5 ONG tirent la sonnette d’alarme : « Au Sahel, la faim n’attend pas, les bailleurs de fonds doivent s’engager immédiatement »

16/06/2020

Action contre la Faim (ACF), CARE International, Norwegian Refugee Council (NRC), Oxfam et Save the Children s’inquiètent du report de la conférence des bailleurs de fonds sur le Sahel initialement prévue le 18 juin, alors que la situation au Sahel est dramatique et n’a jamais été aussi inquiétante. L’impact du COVID-19 couplé au début de la période de soudure risque de provoquer une « pandémie de la faim » dans une région déjà éprouvée par de multiples crises et où 24 millions de personnes, un nombre sans précédent, ont déjà besoin d’une aide humanitaire urgente.

Alors que les violences et les massacres se poursuivent et contraignent toujours plus de personnes à fuir leurs foyers, les besoins humanitaires explosent et les financements eux tardent à arriver. À la moitié de l’année 2020, les plans de réponse humanitaire du Sahel sont financés à hauteur de 26%. Déjà en 2019, seule la moitié des financements nécessaires avaient pu être mobilisés.

Les pays du Sahel ont atteint le point de rupture

« Face à l’urgence de la situation au Sahel et alors que la soudure de juillet à août va aggraver la situation pour des millions de personnes, le report de la conférence des bailleurs est un coup dur de plus qui risque d’être fatal pour des millions de sahéliens. La faim elle, n’attend pas. La communauté internationale ne peut pas abandonner le Sahel au moment où les populations ont le plus besoin d’aide, nous sommes à un point de rupture », interpellent les organisations.

L’arrivée du COVID-19 n’a fait qu’aggraver la crise humanitaire et alimentaire. Au Sahel Central, on estime que 5,5 millions de personnes devraient souffrir d'insécurité alimentaire pendant la période de soudure, soit 2,5 fois plus que la moyenne des cinq dernières années. Les mesures prises par les pays pour ralentir la pandémie ont permis d’éviter, pour l’heure, les scénarios catastrophes annoncés au début de la pandémie. Cependant, elles ont aussi fragilisé les ménages, et en premier lieu, les plus précaires.

La situation est d’autant plus dramatique pour les femmes, qui se privent de manger pour sauver leurs enfants, dont l’état nutritionnel pourrait rapidement se dégrader.

Le COVID-19 s’ajoute à une superposition de crises

« La pandémie exerce une pression supplémentaire sur une situation déjà intenable. La période de soudure a toujours été difficile pour les populations sahéliennes mais dans ce contexte explosif, c’est la saison de tous les dangers et l’arrivée des pluies va augmenter les cas de paludisme et de choléra. L’accès aux services essentiels à la santé et à l’eau sont d’autant plus indispensables en contexte de maladie grave et de pandémie et aujourd’hui largement insuffisants », s’inquiètent les organisations humanitaires. « Cette maladie nous fait peur, on nous dit qu’il faut de l’hygiène, alors qu’on n’a pas d’eau, ni même de quoi manger », s’inquiète Zara, femme déplacée à Kaya au Burkina Faso, avant d’ajouter : « Avec l’arrivée de la saison des pluies, nous aurons aussi bientôt besoin d’abris et de médicaments ».

« Face à la situation inédite que nous vivons, plusieurs pays donateurs ont proclamé la nécessité d’être solidaire avec le continent africain pour soutenir les réponses en cours dans les pays de la région. Force est de constater que ces engagements ne sont pas suivis d’effets. Les bailleurs humanitaires doivent urgemment au moins doubler leurs financements humanitaires pour le Sahel pour les deux mois à venir », concluent les organisations humanitaires.

La communauté internationale doit soutenir les efforts déjà engagés par les pays du Sahel en réponse aux multiples défis auxquels ils font face. Les Nations unies estiment que 2,8 milliards de dollars sont nécessaires afin d’apporter une aide vitale à 24 millions de personnes au Sahel en 2020. À cela s’ajoute les 638 millions demandés pour la réponse à la pandémie de COVID-19.

Notes aux rédactions, la crise au Sahel en chiffres

  • Des experts à Dakar et à Bruxelles sont disponibles pour des interviews.
  • Le nombre de victimes d’attaques de groupes armés a été multiplié par cinq en trois ans au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Selon les Nations unies, plus de 4.000 décès dus à ces violences ont été signalés en 2019 dans ces 3 pays, contre 770 décès en 2016.
  • Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, 2,8 milliards de dollars sont nécessaires pour apporter une aide vitale à 24 millions de personnes au Sahel en 2020. Les plans de réponse humanitaires au Sahel sont financés en moyenne à 26%. Fin mars 2020 le plan de réponse du Burkina Faso n’était financé qu’à hauteur de 13%.
  • Sur les 24 millions de personnes ayant besoin d’assistance humanitaire, la moitié sont des enfants, selon les Nations unies.
  • Au Sahel, on dénombre 2,5 millions de personnes déplacées internes, réfugiées, ou réfugiées rapatriées, selon le HCR. Au seul Burkina Faso, on dénombre 921 000 déplacés internes, soit 400 000 de plus qu’au début de cette année, d’après les chiffres du Conseil National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation (CONASUR) du Burkina Faso. Au Mali, 99 055 nouveaux déplacements ont été enregistrés depuis le début de l'année, selon le Rapid Response Mechanism.
  • On estime que 5,5 millions de personnes devraient souffrir d'insécurité alimentaire dans le Sahel central (Niger, Mali et Burkina Faso) pendant la période de soudure, soit 2,5 fois plus que la moyenne des cinq dernières années. L'augmentation pour la période de soudure est la plus prononcée au Burkina Faso (+213%) et au Mali (+142%) (source : Analyses du Cadre Harmonisé, mars 2020). Les analyses montrent que la concentration de l'insécurité alimentaire se situe principalement dans la zone du Liptako Gourma. Ces chiffres ne tiennent pas compte de l’impact présumé du COVID-19.
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