Crise climatique, droits des femmes et pénurie en eau au Pakistan

14/02/2020

Malnutrition, mortalité infantile et conflits autour de l’accès à l’eau potable. Voilà la réalité quotidienne de milliers de familles paysannes dans la province de Sindh, au sud du Pakistan. Depuis 2002 et grâce à votre soutien, Oxfam y développe des programmes pour remédier à ces problèmes. Nous y aidons aussi des femmes à revendiquer leurs droits.

« Avant, ma vie était très dure », raconte Sara Solangi. « À cause du manque d’eau, nous ne pouvions pas cultiver nos terres et nous devions marcher 15 kilomètres pour accéder à l’eau potable. En plus, les femmes ne pouvaient pas quitter leur maison sans l’autorisation de leur mari. »

Droit à l’eau

Sara, 42 ans, vit à Mehrab Solangi, un village de la province de Sindh. Elle un fils de 10 ans et un fille de 7 ans. Sara gagne 200 roupies (= 1 euro) par jour en récoltant des légumes et du coton chez des propriétaires terriens. Son mari est sans emploi.

Depuis trois ans, elle est membre d’un groupe communautaire local qui mène campagne pour obtenir de l’eau potable et pour faire entendre la voix des femmes auprès des décideurs politiques locaux et des propriétaires terriens. Elle obtient de l’aide dans ses démarches par le Management Development Foundation (MDF), un partenaire d’Oxfam au Pakistan. Elle y a suivi une formation en leadership féminin.

« À cause du changement climatique, il fait de plus en plus sec ici », explique-t-elle. « L’eau ne nous atteint plus, parce que les propriétaires terriens ont fait construire des barrages en amont de la rivière. Cela fait mourir nos cultures et notre bétail. Nous avons dénoncé ces pratiques, parce que cette eau nous appartient aussi. Mais jusqu’à présent, les propriétaires terriens ne nous ont pas écoutés. »

Les femmes luttent pour l’égalité des droits

Il y a trois ans, Sara a commencé à participer à des réunions et séminaires de MDF. « J’ai beaucoup sacrifié pour cela », se rappelle-t-elle. « J’ai dû me déplacer souvent et passer parfois trois jours d’affilée en séminaire, au détriment de mes tâches ménagères. Heureusement, mon mari m’a beaucoup soutenue. Lors de ces réunions, j’ai appris à m’exprimer. Avant, j’étais tétanisée, aujourd’hui ma voix ne tremble plus quand je m’adresse à des responsables politiques ou à des étrangers. »

Sara Solangi : « Aujourd’hui, ma voix ne tremble plus quand je m’adresse à des responsables politiques ou à des étrangers. »

Sara s’est rendue à une assemblée générale sur le droit à l’eau et participe aujourd’hui aux négociations sur la future politique de l’eau. Grâce à son intervention, l’accès à l’eau est désormais mieux réparti.

Par ailleurs, elle accueille depuis peu, chez elle, une organisation qui y prodigue des cours aux enfants du village. « Je veux que mes enfants aillent à l’école. Moi-même, je n’ai jamais eu cette chance. Pendant que je m’occupe des tâches ménagères, je suis les leçons et j’apprends un peu, moi aussi. J’espère que ma fille pourra poursuivre plus tard mon travail de lutte pour plus d’égalité de chances. »

"Nous plantons des arbres pour lutter contre la sécheresse"

Toujours dans la province de Sindh, le village d’Allah Dino Bajeer (district de Badin), a été ravagé par un cyclone en 2003, qui a aussi détruit les cultures. En 2010, c’est une inondation qui a frappé la région entière. Depuis, la sécheresse fait rage. « Nous manquons de tout, et surtout d’eau et de nourriture », témoigne Hooran Bhurghri, 35 ans, mère de quatre enfants. « Les enfants sont malnutris et les femmes enceintes souffrent d’anémie. Mes enfants aussi sont très malades. »

Hooran a suivi une formation chez Laar Humanitarian and Development Programme (LHDP), un partenaire d’Oxfam. « J’y ai appris à cultiver un jardin potager sans insecticides », explique-t-elle. « Aujourd’hui, je ne dois plus acheter de légumes, ce qui fait une grosse différence. Nous plantons aussi des arbres pour lutter contre la sécheresse. »

Outre le sévère manque d’eau, Sindh connaît d’autres problèmes, comme le rôle subordonné qui revient aux femmes et aux plus pauvres. Pour y remédier, divers partenaires locaux d’Oxfam aident les femmes à gagner en influence politique, à lutter contre les effets de la crise climatique, à résoudre les conflits et à encourager la cohésion sociale.

Les femmes font entendre leur voix


À Allah Dino Bajeer, les femmes restaient auparavant cloîtrées chez elles et ne pouvaient pas s’exprimer en public. Elles ont désormais mis sur pied un conseil communautaire, sous l’égide de Hooran. « Nous apprenons à traiter les problèmes de façon organisée. Nous aidons les plus pauvres et nous nous exprimons dans différents forums », témoigne-t-elle.

« Je suis personnellement très fière d’y avoir appris à coudre et à fabriquer du savon. Aujourd’hui, je confectionne des sous-vêtements pour les femmes qui n’ont pas les moyens de s’acheter des protections hygiéniques. Leur hygiène et leur santé générale s’en voient grandement améliorées. »

Soyez solidaire avec les femmes du monde entier. Rejoignez la Marche Mondiale des Femmes à Bruxelles, le 8 mars.

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