Baromètre du café 2020: “Les géants du café doivent prouver qu’ils respectent les droits humains et l’environnement”

14/01/2021

Les géants de l’industrie du café ne s’assurent pas suffisamment du respect des normes relatives aux droits humains, doivent améliorer leur impact vis-à-vis de l’environnement et rendre compte de manière transparente de leurs engagements pris en terme de durabilité. C'est ce que révèle le 6e Baromètre du café, publié ce 14 janvier par Conservation International, Hivos, Oxfam Belgique, Solidaridad et Ethos Agriculture.

Le rapport démontre que 15 des principaux négociants et torréfacteurs du monde ne contribuent pas de manière significative aux principaux objectifs de développement durables qui permettraient d'améliorer les moyens de subsistance des producteurs et de préserver l’environnement, et que la transparence fait toujours défaut au niveau de la production, du commerce et de la consommation.

Si certaines entreprises ont mis en place des politiques globales, de nombreux grands négociants et torréfacteurs mentionnés dans le rapport ne sont toujours pas clairs sur leurs engagements, sur les progrès réalisés et ne disposent pas d'une stratégie globale de durabilité avec des objectifs mesurables dans le temps. Aucun d’entre eux n’a un bilan satisfaisant d’après les conclusions du Baromètre.

Selon Stefaan Calmeyn, responsable du programme café d'Oxfam Belgique : "Les grandes entreprises du secteur du café doivent prouver que leurs chaînes d'approvisionnement sont exemptes de violations des droits humains, ne pratiquent pas la déforestation, et qu'elles investissent dans l'augmentation des revenus des agriculteurs, l'amélioration des normes de travail et l'adaptation au changement climatique. Les politiques ne suffisent pas ; si les géants de l’industrie du café se disent irréprochables, alors qu’ils le démontrent".

Les caféiculteurs boivent la tasse

Parmi les nombreux problèmes actuels associés à la production mondiale de café, on trouve les bénéfices qu’en tirent les petits cultivateurs, qui demeurent dérisoires année après année. De nombreux caféiculteurs vivent déjà bien en dessous du seuil de pauvreté. La gravité de la situation varie selon la taille des exploitations, les niveaux de productivité ou l'efficacité des encadrements nationaux. Le Baromètre montre à quel point le contraste est frappant avec les milliards de dollars tirés de la consommation mondiale de café, des bénéfices qui profitent essentiellement aux États-Unis et à l’Europe.

Les agriculteurs, eux, sont incapables d'investir dans leur exploitation ou de rendre leur production plus durable, ce qui est essentiel s'ils veulent s'adapter au changement climatique. La dernière décennie a été la plus chaude jamais enregistrée, avec des sécheresses, des ouragans et une aggravation de la prolifération de parasites et des maladies du caféier, comme le champignon "La Roya" ou le scolyte des baies du caféier. Avec la baisse des revenus agricoles et l'augmentation des coûts, les moyens de subsistance des petits exploitants sont actuellement menacés.

Les producteurs sont donc constamment contraints de réduire leurs coûts, en particulier ceux liés à la main-d'œuvre et à la préserveration de l’environnement, et ne peuvent plus couvrir leurs besoins fondamentaux et s’octroyer des salaires décents. La COVID-19 n'a fait qu'empirer les choses, laissant un excédent de fin d'année d'un million de sacs de café en grains, conséquence directe de la vague de fermetures mondiales des entreprises et de l’Horeca.

Sjoerd Panhuysen, d'Ethos Agriculture, a déclaré "Le secteur du café est conscient de cette situation. Les entreprises ont tendance à se concentrer sur l'expansion de la production de café au niveau des exploitations. Même si certains gains indéniables sont réalisés, ils sont largement insuffisants pour transformer le secteur dans son ensemble".

Passer de la parole aux actes

Le Baromètre 2020 du café appelle les acteurs de l'industrie à se mobiliser. Toutes les grandes entreprises du café, qui pèsent des milliards de dollars, ont la capacité d'influencer les politiques mondiales et de mettre en place des accords de durabilité. Certains négociants et torréfacteurs ont d’ailleurs déjà publiquement demandé des réglementations contraignantes en matière de durabilité.

Pour qu’une plus grande partie de la valeur générée par l’industrie du café parvienne aux mains des caféiculteurs, les initiatives multipartites doivent faire l'objet d'engagements contraignants, de mécanismes qui prouvent les progrès réalisés sur le terrain et de budgets suffisants.

Andrea Olivar, responsable du programme mondial sur le café pour Solidaridad, a déclaré : "Si le secteur veut tenir ses promesses, il est temps qu’il passe de la parole aux actes”.

Notes aux rédactions

  • Le Baromètre, les portraits des porte-paroles, des infographies et des photos libres de droits d’auteur, ainsi qu’une vidéo de 90 secondes sont disponibles via ce lien. Le rapport est également accesible sur ce site: https://coffeebarometer.org/
  • Les dix plus grandes entreprises de café sont responsables de la torréfaction de 35 % du café dans le monde et ont généré un revenu total estimé à 55 milliards de dollars US en 2019. Si l'on suit les flux financiers de la chaîne de valeur du café, on constate qu'elle est fortement concentrée en Europe et aux États-Unis.
  • La situation désastreuse des caféiculteurs, qui résulte de la faible valeur accordée au café vert par le marché, contraste fortement avec l'essor de l'industrie de la consommation de café. 
  • C'est la troisième année consécutive que les caféiculteurs subissent les effets négatifs du prix du café sur la rentabilité de tous les producteurs. Au niveau de prix actuel, les producteurs opèrent à perte, ce qui menace l'avenir de la production de café dans des pays d'origine de qualité réputée comme le Kenya, le Salvador et le Mexique. Bien que les priorités spécifiques en matière de durabilité varient selon les pays et les régions caféières, dans le scénario actuel, les producteurs sont soumis à une pression constante pour réduire les coûts, en particulier ceux liés à la main-d'œuvre, qui est de loin la plus grande dépense et peut représenter jusqu'à 60 % du coût total de la production de café. La demande croissante de café augmente la menace de conversion des terres forestières en terres de culture pour la production de café.
  • Le café est cultivé dans environ 12,5 millions de fermes à travers le monde. Presque toutes (95 %) ont une superficie inférieure à 5 hectares (environ 7 terrains de football), et 84 % sont très petites - moins de 2 hectares. On estime que ces petites exploitations produisent jusqu'à 73 % de tout le café du monde.
  • Par rapport aux millions de plantations de café, près de la moitié de leur café est exporté par seulement 5 sociétés commerciales. Ce café est importé par de grandes entreprises pour être ensuite torréfié. Dix de ces entreprises torréfient 35 % du café mondial. Par rapport aux recettes tirées de la vente de ce café sur le marché de détail, les pays producteurs reçoivent moins de 10 % de cette valeur lorsqu'il est exporté, et les agriculteurs encore moins que cela. 
  • L'adoption du café certifié n'a progressé que lentement, le secteur des torréfacteurs et des détaillants ayant tendance à élaborer leurs propres normes d'approvisionnement dans l'espoir que ces systèmes soient plus efficaces et plus performants. La promotion du café certifié ne suffit pas, car la portée des questions de durabilité - qu'il s'agisse de l'adaptation au changement climatique, d'une répartition plus équitable des valeurs ou de la fin des violations des droits de l'homme - qui ont une incidence directe sur les activités des entreprises est très vaste.

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