Cultiver du fourrage dans le désert algérien

13/07/2017

Conditions climatiques extrêmes et dunes de sable : le désert algérien semble peu propice à la culture de céréales. Et pourtant, avec le soutien d’Oxfam et du Programme alimentaire mondial (PAM), les réfugiés Sahraouis y cultivent maintenant de l’orge pour leur bétail, dans des conteneurs recyclés.

Réfugiés depuis 40 ans

L’Algérie accueille depuis 1975 des milliers de réfugiés du Sahara occidental, l’une des crises de réfugiés les plus longue au monde. Répartis en 5 camps, près de la ville de Tindouf, au cœur du désert Algérien, ces réfugiés n’ont peu ou pas de possibilité de commerce ou d’agriculture dans cet environnement isolé au climat extrême. Ils dépendent donc de l’aide humanitaire pour leur survie.                            

Cela fait donc des décennies que ces réfugiés recourent pour se nourrir à un « panier sec » distribué par le PAM : riz, farine, blé, soja… Aujourd’hui, 25% d’entre eux souffrent de malnutrition chronique. Si certains réfugiés tentent d’élever du petit bétail (les Sahraouis sont traditionnellement éleveurs, notamment de chameaux) la tache relève presque de l’impossible au vu de l’absence totale de fourrage disponible dans leur environnement et de l’impossibilité d’en cultiver dans ce désert de sable.

Cultiver du fourrage sans terreau

La solution ? L’hydroponie : une méthode qui permet de cultiver des plantes hors du sol, leurs racines plongées dans un mélange d’eau et de nutriments.  Du fourrage frais à base d’orge germé peut ainsi être produit dans un conteneur hydroponique muni de panneaux solaires, en utilisant une quantité d’eau minimale (10% d'eau nécessaire par rapport à la culture en sol) et aucun engrais. La récolte ? 60 kg de fourrage par jour par conteneur !

Testé localement, produit localement

En 2016, le PAM et Oxfam ont commencé à tester ce concept d’hydroponie dans les camps en utilisant un conteneur high-tech : type de semences, qualité de l’eau, manutention… Une fois les tests réalisés, ils ont évalué comment adapter cette technologie aux besoins locaux, avec un ingénieur sahraoui et des membres de la communauté réfugiée.

C’est ainsi qu’une nouvelle « Unité hydroponique » a vu le jour, développée par les réfugiés eux-mêmes et pouvant être produite localement pour 10% du prix de la version high-tech, en utilisant du matériel disponible dans les camps. Par exemple ces nouvelles « unités » sont construites en utilisant des vieux conteneurs qui parsèment les camps de réfugiés, vestiges de décennies de cargaisons humanitaires. Ou encore dans des serres que les réfugiés peuvent monter eux-mêmes.

Un régime alimentaire plus diversifié

Les unités hydroponiques sont gérées par des groupes de réfugiés Sahraouis, qui reçoivent pour cela une formation technique et commerciale. Chaque unité fournit assez de fourrage pour 20 animaux, ce qui bénéficie à environ 7 familles. Plus de fourrage, ça veut dire du bétail en meilleure santé, moins de pertes et plus de lait et de viande pour la communauté, assurant ainsi à terme une diversification de son régime alimentaire.

Prix de l’innovation

A l’opposé des projets classiques de distributions alimentaires, l’approche innovante de ce projet d’hydroponie permet aux réfugiés de travailler eux-mêmes à leur subsistance et devenir ainsi déjà un peu moins dépendants de l’aide internationale. Pour Taleb, agronome chez Oxfam, avec ce projet, « ce sont les réfugiés eux-mêmes qui ont le pouvoir de prendre en main leur avenir. »

Lors d’un concours du PAM à Munich, ce projet a reçu le Prix du Jury. Pour Soazic Dupuy (photo), du PAM, ce n’est que le début: « Maintenant que le modèle est en place, nous allons faire des tests afin de multiplier le nombre de personnes qui ont accès à ce programme. » Une deuxième phase du projet qui a débuté en Mai 2017 se concentre en effet sur la diffusion du modèle dans les différents camps, afin d’augmenter l’échelle de ce projet.

Ce projet a été rendu prossible par un financement du Programme Alimentaire Mondial.