Bittou : chronique d'un succès laitier

13/06/2018

En juin 2016, Oxfam-Solidarité lançait son premier ‘crowdfunding’. L’objectif ? Aider les productrices de la mini-laiterie de Bittou, au Burkina Faso, à mieux s’équiper. Deux semaines auront suffi pour atteindre et même dépasser l’objectif initial de 9.528 euros ! Avec quel résultat sur le terrain ? Petit voyage à Bittou pour le découvrir…

Mais d’abord, un grand merci à toutes les personnes qui ont participé à ce financement participatif ! Grâce à elles, le matériel suivant a pu être acheté pour les productrices de lait de Bittou :

  • Congélateur solaire 433 l - permet de conserver le lait dans de bonnes conditions même en cas de coupure électrique, et réduit le coût de l’énergie.
  • 480 kg d’emballage siglé « Fairefaso » - permettent d’identifier le produit comme local et équitable, ce qui informe et séduit les consommateurs.
  • Pasteurisateur à gaz 150 l - réduit considérablement le temps mis pour la pasteurisation. Auparavant, il fallait plus de 6 heures pour traiter 150 litres de lait. Désormais, il suffit… d’une demi-heure.
  • 10 tonnes d’aliment pour le bétail

Cet investissement a donc un impact certain sur la production, mais aussi sur les vies des productrices et producteurs de lait. En effet, les nouveaux équipements ont permis de sécuriser des revenus pour environ 70 familles.

L’objectif du financement participatif ayant été largement dépassé – 12.958 € pour un objectif initial de 9.528 € - Oxfam a également pu acheter un matériel similaire pour une autre laiterie, située à Fada.

Séduire les Burkinabè avec un produit local

Ibrahim Diallo est le président de l’UMPL-B. Cette union des mini-laiteries et des producteurs de lait du Burkina Faso est le partenaire d’Oxfam dans ce projet. Elle entretient aussi des liens étroits avec le label équitable belge Fairebel, qui a aidé à mettre en place son homologue burkinabè Fairefaso.

Quand on lui demande si les changements apportés par le financement participatif sont perceptibles, la réponse est franchement positive : « La production, la transformation et la commercialisation du lait ont très clairement augmenté. Il y a un élan de patriotisme qui se dégage actuellement dans le pays, et les consommateurs sont fiers quand on leur présente des produits nationaux. Le label Fairefaso arrive donc au bon moment. Le succès est tel que nous n’arrivons pas à suivre la demande ! »

Face au lait en poudre importé, éduquer au vrai goût du lait

Les marchés africains sont envahis par le lait en poudre importé de l’étranger. Les excédents européens arrivent sous cette forme en Afrique, puis sont reconditionnés en lait liquide. Ces laits reconstitués sont vendus à des prix plus bas que celui des producteurs locaux. Et même si le marché scolaire s’ouvre peu à peu aux laits produits localement, c’est encore trop souvent le lait reconditionné qui est servi aux élèves.

« Ces goûts auxquels on s’habitue très tôt deviennent la norme, explique Ibrahim. Nous essayons donc d’avoir un impact au niveau des écoles. C’est une question de santé publique, car notre lait est de meilleure qualité. Mais c’est aussi un enjeu de développement : il faut rééduquer les jeunes générations à consommer localement. Donc on espère pouvoir changer ça mais pour pouvoir avoir accès aux cantines scolaires, nous avons besoin d’un engagement de l’état. »

Et bientôt, l’Afrique entière ?

Pour Ibrahim, l’exemple de Fairefaso  pourrait bien faire tache d’huile. « Nous avons rencontré récemment des producteurs du Mali, du Niger, du Sénégal et d’autres pays africains. Ils ont vu le potentiel du concept, et réfléchissent à l’adapter à leur marché.

Il faut s’organiser face à la concurrence du lait importé. La vente du lait doit pouvoir permettre aux producteurs d’en vivre, et servir à l’économie locale. C’est pour ça qu’un label local, clairement identifié sur l’emballage, est aussi important. Il existe des marques qui semblent être locales, alors que c’est juste du lait en poudre importé et retransformé…

 

Dans les discours publics, les décideurs sont assez positifs sur notre système. Dans les faits, nous avons quand même des difficultés à obtenir un réel soutien, notamment financier. Mais de notre côté, il va falloir prouver aux responsables politiques que notre système fonctionne et est rentable. Nous voulons avant tout être constructifs. »

Ce que fait Oxfam pour le productrices et producteurs de lait du Burkina Faso

Le rôle d’Oxfam est très important, et le crowdfunding n’en est qu’une partie visible. Nous assistons aussi l’Union des mini-laiteries dans son plaidoyer politique et nous donnons des conseils en matière d’organisation. Enfin, en plus de l’achat de matériel, notre appui passe par des formations en techniques d’élevage et le financement de soins vétérinaires.

Oxfam appuie également la campagne ‘Mon lait est local’  lancé par l’UMPL-B et ses alliés au Burkina Faso et dans 5 autres pays de la région.

Le label Fairefaso est promis à un bel avenir. Mais il reste beaucoup à faire avant qu’il puisse voler de ses propres ailes. Nous poursuivrons cette belle aventure avec le soutien de nos donateurs et partenaires, et vous tiendrons informés des futurs développements.   
 

 

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