Conflit en Syrie : une cinquième année cauchemardesque

11/03/2016

La cinquième année du conflit en Syrie a été la pire pour la population : les parties belligérantes ont continué à semer le chaos, ont de plus en plus entravé l’aide humanitaire et ont multiplié les sièges de villes. La Russie, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni doivent à présent préserver la lueur d’espoir que le cessez-le-feu apporte à la population civile, au lieu de « mettre de l’huile sur le feu », mettent en garde 30 organisations humanitaires dans un rapport publié aujourd’hui.

Ces quatre pays, tous membres du Conseil de sécurité des Nations unies et du Groupe international de soutien à la Syrie, pourraient contribuer de manière déterminante à mettre fin aux souffrances en Syrie. Au lieu de cela, ils ont, à des degrés divers, affaibli leurs propres engagements par des actions militaires directes, des soutiens militaires et politiques à leurs alliés respectifs et des pressions diplomatiques inappropriés.

Le rapport « De l’huile sur le feu » répertorie les différents domaines dans lesquels la situation s’est détériorée en Syrie, alors que le pays a continué de s’enfoncer dans le chaos et l’éclatement. Il est signé par 30 organisations humanitaires et de défense des droits humains, dont Oxfam, le Norwegian Refugee Council (NRC), CARE International, ainsi que des organisations syriennes comme la Syrian-American Medical Society (SAMS), Big Heart et Syria Relief and Development.

500.000 personnes dans des zones assiégées

Maintenant que le fragile cessez-le-feu entré en vigueur à la fin février se maintient, la population syrienne est encore sous le choc de ce qui fut la pire année du conflit. Le rapport souligne notamment que l’année dernière :

  • Il y a eu une forte escalade de la violence, y compris compte tenu des frappes aériennes russes qui, selon l’ONU, ont fait 2 300 morts environ rien qu’en novembre.
  • Au moins 50 000 personnes supplémentaires ont été tuées.
  • Le nombre de personnes ayant besoin d’aide humanitaire a augmenté de 1,5 million.
  • Près d’un million de personnes ont été chassées de chez elles par les violences.
  • Selon l’ONU, 500 000 personnes vivent dans des zones en état de siège. Un chiffre qui a doublé en un an. Les organisations syriennes affirment que ce nombre est beaucoup plus important.
  • 200 000 habitations ont été partiellement ou complètement détruites, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2014.
  • 400 000 enfants supplémentaires ne sont pas scolarisés, ce qui porte le total à plus de deux millions.
  • Les attaques contre les hôpitaux et autres centres de santé ont augmenté de 44 %.

Liesbeth Goossens, responsable du plaidoyer humanitaire pour Oxfam-Solidarité :

« L’année écoulée a été la plus horrible pour la population syrienne. Si la poursuite des terribles violences doit être principalement imputée aux parties au conflit, la responsabilité de préserver l’espoir, au lieu d’attiser les violences, incombe également à leurs soutiens internationaux. Ils doivent choisir : mettre fin à cette catastrophe ou continuer à l’aggraver ? Nous avons vu l’effet des frappes aériennes. Il est à présent temps de voir l’effet des pressions diplomatiques pour ramener la paix en Syrie. »


10% des convois humanitaires autorisés

Malgré les besoins grandissants, il n’a jamais été aussi difficile d’acheminer de l’aide aux personnes qui en ont le plus cruellement besoin. Les restrictions imposées à l’accès humanitaire sur le territoire contrôlé par le gouvernement syrien sont telles que seulement 10 % des convois de l’ONU ont pu passer. Certes des convois humanitaires parviennent désormais à des communautés assiégées, apportant un soulagement temporaire à des centaines de milliers de civil-e-s. Mais les populations restent privées de toute assistance dans de larges zones de la Syrie, où les organisations humanitaires continuent d’être interdites d’accès, attaquées ou harcelées par toutes les parties belligérantes.

Avec quelque 200 000 personnes toujours bloquées dans la ville de Deir ez-Zour, sans aucune aide, et des marchandises acheminées au compte-goutte dans les autres zones assiégées, comme la ville de Madaya, l’accès aux communautés en état de siège reste limité. En moyenne, en 2015, l’ONU a pu apporter une aide médicale à seulement 3,5 % des populations assiégées et une aide alimentaire à moins de 1 %.

Notes aux rédactions :

Le rapport intégral en anglais ainsi que le résumé en français sont disponibles à l’adresse suivante : http://www.oxfamsol.be/fr/syrie-de-lhuile-sur-le-feu

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