occasionnés par les combats. Afin de palier cette pénurie, Oxfam a installé 3 systèmes d'approvisionnement qui fonctionnent avec des panneaux solaires, comme ici dans le village d'Almusaimir.

Oxfam Engineer Yemen

Monther Alattar, ingénieur d'Oxfam et concepteur du projet raconte:

Les gens qui vivent dans cette région ont du mal à trouver de l'eau pour boire ou cuisiner. Grâce à ce système, on va pouvoir pomper de l’eau en profondeur dans le sol et alimenter les villages des alentours. C'est fondamental pour empêcher la propagation de maladies, comme le choléra.

L’hygiène, un défi quotidien pour les déplacés

Selon l'UNHCR, le Yémen compte 4 millions de déplacé.e.s internes. La plupart ont trouvé refuge dans une famille d'accueil. D'autres sont installé.e.s dans des camps de fortunes, comme Samiha Ali qui a fui les combats de rue et les bombardements incessants à Taïz, en compagnie de ses deux fils.

L’hygiène, un défi quotidien pour les déplacés

Tous trois vivent désormais dans un camp qui accueille 1.000 personnes. Oxfam y a construit des latrines et y achemine de l'eau par camions-citernes. Une nécessité absolue pour empêcher que des maladies hautement contagieuses comme le choléra ne se propagent, surtout dans un pays qui a connu plusieurs épidémies, dont une qui a franchi le cap du million de contaminé.e.s en 2018, la pire épidémie depuis que les enregistrements ont débuté en 1949.

Une économie exsangue

Avec la guerre, des millions de personnes ont perdu leur emploi. Elles n’ont donc plus les moyens de se nourrir en suffisance ou de se soigner, une situation aggravée par les difficultés logistiques que rencontrent toutes les ONG sur le terrain, liées à l'acheminement de vivres, médicaments et autres types de secours. Afin d’aider les familles les plus vulnérables, Oxfam et son partenaire, la fondation Ability, ont distribué des sommes d’argent à 500 familles dans le gouvernorat de Lahij, au sud du pays.

Distribution de cash inconditionnel Lahij Yemen

Une somme d’argent vitale pour Mohammed Ali Salem, sa femme Bedaa et leurs enfants qui ont fui Hodeida en voiture en laissant tout derrière eux. Eux aussi vivent dans un camp de déplacé.e.s, aux côtés de 300 autres familles. Grâce à cette aide inconditionnelle, ils peuvent payer leurs soins de santé et de quoi se nourrir.

Un bilan belge en demi-teinte

La Belgique a débloqué des fonds pour freiner les épidémies de choléra et lutter contre la famine, répondant ainsi aux appels lancés par l’ONU. Au sein du Conseil de Sécurité aussi, la Belgique a œuvré pour lever les restrictions d’accès aux ONG et nous permettre d’atteindre des populations empêchées de se ravitailler en eau et en nourriture à cause des combats.

En février 2020, la Wallonie a suspendu ses ventes d’armes à l'armée de l'air saoudienne, cédant ainsi aux pressions des ONG, comme Oxfam. Cependant, des armes transitent toujours par le port d’Anvers et le gouvernement wallon vend encore des armes à destination de la Garde royale et la Garde nationale du pays, deux problèmes majeurs selon Oxfam, qui continue de mettre la pression sur les autorités du pays.

Apporter de l'aide humanitaire n'est ni sûr, ni simple pour les ONG qui travaillent sur le terrain. Elle est néanmoins vitale pour les Yéménites, dont la survie quotidienne est devenue extrêmement difficile.

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(Photos: Pablo Tosco/Oxfam)