Bashir Lahsan Ahmada, 20 ans

Bashir Lahsan Ahmada, 20 ansBashir Lahsan Ahmada vit dans le camp de réfugiés sahraoui de Boujdour, avec ses quatre frères et ses deux sœurs. Il est né dans un camp de réfugié voisin, le camp de Laâyoune. Il a été à l’école dans les camps et a eu l’occasion de voyager en Espagne grâce à un programme permettant aux enfants sahraouis de 7 à 12 ans de passer l’été dans une famille d’accueil en Europe.


« Je viens d’une famille conservatrice, qui m’a préparée à défendre notre cause. Mon père est militaire et ma mère femme au foyer. Quand j’étais enfant, j’étais un « mauvais garçon », je me battais avec tous les enfants du quartier. Ma mère me grondait beaucoup et je me faisais montrer du doigt dès qu’il y avait un problème dans le quartier. 

Mais au fil des années je me suis beaucoup amélioré, notamment parce que ma mère m’a dit que si je n’avais pas de meilleures notes, elle ne me laisserait pas rendre visite à mes grands-parents ni partir en voyage avec les autres enfants [programme permettant aux enfants sahraouis de 7 à 12 ans de passer l’été dans une famille d’accueil en Europe ndlr].

Un autre monde est possible

Lorsque j’ai enfin pu me rendre en Espagne pour la première fois, je rêvais de pouvoir rester avec ma famille d’accueil espagnole et de continuer mes études là-bas. La génération qui a pu partir en vacances à l’étranger a pris conscience qu’ailleurs, un autre monde est possible. Ça donne encore plus envie et ça renforce nos convictions. Mais je n'ai pas eu la possibilité de rester en Espagne.

J’ai donc terminé l’ensemble de mes études (école primaire et secondaire) dans les camps. Après ça, j’ai arrêté mes études pendant un an, puis j’ai fait mon service militaire pendant un an. Aujourd’hui, mon quotidien est bien rempli par mon travail d’entraineur et éducateur.

De l’énergie à revendre

Quand je suis de retour chez moi, je rends visite à mes amis et nous discutons de nombreux sujets, par exemple de politique ou encore des changements qui se produisent dans notre société... Pour tous les gens qui n’ont connu qu’une vie de réfugiés, c’est difficile d’imaginer pourvoir rester encore là des années. 40 ans dans cet environnement désertique, ça rend la résistance difficile.

Mais 40 ans ici, ça montre que la jeunesse, même si elle n’a pas connu sa terre, a encore de l’énergie qui persiste. Tous les jours, on vit dans l’espérance que cette situation puisse se terminer le plus rapidement possible. Chaque année, en avril, des négociations s’ouvrent à New York et avec elle un nouvel espoir de trouver une solution pour obtenir notre indépendance. 

Garder espoir malgré tout

Mais si on ne trouve pas cette solution grâce aux négociations, on n’aura pas d’autre choix que de recourir à la guerre. Et si c’est le cas, je devrais y aller aussi. J’espère que ma génération va continuer à garder espoir, car pour le moment, les jeunes de mon âge n’ont plus vraiment d’espoir de « vie ». Qu’est-ce que ce sera pour la génération à venir ? Pour l’instant, je n’ai aucun projet d’avenir, on verra là où le vent me mène.

Ce projet photo pour lequel je pose ici est un bon projet, c’est important. Ce qui compte aujourd’hui, c’est de mettre en lumière une situation qui n’est pas assez mentionnée dans les média, notamment en posant une image sur ce que c’est que la vie ici. Je peux imaginer que du point de vue des étrangers, ça peut peut-être susciter une envie d’aider. »