Coopération au développement : une des clés de la réponse au Covid-19

04/06/2020

Déjà en avril, Oxfam tirait la sonnette d’alarme : la crise du Covid-19 risque de faire basculer un demi-milliard de personnes dans la pauvreté. Si la crise sanitaire est indiscutablement un réel défi pour l’humanité entière, la crise économique s’annonce encore plus grave.

La Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) a estimé qu’un investissement de 2.500 milliards de dollars serait nécessaire pour en mitiger les effets, dont 500 milliards d’aide au développement. Pourquoi ? Car la crise du Covid-19 exacerbe les inégalités entre pays, des inégalités structurelles qui empêchent un certain nombre d’entre eux de mobiliser rapidement les ressources nécessaires pour protéger leurs populations. Car une lutte nationale contre un virus qui traverse les frontières ne fait pas de sens.

Pourquoi doit-on s’occuper de coopération au développement actuellement ?

Bien sûr, la coopération au développement n’est pas un remède miracle et ne peut pas être la seule réponse à la crise. C’est pour cela qu’Oxfam plaide aussi fortement pour d’autres mesures clés. Par exemple, l’annulation des paiements de la dette des pays du Sud en 2020 et 2021 – afin que les ressources financières disponibles déjà limitées dans ces pays puissent servir à répondre aux besoins des populations. Ou encore un conditionnement de tout soutien public à une obligation de transparence fiscale, pour que les plans de relance adoptés par les gouvernements ne finissent dans des paradis fiscaux.

Mais la coopération joue un rôle unique dans le développement. Elle doit donc être mobilisée pour faciliter une réponse globale cohérente et efficace à la crise actuelle et assurer que ses effets ne se fassent durement sentir sur le long-terme.

Qu’est-ce que la Belgique a déjà fait ?

Dans le cadre de la réponse au Covid-19, la Belgique a mobilisé des ressources sous-utilisées les années précédentes pour dégager 22 millions d’euros pour l'aide humanitaire en 2020, en sus du budget initialement prévu. C’est un premier pas encourageant, l’aide humanitaire étant un moyen critique pour permettre une réponse immédiate en cas de crise.

La Belgique a également réorienté certains financements déjà prévus pour la coopération au développement en 2020. Même si cela est positif, cela ne représente pas un investissement supplémentaire en réponse à la crise exceptionnelle à laquelle nous faisons face collectivement. A l’heure actuelle, aucun investissement supplémentaire n’a été annoncé par le gouvernement pour la coopération au développement.

Qu’est-ce que la Belgique peut encore faire ?

Afin de pouvoir répondre à la crise économique, la première réponse apportée par l’aide humanitaire doit être consolidée par des mesures structurelles, notamment en termes de santé, de protection sociale et de sécurité alimentaire. La Belgique, avec d’autres pays membres de l’OCDE, a d’ailleurs reconnu le rôle essentiel que joue la coopération pour prévenir l’impact sanitaire, social et économique à long-terme de la crise du Covid-19 dès le 9 avril.

Ensuite, même avant la crise du Covid-19, la contribution politique et financière de la Belgique à la coopération au développement était bien en-dessous de ses engagements. Il y a 50 ans, elle promettait d’y consacrer 0.7% de son PIB. Ce chiffre n’a jamais été atteint et s’élevait en 2019 à seulement 0.42%. Elle a donc le mandat et le devoir de contribuer aux efforts internationaux actuels. 

L’heure n’est pas à l’austérité. La première leçon à tirer de la pandémie est que face à une crise, le rôle de l’Etat et des budgets publics sont absolument essentiels. La Belgique, comme de nombreux autres Etats, prend actuellement de nombreuses mesures pour répondre au Covid-19 sur son propre sol. Si la réponse à la pandémie n’est pas globale, elle est vouée à l’échec. Il est donc dans l’intérêt de la Belgique et des Belges de considérer également des investissements au-delà de leurs frontières.  

Enfin, la Belgique peut également jouer un rôle au niveau européen. Le 27 mai dernier, la Commission européenne a présenté son plan de relance pour l’UE, un plan qui inclut 10 milliards d’euros pour la coopération au développement (et 5 milliards pour l’aide humanitaire). Cette proposition va maintenant être négociée par le Conseil, où siègent les Etats membres. La Belgique a donc l’opportunité de soutenir cet investissement conjoint. 

A plus long-terme, la crise peut aussi représenter une opportunité pour repenser la coopération au développement. Elle a démontré que des secteurs tels que la santé ou la protection sociale étaient fondamentaux pour rendre les sociétés plus résilientes. Or, si la coopération représente un appui essentiel au fonctionnement des systèmes de santé des pays du Sud en difficulté – en les finançant jusqu’à 29% dans certains pays - la part de la santé dans les budgets de la coopération n’a cessé de diminuer depuis 2014. De même, en 2018 moins d’1% du budget global de la coopération allait à la protection sociale.

La coopération au développement fournit un outil unique qui a toute sa place dans le panel de solutions mises en œuvre par la communauté internationale pour répondre à la crise actuelle. Et la Belgique doit y apporter sa juste contribution.

 

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