Des pêcheurs sans prise à Gaza

29/05/2017

Les pêcheurs de Gaza ne veulent pas abandonner leur métier, leur choix de vie et leur source de revenus. Mais le blocus israélien rend leur travail quasiment impossible.

« Ils ont confisqué mon bateau et l’ont détruit. Nous étions juste en train de pêcher à 2 miles au nord de Gaza. […] Ce bateau représentait la principale source de revenus pour trois familles. Maintenant, je n’ai plus rien : pas d’emploi, pas de bateau. »

Wael Bashir Abu Ryala est pêcheur à Gaza, ou du moins, il l’était. Sans son bateau, il ne peut plus exercer son métier et assurer un revenu suffisant pour subvenir aux besoins de ses proches. A sa colère d’avoir perdu son bateau, s’ajoute aussi l’humiliation, à cause des circonstances qui ont amené à sa destruction.

« Nous sommes allés en mer », explique Wael Bashir. « Nous avons jeté nos filets et puis nous sommes revenus pour les retirer. C’est à ce moment que deux navires israéliens nous ont accostés. Nous avons tenté de fuir mais ils nous ont dit de nous arrêter puis ont tiré sur le bateau. Une fois le moteur cassé, ils ont pris le bateau et nous ont arrêtés. Ils nous ont ordonné d’enlever nos vêtements et nous ont emmenés avec eux jusqu’à un port israélien. Ils nous ont gardé pendant 24h puis nous ont renvoyés à Gaza. »
 

Les pêcheurs ont peur des Israéliens

Le cas de Wael Bashir n’est hélas pas un cas isolé. 49 autres cas avaient déjà été recensés par notre partenaire, UAWC (Union of Agricultural Work Committees – L’union des comités de travail agricole), en 2014. Un nombre qui doit avoir largement augmenté aujourd’hui. L’UAWC vient notamment en aide aux pêcheurs de Gaza, qui doivent faire face à de nombreux obstacles. A commencer par les limitations des zones de pêches imposées par les Israéliens.

« Les pêcheurs ont peur des Israéliens. Jusqu’à 3 ou 4 miles de distance, il n’y a quasiment pas de poisson », insiste Abu Bashar, directeur général d’UAWC à Gaza. «Les Israéliens les laissent aller jusqu’à 6 miles pour pêcher mais seulement hors saison. Quand la saison de la pêche commence, ils les forcent à se rapprocher des côtes. »

Cash-for-work

Pour faire face à cette situation catastrophique pour les pêcheurs, l’UAWC, en partenariat avec Oxfam, a lancé des programmes de ‘cash-for-work’ (argent contre travail). Ces programmes sont souvent utilisés comme réponses humanitaires car ils permettent aux personnes qui ont perdu leur source de revenus de gagner de l’argent pour un travail qui profite à la communauté à plus long terme.

Pour les pêcheurs de Gaza, le programme est simple : 25 jours de travail payés 10 à 15 euros par jour, en fonction des qualifications de chacun. Certaines personnes réparent les bateaux, d’autres des filets de pêche, par exemple. Lorsque le programme est terminé, le matériel indispensable à la pêche est restauré, les pêcheurs ont pu nourrir leur famille en attendant et pourront ramener des poissons dont la communauté gazaouie manque cruellement.

« J’ai 60 ans, et je suis pêcheur. C’est ma seule source de revenus. »

Ahmad Tolba est impliqué dans un programme de ‘cash-for-work’ pour lequel il répare des filets de pêche : « J’ai 60 ans, et je suis pêcheur. C’est ma seule source de revenus. Nous sommes 14 dans la famille dont 6 personnes qui vivent du travail en mer. J’ai été contacté par le comité local des pêcheurs qui m’a parlé du programme ‘cash-for-work’. J’ai tout de suite été candidat et cela va permettre de couvrir des dépenses et quelques dettes. Et puis, il faut aussi que je fasse quelques courses. Hélas, tous les pêcheurs sont dans cette situation. »

2014, un tournant tragique

Ces règles très strictes et les abus qui en découlent sont les conséquences du blocus instauré en 2007 par Israël. Mais les conditions de vie, voire de survie, des pêcheurs se sont encore détériorées depuis 2014 et l’offensive israélienne sur Gaza qui a détruit pratiquement toute la zone (voir encadré).

Une très grande partie des installations dans lesquelles travaillaient les pêcheurs, tout comme les maisons dans lesquelles ils habitaient ont été frappées par des obus. Dès lors, comment stocker le peu de poissons attrapés ? Comment les conserver ? Où entreposer le matériel ?

10 ans de blocus

Ces témoignages de vies brisées par un blocus long de 10 années et les bombardements de 2014 ne sont que quelques exemples d’une situation qui touche tous les Gazaouis. Plus de 100.000 d’entre eux ont vu leur foyer détruit. Seules 9,7 % des maisons touchées ont été reconstruites et l’électricité est coupée au moins 12h par jour.

Dans un rapport publié en mars dernier, Oxfam met l’accent sur un danger majeur pour la survie des habitants : 96% de l’eau disponible n’est pas potable. La plupart des systèmes d’irrigation, d’évacuation d’eau ou sanitaires ne sont plus en état de marche, alors que les nappes phréatiques sont remplies d’eau de mer. Les risques de maladies augmentent, l’agriculture est également menacée, sans parler du besoin tout simplement vital d’eau potable.

Le travail d’UAWC se poursuit

En attendant qu’une solution politique se dégage, l’UAWC continue à encadrer les pêcheurs pour leur fournir une source de revenus et les aider à se relever, encore et encore.

Abu Bashar, directeur général d’UAWC à Gaza : « Les habitants ne voient aucun futur avec cet absence d’emploi, les divisions politiques… Nous [l’UAWC] essayons de prendre part à la solution : pour les hommes, pour les femmes, et pour les générations futures. Nous avons plein de problèmes avec les Israéliens mais il faut aller de l’avant. Nous devons faire face à la crise, pas la fuir. Et nous ne devons pas le faire seuls, mais tous ensemble.»

« Car nous réglons les problèmes comme nous le pouvons mais nous ne détenons pas la solution à long terme. C’est la responsabilité de la communauté internationale de trouver des solutions au réel problème de fond.»

Ce programme reçoit des financements de la Coopération Belge au développement.