Des victimes de tortures et des femmes enceintes bloquées dans les camps de réfugiés en Grèce

09/01/2019

Dans un rapport publié aujourd’hui, Oxfam tire la sonnette d’alarme : des centaines de personnes vulnérables, dont des femmes enceintes, des enfants non accompagnés et des victimes de torture sont actuellement laissés à l’abandon dans les camps de réfugiés sur les îles grecques. Certains sont détenus sans qu’il ne soit tenu compte à aucun moment de leur vulnérabilité.

Camps surpeuplés et conditions indignes

Des centaines de personnes vulnérables sont parquées sans distinction dans le « Hotspot » de Moria, sur l’île de Lesbos, saturé quasiment au double de sa capacité d’accueil et transformé par les pluies en un marécage boueux.

Oxfam dénonce aussi une tendance inquiétante des autorités y garder en détention des personnes dont elles n’ont pas reconnu la vulnérabilité, telles que des adolescents et des victimes de torture. Des membres des personnels d’assistance sociale et juridique ont déclaré à Oxfam qu’ils rencontraient souvent des demandeurs d’asile qui n’auraient pas dû être enfermés du fait de leur âge ou de leur mauvais état de santé physique ou mentale. Une fois en détention, il est encore plus difficile pour ces personnes d’obtenir l’aide médicale ou psychologique dont elles ont besoin.

Aucun contrôle médical

Dans un cas, un demandeur d’asile camerounais âgé de 28 ans a été enfermé pendant cinq mois en raison de sa nationalité malgré de graves problèmes de santé mentale. Il n’a fait l’objet d’aucun contrôle médical avant sa mise en détention, que ce soit pour sa santé physique ou mentale, et il lui a fallu attendre un mois avant de pouvoir voir un psychologue. « Nous ne pouvions sortir du conteneur que deux heures par jour », explique-t-il. » [...] Le reste du temps, on le passe assis dans un espace réduit avec 15 autres hommes qui ont tous leurs propres problèmes. »

Giorgia Girometti, chargée de plaidoyer sur les migrations pour Oxfam-Solidarité : « Mettre et garder pour longtemps en détention des gens qui ont des problèmes de santé ou des problèmes psychologiques est inacceptable, Oxfam est très préoccupée par cette situation. Il est irresponsable de ne pas identifier les personnes les plus vulnérables ni de répondre à leurs besoins. Le fait d'utiliser ces personnes pour ses propres calculs politiques signe l’échec de l’UE. »

Vulnérabilités non-identifiées

Le système qui devrait permettre d’identifier et de protéger les personnes les plus vulnérables s’est effondré en raison d’un manque chronique de personnel et de procédures défaillantes. Pour la majeure partie de l’année écoulée, seul un médecin avait été nommé par le gouvernement à Lesbos, en charge d’identifier les personnes vulnérables parmi jusqu’à 2.000 nouveaux arrivants chaque mois.

Les conséquences ? En plus de ces personnes vulnérables incarcérées malgré leur situation, Oxfam a aussi entendu des femmes qui ont dû quitter l’hôpital et se sont retrouvées sous une tente quatre jours seulement après leur accouchement par césarienne. Et des personnes ayant subi des violences sexuelles et d’autres traumatismes devant vivre dans un camp où des rixes éclatent régulièrement et où les deux tiers des personnes hébergées déclarent ne jamais se sentir en sécurité.

Recommandations de l’ONG Oxfam :

  • Le Gouvernement grec et les États membres de l’UE doivent déployer davantage de personnel spécialisé, notamment des médecins et des psychologues, et remédier aux insuffisances du système de dépistage et de contrôle sur les îles grecques. L’ONG estime qu’un plus grand nombre de personnes demandant l’asile devraient régulièrement être transférées vers la Grèce continentale, en particulier les plus vulnérables.
  • Toute personne arrivant dans les îles grecques devrait avoir accès à la procédure normale de traitement des demandes d’asile au lieu de faire l’objet d’une procédure accélérée visant à les renvoyer en Turquie. Elles devraient bénéficier d’un hébergement convenable et de soins médicaux appropriés, en Grèce continentale.
  • Les États membres de l’UE doivent partager la responsabilité de l’accueil des demandeurs d’asile plus équitablement avec la Grèce. Ceci en réformant les mécanismes de solidarité européens et dépassant le « règlement de Dublin » selon la position du Parlement européen, afin de prendre en compte les besoins légitimes, les choix et les attentes des demandeurs d’asile, et d’éviter que ces demandeurs d’asile ne restent bloqués dans les pays où ils arrivent en premier.
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