Des inégalités vertigineuses : le nombre de milliardaires a doublé depuis la crise financière

29/10/2014

Dans son rapport « À égalité ! Il est temps de mettre fin aux inégalités extrêmes » publié aujourd’hui, Oxfam établit que le nombre de milliardaires dans le monde a plus que doublé depuis la crise financière. Face à ce constat, l’organisation de développement avertit que la montée des inégalités pourrait faire reculer la lutte contre la pauvreté de plusieurs dizaines d’années.Ce nouveau rapport explique que les personnes les plus riches du monde possèdent plus d’argent qu’elles ne pourraient jamais en dépenser, alors que des centaines de millions de personnes vivent dans une pauvreté extrême, sans accès aux services de santé et d’éducation de base.

Dans le monde entier, la prospérité ne bénéficie pas aux citoyens, mais aux plus riches dont la fortune extraordinaire s’accroît toujours plus rapidement. Le patrimoine cumulé des 85 personnes les plus riches – qui possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, comme l’a révélé Oxfam en janvier dernier – a augmenté de 668 millions de dollars par jour entre 2013 et 2014. Cela équivaut à un gain de près d’un demi-million de dollars par minute.

Du FMI au Forum économique mondial, en passant par le président Obama, de plus en plus de voix s’accordent pour reconnaître que les inégalités constituent un défi fondamental de notre époque et que l’inaction est néfaste tant sur le plan économique que social. Malgré ces belles paroles, peu de mesures concrètes ont été prises. Leila Bodeux, responsable du plaidoyer Services sociaux de base et Justice économique :

« Les inégalités entravent la croissance, corrompent la politique, ferment des perspectives et génèrent de l’instabilité, tout en accentuant les discriminations, notamment à l’égard des femmes »

Le rapport d’Oxfam, qui bénéficie du soutien de Graça Machel, Kofi Annan et Joseph Stiglitz parmi de nombreuses autres personnalités, donne le coup d’envoi de la nouvelle campagne d’Oxfam « A égalité » faisant pression sur les responsables politiques du monde entier pour qu’ils passent des paroles aux actes et redistribuent les cartes de façon plus équitable, y compris pour les plus pauvres. Des mesures rigoureuses sont nécessaires contre l’évasion fiscale des multinationales et des grandes fortunes du monde. Ces entreprises et ces personnes doivent contribuer équitablement à alimenter les caisses publiques pour que les États puissent réduire les inégalités et bâtir des sociétés plus justes.

« L’idée que la croissance économique mène de facto à une amélioration des conditions de vie de tout le monde reste bien ancrée malgré les faits, ajoute Leila Bodeux. La richesse continue à s’accumuler dans les couches supérieures de la population et continuera tant que les gouvernements n’agiront pas. Nous ne devrions pas laisser une doctrine économique et l’intérêt de quelques personnes fortunées et puissantes nous aveugler. À travers le monde, des millions de personnes meurent faute de services de santé suffisants, et des millions d’enfants n’ont pas les moyens d’aller à l’école pendant que quelques-uns possèdent plus d’argent qu’ils ne pourraient en dépenser dans une vie. »

« L’augmentation constante d’une pauvreté extrême face à une richesse indécente n’est pas une fatalité, ou ‘l’ordre des choses’, insiste Leila Bodeux. C’est la conséquence d’un système défaillant. Les règles du jeu favorisent les puissantes entreprises et une riche élite, qui concentre de plus en plus de richesse au dépens de personnes qui vivent dans la pauvreté. Il est grand temps de changer les règles pour qu’elles profitent à tous et non pas à ces oligarques. »

Le bénéfice potentiel d’une redistribution des richesses des grandes fortunes, même à un taux minime, en dit long. Si l’on instaurait aujourd’hui un impôt de 1,5 % sur les fortunes des milliardaires du monde, les recettes annuelles pourraient permettre de scolariser tous les enfants sur cette planète et d’offrir une couverture santé universelle dans les pays les plus pauvres.

Une réduction des inégalités aurait des conséquences aussi bénéfiques que l’inaction serait désastreuse. Par exemple, en enrayant la récente augmentation des inégalités, l’Inde pourrait permettre à 90 millions de personnes de sortir de l’extrême pauvreté d’ici 2019.Au Kenya, le maintien du niveau d’inégalité actuel risquerait de faire basculer sous le seuil de pauvreté, d’ici 2019 également, 3 millions de personnes de plus qu’en cas de légère diminution des inégalités.

« L’inaction n’est plus une option. Trop, c’est trop. Et pas parce que nous rejetons les gens qui ont une villa, une voiture de sport ou un yacht, mais parce que le fait que les plus riches vivent plus longtemps et en meilleure santé que les plus pauvres est inacceptable, précise Leila Bodeux. Ces inégalités extrêmes renforcent également un sentiment d’injustice dans notre société et élargit le fossé entre la population d’un côté et la classe politique et les élites économique de l’autre. »

Pour réduire le fossé entre les grandes fortunes et le reste de la population, il sera essentiel d’investir dans des services publics gratuits. Chaque année, le poids des frais de santé fait basculer 100 millions de personnes dans la pauvreté. Entre 2009 et 2014, au moins un million de femmes sont mortes en couches, faute de services de santé suffisants. Pendant ce temps, les frais de scolarité continuent d’exclure de trop nombreux enfants. Au Ghana, par exemple, les familles les plus pauvres devraient consacrer 40 % de leurs revenus pour envoyer un seul enfant dans une école à bas coût, ce qui souligne l’importance de la gratuité de l’enseignement pour toutes et tous.

C’est en revanche une tout autre histoire pour les personnes au sommet de l’échelle, puisque leur patrimoine leur survivra largement. Si les trois personnes les plus riches du monde dépensaient un million de dollar chaque jour, il leur faudrait à chacune environ 200 ans pour épuiser leur fortune. Une telle situation extrême n’est cependant pas l’apanage des pays riches. Aujourd’hui, on compte 16 milliardaires en Afrique subsaharienne, où 358 millions de personnes vivent dans l’extrême pauvreté, et les inégalités en Afrique du Sud sont aujourd’hui plus importantes qu’elles ne l’étaient à la fin de l’apartheid.

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