Des bulldozers israéliens détruisent un projet belge

03/10/2014

Lundi matin, en Cisjordanie, des bulldozers israéliens ont détruit un réseau électrique qui avait été construit avec le soutien de la Coopération belge au développement. C’est la première fois qu’Israël détruit un projet belge. Oxfam, qui suit de près les démolitions, exhorte le Gouvernement belge à condamner publiquement les actions d’Israël et à réclamer des dédommagements pour cette destruction.

Khirbet al-Tawil est un petit village de Cisjordanie, situé entre la ville palestinienne d’Aqraba et la colonie israélienne de Gittit. Environ 250 personnes y vivent. Le village fait partie de la zone C (qui représente 60% de la Cisjordanie), où des infrastructures palestiniennes sont régulièrement détruites, en relation à l’expansion des colonies israéliennes. Les habitants palestiniens passent ainsi à côté d’opportunités essentielles pour leur développement social et économique. Oxfam travaille avec des organisations locales et aide les femmes et les hommes vivant dans les territoires occupés à revendiquer leurs droits fondamentaux, y compris le droit à la sécurité alimentaire, à l’accès à l’éducation et aux soins de santé.

En 2007, l’Agence belge de développement (CTB) a installé un réseau électrique à Khirbet al-Tawil, apportant un courant électrique vital pour la population locale. Ce projet a reçu un premier ordre de démolition en 2008 et un deuxième en mars de cette année. Des pressions diplomatiques du consulat belge à Jérusalem-Est et de l’ambassade belge en Israël s’en sont suivies cet été. Mais ces pressions n’ont pas été en mesure d’éviter ce qui s’est passé lundi matin.

« Entre 6h15 et 8h30 heure locale, l’armée israélienne a détruit plus de 4,5 km de câbles électriques et environ 70 poteaux électriques. Les poteaux ont ensuite été coupés en morceaux pour éviter qu’ils ne soient réutilisés. Tout le village est sans électricité depuis lors. Les bergers ne peuvent pas refroidir le fromage et les yaourts qu’ils produisent et perdent donc directement leurs revenus », explique le chef du village de Khirbet al-Tawil, Bassam Akher.

Mercredi matin, les villageois ont essayé de reconstruire eux-mêmes l’infrastructure détruite. Mais le retour immédiat de l’armée israélienne sur place a mis fin à cette tentative.

Déjà l’année dernière, un rapport d’AIDA (Association of International Development Agencies), Failing To Make The Grade, montrait qu’Israël poursuivait ses démolitions malgré les déclarations fortes de l’UE. Si l’on regarde la période entre début janvier et fin aout de cette année, et qu’on la compare avec la même période en 2013, on remarque que 10% de personnes en plus se sont retrouvées sans abri à cause de démolitions en 2014. Il s’agit de 823 personnes, dont 448 enfants. Un autre projet belge, l’aire de jeu d’une école maternelle dans le village d’Al-Aqaba, est également menacé de destruction. Selon Oxfam, les politiciens belges ne peuvent plus se permettre de rester silencieux, maintenant que des projets construits avec l’argent de contribuables belges se font détruire.

« Les questions parlementaires montrent encore et encore que la Belgique n’a pas de véritable politique pour faire face à la destruction de nos projets. Il est grand temps que le gouvernement belge condamne publiquement les démolitions et demande par la même occasion des dédommagements pour les dégâts », déclare Koen De Groof, responsable plaidoyer politique chez Oxfam pour les Territoires palestiniens occupés.

Le Ministre Reynders a déjà déclaré qu’il condamnait les faits, qu’il avait interpelé l’ambassadeur et qu’il réclamait des indemnités.