2,7 milliards de personnes n’ont bénéficié d’aucune protection sociale pour faire face à la crise économique liée à la pandémie de Covid-19

15/12/2020

Une nouvelle recherche menée par Oxfam révèle que plus d’un tiers de la population mondiale n’a reçu aucune aide publique pour faire face aux effets de la pandémie.

Un nouveau rapport intitulé « À l’abri de la tempête », écrit en partenariat avec le think tank Development Pathways, analyse les programmes mis en place par les gouvernements de 126 pays à revenu faible et intermédiaire pour injecter des fonds supplémentaires destinés à aider leurs citoyen.nes entre avril et septembre 2020. Ces programmes incluent des prestations d’invalidité, des allocations de chômage, des allocations familiales ou des allocations pour personnes âgées. Selon le rapport, toutes les prestations analysées sont de courte durée et trop faibles pour subvenir ne serait-ce qu’aux besoins essentiels.

Au total, 11 700 milliards de dollars supplémentaires ont été dépensés cette année à l’échelle planétaire pour faire face aux répercussions de la pandémie de coronavirus. Sur cette somme, 9 800 milliards de dollars (83 %) sont le fait de 36 pays riches alors qu’à peine 42 milliards de dollars (0,4%) ont été dépensés dans 59 pays à revenu faible.

Concernant les fonds supplémentaires destinés spécifiquement aux programmes de protection sociale, 28 pays riches ont dépensé l’équivalent de 695 dollars par personne. En revanche, les pays à revenu faible et émergents n’y ont consacré respectivement qu’entre 4 et 28 dollars en moyenne par habitant.e.

Pire encore, les pays riches n’ont augmenté leur aide pour la protection sociale aux pays à revenu faible et intermédiaire que de 5,8 milliards de dollars, soit l’équivalent de moins de cinq centimes pour 100 dollars collectés pour lutter contre la Covid-19.

Trop peu de personnes sont protégées

« Le coronavirus a vu le monde s’unir dans la peur, mais se diviser dans la réponse », a déclaré Hilde Van Regenmortel, en charge du plaidoyer sur la protection sociale chez Oxfam Belgique. Selon elle, « la pandémie a déclenché un effort mondial louable qui a permis d’apporter une protection sociale à plus de 1 milliard de personnes supplémentaires en 2020, mais plus de 2,7 milliards de personnes sont toujours totalement laissées pour compte aujourd’hui. Il peut en être autrement. »

Le besoin mondial de meilleurs programmes de protection sociale pour venir en aide aux populations est énorme. Un demi-milliard de personnes sont actuellement sans emploi ou en situation de sous-emploi , et les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans ce groupe. La main-d’œuvre des pays à revenu faible est la plus touchée, perdant 23 % de ses heures de travail. « Beaucoup s’enfoncent dans les dettes, sautent des repas, assurent la garde des enfants privés d’école et doivent vendre leurs biens. Les envois de fonds des migrant.es à leur famille dépendante restée au pays se sont effondrés. La pauvreté et la faim dans le monde atteignent des sommets » ajoute Hilde van Regenmortel.

Voici quelques-unes des conclusions du rapport :

  • 41 % des 126 pays étudiés disposaient de programmes de protection sociale sous la forme de versements uniques, épuisés depuis bien longtemps maintenant. Seulement 13 % disposaient de programmes s’étendant sur plus de six mois. Huit pays sur dix n’ont même pas atteint la moitié de leurs citoyen.nes.
  • Certains pays comme l’Afrique du Sud, la Namibie et la Bolivie étaient mieux préparés car des prestations sociales quasi universelles y étaient en place avant la pandémie. Selon Oxfam, la plupart des autres pays pourraient y parvenir moyennant de meilleures politiques et un soutien accru. D’ici 2030, le Kenya et l’Indonésie pourraient par exemple faire reculer leur taux de pauvreté de 25 % et 31 % respectivement en investissant dès maintenant 1,7 % de leur PIB dans des programmes de protection sociale universelle.
  • De nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire sont parvenus à mobiliser une aide non financière, comme de l’aide alimentaire, mais cela est souvent insuffisant pour combler les lacunes globales des programmes officiels de protection sociale. Des années de sous-investissement ont exposé les programmes de protection sociale de ces pays aux pires conséquences de la pandémie.

Les recommandations d’Oxfam

Oxfam a atteint 11,3 millions de personnes par le biais de ses programmes d’intervention Covid à travers le monde. Pour autant, malgré la forte mobilisation de la société civile, avec des partenaires locaux et un leadership communautaire en première ligne, les besoins des populations atteignent une ampleur accablante et ne cessent d’augmenter.

Le rapport contient de nombreux témoignages, comme celui de Sovann Vary, une mère célibataire qui a emprunté 5 000 dollars pour acheter un tuk-tuk lorsqu’elle a perdu son emploi d’employée de maison. Elle a toutes les peines du monde à rembourser ce montant et n’est pas éligible au régime d’assurance sociale mis en place par le gouvernement cambodgien. Le témoignage de Brenda Carolina, une employée dans le secteur de l’habillement et de la confection dont la famille dépend désormais d’une aide alimentaire sporadique après que sa demande d’aide a été rejetée, malgré les efforts du gouvernement guatémaltèque pour accroître sa couverture, illustre la situation difficile dans laquelle se situent de nombreuses personnes. « Chaque jour, nous recevons des témoignages comme ceux de Vary et de Brenda », déplore Hilde Van Regenmortel.

« Il est encore temps pour les gouvernements des pays à revenu faible et intermédiaire de renforcer le soutien apporté à leur population en augmentant les impôts des plus riches pour financer des programmes de protection sociale universelle décents. Il est aussi encore temps pour les pays riches d’augmenter leur aide et d’annuler les dettes de ces pays. »

Oxfam appelle à la création d’un Fonds mondial pour la protection sociale destiné à empêcher une explosion des inégalités et de la pauvreté dans le monde. Les gouvernements doivent augmenter de 2 % la part de leur PIB consacrée aux programmes de protection sociale et garantir un revenu minimum pour les enfants, les personnes âgées, les mères et les personnes handicapées.

« Des investissements sans précédent sont maintenant nécessaires », selon Hilde Van Regenmortel. « Des investissements qui s’attaquent de front à la crise, avec courage. »

Notes aux rédactions

  • Hilde Van Regenmortel est disponible pour répondre à toute question.
  • Le rapport est disponible ici.
  • Selon l’OIT, jusqu’à 4 milliards de personnes n’avaient accès à aucune protection sociale avant la pandémie de coronavirus (Rapport mondial sur la protection sociale 2017-2019). La Banque mondiale estime à 1,3 milliards le nombre de personnes atteintes depuis le début de la pandémie grâce à une extension de la couverture de l’aide sociale par le biais de transferts monétaires.
  • Source Banque mondiale : U. Gentilini et al. (2020), Social Protection and Jobs Responses to COVID-19. Quelque 2,7 milliards de personnes sont laissées pour compte.

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