Comment Internet permet aux Palestiniennes de reprendre le pouvoir

21/10/2020

La Palestine connaît l’un des taux de violence sexiste en ligne les plus élevés au monde. Afin de s'attaquer à un phénomène qui a pris encore plus d'ampleur depuis les mesures de confinement, Oxfam s'est associée aux organisations palestiniennes Taghyeer, Women, Media and Development et le Women's Affairs Technical Committee pour former une centaine de jeunes Palestinien.ne.s aux manières de se protéger du cyberharcèlement.

Alors que l’accès aux réseaux sociaux augmente dans le territoire palestinien occupé, les femmes sont confrontées à une augmentation du cyberharcèlement sur Facebook, Twitter, Instagram, WhatsApp ou YouTube. Une Palestinienne sur trois a déjà été harcelée en ligne et une sur quatre a été contrainte de fermer l’un de ses comptes.

Diffamation en ligne

Hayat (photo), une femme de 25 ans originaire de Gaza, l’a appris à ses dépens. Après avoir décroché son bachelier en soins infirmiers, elle se préparait à passer l’examen annuel d’infirmerie organisé par les autorités à Gaza, étape obligatoire pour décrocher son premier job d’infirmière.

Pour augmenter ses chances d’être admise, Hayat souhaitait qu’un de ses professeurs évalue ses notes finales. « Je l’ai demandé au professeur pendant plus d’un mois mais il ne m’a jamais répondu ». Elle a alors sollicité l’aide du Doyen de la faculté mais lorsqu’il a tenté de faire réagir le professeur, les problèmes de Hayat ont véritablement commencé.

« Un jour, je suis arrivée à l’université et j’ai été surprise de voir que tout le monde me pointait du doigt ». Par la suite, elle a appris que son professeur l’avait accusée sur la page d’un groupe Facebook de l’université de ne pas assister à ses cours et de s’adresser à lui de manière indécente. « J’étais tellement frustrée que j’ai failli m’effondrer ». Hayat voulait porter plainte auprès de la police pour diffamation, mais on lui a dit qu'elle ne serait jamais acceptée à l'examen annuel d'infirmerie si elle le faisait.

Autrefois intimidée, aujourd’hui militante

C’est précisément ce qui a poussé Hayat à postuler à ce projet de formation. Elle est particulièrement fière d’avoir pu participer au lancement de l’application Mapping Her développée par Taghyeer pour cartographier la situation des Palestiniennes ayant subi des agressions en ligne. Les statistiques détaillées qu’elle contient sont partagées avec des organisations qui défendent les droits des femmes et le ministère du développement des femmes pour qu’ils sachent combien de Palestiniennes sont concernées et à quel endroit.  

« J’étais victime de harcèlement en ligne mais j’ai découvert que je pouvais contribuer à changer les choses. J’espère qu’à travers ce projet, je pourrai aider les jeunes qui souffrent en silence. »

Un geek au service de la lutte contre la cybercriminalité

Hasan, jeune étudiant de 19 ans et passionné d’informatique a suivi plusieurs formations à Hébron. Il est ensuite devenu bloggeur sur You Know Platform, un site qui connecte des journalistes, des bloggeurs et des activistes avec le gouvernement palestinien.

 « Mes blogs parlent des techniques qu’utilisent les hackers pour pirater des comptes et sont destinés à l’unité qui combat la cybercriminalité au sein de la police palestinienne. Je veux leur faire prendre conscience de leurs obligations de contrer ce phénomène. »

Get on the bus

Selon Hasan, les fournisseurs d’internet ont aussi une part de responsabilité. Lui et 48 autres jeunes ont pris part au Social Media Bus, une tournée qui les a emmenés aux sièges de cinq d’entre eux. Les jeunes sont arrivé.e.s avec leurs recommandations pour augmenter leur sécurité sur le net. Et il.elle.s ont été entendu.e.s !

Les 5 fournisseurs d’internet se sont engagés à réduire les frais de leurs services de sécurité et à les rendre gratuits pour une période de 3 à 6 mois pour les nouveaux.elles client.e.s.

Et Hasan de conclure : « Notre communauté joue un vrai rôle dans la lutte contre la cybercriminalité. Ce projet a littéralement changé le cours de nos vies ».

Ce projet est financé par la Belgique dans le cadre du programme Wehubit mis en oeuvre par Enabel.

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