Baromètre du Cacao 2020 : « Il faut changer le système pour sortir les producteurs de cacao de la pauvreté »

29/11/2020

Après deux décennies de promesses non tenues dans le secteur du cacao, le Baromètre du cacao appelle le secteur à se transformer. Selon le Baromètre, il faut que les grandes entreprises du secteur soient tenues responsables des violations des droits humains et de la déforestation. Même s'il existe un consensus croissant sur le fait qu'un prix équitable (et viable) constitue un droit humain, l’attitude du chocolatier américain Hershey qui s’est approvisionné en cacao à la bourse de New York la semaine dernière, plutôt que de se faire livrer par le Ghana et la Côte d’Ivoire, une façon d’éviter le paiement d’un revenu décent aux producteurs démontre que certaines entreprises vont très loin pour échapper à leurs responsabilités.

Dans leur Baromètre bisannuel du cacao, une large coalition d'organisations de la société civile (parmi lesquelles Oxfam, Rikolto et la FGTB-Horval) évalue les performances du secteur du cacao en termes de durabilité. Le secteur, qui pèse plusieurs milliards, est un symbole du jeu inégalitaire que se livrent les grandes multinationales d'une part et les petits producteurs d'autre part. Depuis des décennies, le secteur est accusé d’exploiter la main-d'œuvre infantile, de déforestation incontrôlée et de maintenir les producteurs dans une pauvreté structurelle.

Travail des enfants

En 2020, cela fait exactement 20 ans que le secteur du cacao a formulé ses premières promesses de bannir le travail des enfants. Une récente étude menée par l'Université de Chicago a pourtant montré que le nombre de cas de travail illégal d'enfants avait même augmenté au cours de ces deux dernières décennies.

Les auteurs attribuent le phénomène au fait que les différentes initiatives de durabilité se font sur base volontaire et qu'aucune sanction ne peut donc être prise pour non-respect des directives. De même, il n'existe aucune contrainte destinée à atteindre les objectifs fixés. Il est donc ironique qu'au bas de l'échelle, ce sont les producteurs qui perdent immédiatement leurs primes de durabilité dès qu'ils sont en infraction avec les règles de certification.

Selon Bart Van Besien, chargé de plaidoyer chez Oxfam Belgique, “Dans le secteur du cacao, on constate des violations à grande échelle des droits humains. La prévention de ces violations doit faire partie intégrante du business model du secteur.”

Afin de pallier aux problèmes systémiques du secteur du cacao, le Baromètre énonce 3 recommandations centrales :

1. Une régulation qui tient les géants du chocolat responsables

Les projets de durabilité actuels augmentent les responsabilités des producteurs mais pas des entreprises. Les critères d'évaluation de la plupart des systèmes de certification reposent sur ce qu'il se passe dans les plantations, non pas sur les relations commerciales avec les acheteurs et d'éventuels abus de pouvoir. En découle une pression supplémentaire sur les producteurs et une impunité dans le reste du secteur. Pour arriver à un secteur équitable, il est nécessaire qu'une législation rappelle tout le monde à l'ordre, des petits producteurs aux grandes entreprises.

2. Des partenariats forts entre les pays producteurs et consommateurs

Les producteurs de cacao doivent jouir d'un climat d'investissement favorable. Cela demande des investissements en infrastructures, en soins de santé et en enseignement, mais aussi de la transparence et un dialogue entre toutes les parties concernées. Comment stimuler ce processus ? Des accords de partenariat entre les pays producteurs et les pays consommateurs s'y prêtent parfaitement. À l'heure actuelle, des pourparlers visant à un tel accord sont en cours entre l'UE, le Ghana et la Côte d'Ivoire. Il est important que ces accords soient mis en place de manière inclusive et que des rôles importants soient confiés aux organisations de la société civile et aux organisations de producteurs.

3. Payer un prix équitable aux producteurs

Le payement d'un prix équitable n'est pas une faveur mais un droit. C'est une condition pour que les producteurs puissent percevoir des revenus viables. C'est aussi la manière la plus efficace de créer un impact positif pour les producteurs et les productrices et les encourager à produire durablement. Selon Chris Claes, directeur chez Rikolto: "Les entreprises qui ne misent pas aujourd'hui sur des chaînes transparentes et des relations équitables avec les producteurs seront confrontées à terme à un désavantage concurrentiel. Dans le cadre de la charte de Beyond Chocolate, nous collaborons actuellement sur différents projets de chaînes démontrant qu'il est possible de commercialiser des produits à base de chocolat avec succès, tout en nourrissant des ambitions élevées en termes de durabilité.”

Notes aux rédactions 

  • Le baromètre du chocolat pourra être consulté à partir du 1e décembre 2020 à minuit.
  • Le rapport sera présenté lors d'un webinaire et d'un débat le mardi 1e décembre de 16h à 17h30. Programme et inscriptions disponibles via ce lien : https://zoom.us/webinar/register/WN_dGzRJw_CR4-YRG14yAEAJQ
  • L'événement se tiendra en anglais, avec traduction simultanée en français.
  • La semaine dernière, les prix se sont subitement envolés sur le marché du cacao, grimpant de 250$/MT. La raison de cette envolée est apparue très rapidement. Le géant américain du chocolat, Hershey’s, a subitement décidé de mettre 30.000 tonnes de cacao sur le marché boursier au lieu d'utiliser des canaux directs et traçables. Les autorités ivoiriennes et ghanéennes (qui représentent 60% de la production mondiale de cacao) y ont vu une tentative évidente de torpiller leur nouvelle politique de stabilité des prix. En 2019, ces mêmes autorités avaient obtenu, au terme d'âpres négociations, une prime de 400$ de “différentiel de revenu décent" (LID en anglais) par tonne de cacao exportée. En 2020, cette prime a permis, malgré la crise du coronavirus, d'augmenter les revenus des producteurs de cacao. En achetant du cacao sur le marché boursier, Hershey’s a échappé au LID et rompu sa promesse vis-à-vis du secteur chocolatier, consistant à soutenir les autorités ivoiriennes et ghanéennes dans leur nouvelle politique de prix.
  • Le 1e décembre (veille de la publication du Baromètre du chocolat), l'affaire ‘Doe v Nestlé’ a été portée devant la Cour Suprême américaine. Nestlé et Cargill espèrent ici obtenir de la plus haute juridiction une interprétation favorable de l'Alien Tort Statute (ATS), qui remonte à 1789. Cette loi tient les entreprises responsables de leurs actes en-dehors du territoire américain. Nestlé et Cargill espèrent être libérés de leurs responsabilités en matière de pratiques esclavagistes au sein de leur filière cacao. Le verdict de la Cour Suprême pourrait avoir des conséquences considérables sur les droits humains dans les pratiques commerciales américaines.

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