Climat : dans le piège du « triangle toxique »

17/10/2014

Dans son nouveau rapport « Alimentation, énergies fossiles et financements indécents » publié aujourd’hui, Oxfam dénonce l’existence d’un « triangle toxique » dans le secteur des énergies fossiles, qui risque de confronter 400 millions de personnes à la faim et à la sécheresse d’ici à 2060 : des investisseurs privés cherchant le profit à court terme, des gouvernements qui manquent de volonté politique et un lobby industriel qui fait pression pour maintenir le statu quo.

Selon Oxfam, ce « triangle toxique » est à l’origine de 674 milliards de dollars d’investissements dans le développement des énergies fossiles en 2012. À ce rythme, ce sont 6.000 milliards de dollars que le secteur investira de la sorte au cours des dix prochaines années. Ces investissements sont favorisés par une batterie d’allègements fiscaux, de mesures d’incitation et de subventions d’un montant d’environ 1.900 milliards par an qui alimentent directement le secteur des énergies fossiles ou servent à éponger les dégâts sociaux, sanitaires et environnementaux causés par celui-ci.

Les groupes d’intérêt des énergies fossiles, qui consacrent plus d’un demi-million de dollars par jour à faire pression sur les gouvernements des États-Unis et de l’Union européenne pour maintenir ce statu quo, entretiennent ce « triangle toxique ». En 2013, les bénéfices des cinq plus grandes compagnies pétrolières cotées en bourse – Exxon, Chevron, Shell, BP et ConocoPhillips – s’élevaient à un total de 93 milliards de dollars.

Cause première du changement climatique, les énergies fossiles génèrent 80 % des émissions de CO2 qui menacent la santé, l’alimentation, le commerce et la croissance économique. Si l’on ne réduit pas la consommation d’énergies fossiles, la planète se réchauffera de 4 à 6 °C d’ici la fin du siècle et l’impact sur les populations les plus pauvres pourrait être dévastateur.

Un nouvel accord de gouvernement tourné vers les intérêts privés

Réduire notre consommation d’énergie fossile est impératif ! En Belgique, nous en importons pour près de 20 milliards d’euros ! Et si l’on analyse les subventions aux énergies, celles-ci sont majoritairement orientées vers un soutien de la demande plutôt que vers une réduction de la consommation. Or c’est cette voie qu’il faut privilégier ! Rien qu’en Belgique, investir dans la rénovation des bâtiments et les transports en commun garantirait la création de plus de 60.000 emplois

Le plus grave, à très court terme, est que Mr. Michel ne devrait plus soutenir les objectifs européens du paquet 2030 en matière d’énergies renouvelables  et d’efficience énergétique, défendus par le précédent gouvernement. En lisant l’accord de gouvernement, il semble clair que ce gouvernement est davantage préoccupé par l'impact du changement climatique sur son secteur privé que par l’impact sur les populations et les citoyens. Cet accord, qui ne prévoit rien (ou presque) pour limiter le soutien aux énergies fossiles ( à part le rééquilibrage de la taxation essence - diesel), est aussi très symptomatique de l'absence de volonté politique réelle sur ces enjeux.

Notre nouveau gouvernement se trompe complètement de cibles lorsqu’il décrète dans sa note : la disparition du fonds Kyoto et le réexamen des subsides aux énergies renouvelables plutôt que de viser la promotion des économies d’énergie, la régulation du secteur financier, l’interdiction de commercer des biens et produits non durables, une hausse de la fiscalité environnementale ou encore l’arrêt des aides au transport aérien et routier (les avantages fiscaux octroyés aux voitures de société et au « diesel professionnel » demeurent inchangés, de même que l’absence de taxe passager aux aéroports).

Brigitte Gloire, responsable du plaidoyer climat et développement durable d’Oxfam Solidarité : « Le secteur des énergies fossiles bénéficie d’un triangle toxique qu’il a lui-même engendré et qui nous condamne au réchauffement climatique. Notre dépendance envers les énergies fossiles n’est pas une fatalité, mais le choix délibéré de l’industrie, de gouvernements timorés et d’investisseurs qui ont une vue à court terme. Il s’agit pour quelques-uns de réaliser de gros profits, sans beaucoup de considération pour le reste de la population, en particulier les plus pauvres qui souffrent déjà de la faim en conséquence du changement climatique. »

Oxfam appelle les États à :

  • s’engager à éliminer les émissions d’origine fossile d’ici le début de la deuxième moitié de ce siècle, tout en développant les énergies renouvelables, les pays développés devant ouvrir la voie et apporter l’appui nécessaire en la matière aux pays en développement ;
  • investir dans les énergies propres et l’efficacité énergétique, plutôt que dans les énergies polluantes, et garantir l’accès des plus pauvres à l’énergie ;
  • obliger les entreprises du secteur des énergies fossiles à faire preuve de plus de transparence concernant leurs activités de lobbying ;
  • s’engager à protéger le système financier international des aléas climatiques, en évaluant les risques, en améliorant la transparence et en apportant des capitaux pour des investissements sobres en carbone.

Oxfam lance également un appel au secteur privé pour que :

  • les sociétés du secteur des énergies fossiles et les entreprises planifient leur transition énergétique et diversifient leurs activités, afin de s’ouvrir à un avenir sobre en carbone ;
  • les investisseurs privilégient le développement sobre en carbone au détriment des énergies fossiles, tiennent compte du risque climatique et interpellent les entreprises poursuivant des stratégies à forte intensité de carbone ;
  • les autres entreprises dont les activités sont menacées par le changement climatique, notamment celles du secteur agroalimentaire, incitent les États à prendre des mesures ambitieuses à l’échelle internationale et dénoncent le comportement des entreprises qui, comme les sociétés du secteur des énergies fossiles et les lobbyistes, profitent du statu quo.

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