Climat : l’heure de répondre à l’appel citoyen

22/09/2014

La facture du changement climatique s’élève à 500 milliards de dollars depuis le sommet de Copenhague en 2009. Ce mardi s’ouvre un nouveau chapitre, les leaders mondiaux doivent montrer qu’ils ont entendu l’appel citoyen.

Dans la note « Sommet de Ban Ki-moon : à quand la fin de l’inertie ? », Oxfam établit que depuis 2009, les catastrophes liées au climat ont touché plus de 650 millions de personnes et fait plus de 112 000 morts. Depuis lors, chaque nouvelle année s’est classée parmi les dix années les plus coûteuses jamais enregistrées. Les populations les plus pauvres sont les premières victimes et souvent les plus durement touchées. Le changement climatique détruit les moyens de subsistance et les cultures, entraînant la hausse des prix des denrées alimentaires et empêchant des millions de personnes de manger à leur faim. Pendant ce temps, les engagements internationaux visant à écarter la menace du changement climatique restent au point mort.

Le sommet de Ban Ki-moon sur le climat, qui a lieu ce mardi, vise à donner un nouvel élan à la lutte contre le changement climatique. Cependant, malgré l’initiative du secrétaire général des Nations unies, les dirigeants mondiaux devraient venir les mains vides à la table des négociations. Le secteur privé va certes annoncer des initiatives prometteuses, mais Oxfam estime que, dans l’ensemble, celles-ci manquent d’ambition, n’ont pas l’envergure nécessaire pour porter un coup décisif au changement climatique. 

Plus de 2.600 manifestations ont été organisées à travers le monde le week-end dernier. Des millions de personnes ont montré leur mécontentement et en Belgique, ils étaient entre 1.000 et 2.000 réunis à Bruxelles.

« Les dirigeants mondiaux se comportent comme s’ils avaient le temps de se livrer à un petit jeu politique. Mais en définitive, la vie d’hommes et de femmes est en jeu, s’indigne Brigitte Gloire, responsable du plaidoyer Climat pour Oxfam-Solidarité. Le changement climatique est un phénomène bien réel ; il fauche des vies et aggrave la faim dans le monde. Le coût humain et économique ne cesse de s’alourdir, et tout atermoiement ne fait qu’empirer les choses. »

Des efforts insuffisants depuis Copenhague

Les chefs d’État et de gouvernement avaient notamment décidé d’apporter 30 milliards de dollars entre 2010 et 2012, puis 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, pour aider les pays en développement à lutter contre le changement climatique et ses effets. Là encore, cette décision s’est soldée par un échec. Une poignée de pays seulement se sont engagés à augmenter leurs financements au cours des prochaines années. Oxfam estime le flux total de financement à 16 ou 17 milliards de dollars par an au mieux, mais ce chiffre avoisinerait plutôt les 8 à 9 milliards, si l’on tient compte de la comptabilité imaginative de certains pays. Le Fonds vert pour le climat, mécanisme mis en place pour recevoir ces nouveaux financements, n’a jusqu’à présent fait l’objet que d’un engagement de 1,1 milliard de dollars sur les 15 milliards jugés nécessaires par Oxfam à son bon fonctionnement. 

« Et la Belgique n’est pas en reste et fait figure de très mauvais élève. Elle n’a respecté pas son engagement de Copenhagen de contribuer pour 150 millions d’euros aux « Financements Fast Start » entre 2010 et 2012 (91,362 millions versés). Et seule la région de Bruxelles capitale a répondu à l’engagement de Varsovie, 4 ans plus tard. »

En Belgique, avoir du courage politique, c’est aussi :

  • soutenir un nouveau paquet énergie climat 2030 beaucoup plus ambitieux que celui contenu dans la communication de juillet, avec à l’horizon 2030 ; - 55% d’émissions de gaz à effet de serre, 45 % d’énergie renouvelable dans le mix énergétique et un objectif de 40 % de réduction de la consommation énergétique (via une moindre consommation et plus d’efficacité énergétique),
  • arrêter le plus rapidement possible, les subventions publiques aux énergies fossiles, 
  • choisir des solutions soutenables plutôt que les fausses solutions ou les « échappatoires » promus par certains lobbys privés, peu soucieux de l’intérêt général (agrocarburants -  séquestration carbone – nucléaire – marchés du carbone etc…)

Pour des engagements plus ambitieux

À l’occasion du sommet de Ban Ki-moon sur le climat, Oxfam appelle les gouvernements à renouveler leur engagement vis-à-vis de l’objectif des 2 °C, à augmenter leurs objectifs à court terme de réduction des émissions de GES et à convenir de nouveaux objectifs pour l’élimination progressive des émissions fossiles d’ici la seconde moitié du siècle.

« C’est notre seul espoir d’éviter un réchauffement climatique de plus de 2 °C, voire même de le limiter à 1,5 °C, ce qu’exigent à juste titre de nombreux pays pour tout bonnement survivre», souligne Brigitte Gloire. Les entreprises doivent également réduire leurs propres émissions selon des objectifs basés sur les données scientifiques et visant à supprimer progressivement les émissions fossiles de leurs opérations. D’après Brigitte Gloire, « les dirigeants mondiaux doivent travailler en bonne entente avec les entreprises qui se sont déclarées disposées à faire partie de la solution. Ils doivent refuser les demandes de celles qui, au contraire, mettent notre planète en péril au nom du profit à court terme. »

Notes aux rédactions

Selon la base de données EM-DAT, les dommages s’élèvent à un total de 491 827 336 000 dollars (prix constants de 2013) pour les années 2010, 2011, 2012 et 2013, ainsi qu’une partie de 2014. L’ensemble des années 1970 ont coûté environ 160 milliards (en prix constants de 2013). Ce chiffre a été calculé à l’aide de données tirées d’une base de données sur les catastrophes accessible au public et gérée par le Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes (CRED), à l’université de Louvain, (http://www.emdat.be) qui classe les sécheresses, températures extrêmes, incendies de forêt, tempêtes, inondations et mouvements de masse (humide) dans la catégorie des catastrophes liées au climat. Les coûts totaux ont été convertis en dollars constants de 2013 à l’aide des données de http://oregonstate.edu/cla/polisci/download-conversion-factors. L’augmentation des coûts depuis les années 1970 est imputable à la multiplication des événements météorologiques extrêmes, à l’amélioration des techniques de signalement des catastrophes naturelles et à l’accroissement de la population et de la valeur des biens exposés aux phénomènes météorologiques extrêmes. 

Téléchargez la note « Sommet de Ban Ki-moon : à quand la fin de l’inertie ? »

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