Confinement en Ouganda: voici comment les profs gardent contact avec leurs élèves

19/11/2020
Pour nombre d’élèves de l'enseignement secondaire en Belgique, les cours à distance sont devenus une réalité quotidienne et un défi de taille. En Ouganda aussi, les écoles ont dû fermer pendant le confinement. Pour certains jeunes, il a mis un terme à leur parcours scolaire. Les enseignant.e.s du programme "Education for Life" font l’impossible pour garder le lien avec leurs élèves.
 
La vie d'Okello (nom d’emprunt), 17 ans, n'a pas été simple. Elle a fui la guerre au Sud-Soudan et vit maintenant dans le camp de réfugié.e.s de Palabek, dans le nord de l'Ouganda. Lorsqu’un confinement général a été décrété dans le pays, Okello aurait tout bonnement décrocher si elle n’avait pas pu participer au programme Education for Life, qui aide les jeunes à retrouver le chemin de l’école grâce à un programme d'apprentissage accéléré.
“À cause du coronavirus, je ne pouvais plus aller à l'école", se souvient Okello. "Maintenant, je suis enceinte et j’appréhende le retour en classe parce que j'ai peur que mes camarades se moquent de moi.”

Les profs rendent visite à leurs élèves

Okello n’est hélas pas un cas de figuré isolé. Les autorités de la région ont constaté une hausse de 40% du nombre de grossesses chez les adolescentes pendant le confinement. C’est la conséquence d’une augmentation du nombre de viols, du peu d’accès aux moyens contraceptifs et d’un manque d’information chez les jeunes filles. “Tout cela aura des conséquences importantes sur ces jeunes femmes”, selon Johnson Okwera, directeur programme auprès de notre partenaire AVSI dans le camp de Palabek. Cette organisation déploie le programme Education for Life dans 24 écoles de la région.

Ce programme forme aussi les enseignant.e.s pour qu’il.elle.s accordent une plus grande attention aux élèves les plus vulnérables, qui, pour diverses raisons, sont particulièrement à risque de décrochage scolaire. Les professeurs guident les élèves et sont à l'écoute de leurs problèmes. Pour Okello, cela a fait toute la différence.

"Mes professeurs m'ont rendu visite à plusieurs reprises et m’ont soutenue. Ils m'ont dit qu’il n’y avait aucune raison que ma grossesse mette un terme à mon parcours scolaire. Et qu’après l’accouchement, je pourrais retourner à l'école. Je veux vraiment poursuivre mes études. Je rêve de devenir un jour enseignante, afin d’inciter les générations futures à aller au bout de leurs études. C'est tellement important".

L'école est un lieu sûr et protecteur

Pour les enfants qui évoluent dans un contexte difficile, les écoles sont bien plus qu'un lieu où l’on apprend à lire et à écrire. Elles les protègent des abus et des violences. En cela, leur fermeture pendant sept mois a été difficile pour certains enfants.

L'annulation des cours a été vécue comme une catastrophe par les élèves du programme Education for Life. Beaucoup d’entre eux.elles ont fui la guerre au Sud-Soudan seul.e.s, sans leurs parents.

"Certains enfants sont retournés au Sud-Soudan sans avoir pu terminer leurs études. Maintenant que les écoles sont fermées, ils ont le sentiment que plus rien ne les retient ici. Récemment, nous avons appris qu'un de nos élèves rentré au Soudan du sud a été assassiné. C'est incroyablement triste", déplore l'enseignante Jennifer Cynthia Akonga.

"Nous avons donc décidé de rendre visite à tous nos élèves pendant le confinement, une fois par semaine. Au début, nous avons commencé par distribuer des manuels et du matériel scolaire pour permettre aux élèves de suivre les cours à distance. Ensuite, nous avons réuni des petits groupes de quatre ou cinq élèves en plein air pour qu'ils étudient. Mais je crains que si l’école ne réouvre pas rapidement, mes élèves finiront par décrocher et j’ignore ce qu’il adviendra d’eux."

 

Oxfam offre un enseignement aux jeunes réfugié.e.s

Oxfam gère une équipe de partenaires internationaux et régionaux, qui organise le programme "Education for Life" en Ouganda et au Sud-Soudan avec le soutien financier de l'UE. Le programme vise les jeunes réfugié.e.s et des personnes déplacées dans cette région.

Le programme en bref :

  • 31.150 élèves vulnérables suivent des cours dans 24 écoles
  • 700 enseignant.e.s ont été formé.e.s
  • 1000 organisations d'enseignant.e.s, de parents et de réfugié.e.s bénéficient d’un soutien pour mener à bien leurs activités
 
Photos ©Emmanuel Museruka