D’ici la fin de l’année, 12 000 personnes pourraient mourir de faim chaque jour à cause du Covid-19, potentiellement plus que les victimes du virus lui-même, avertit Oxfam

08/07/2020

Jusqu’à 12 000 personnes pourraient mourir de faim chaque jour du fait des impacts économiques et sociaux de la pandémie de Covid-19, soit potentiellement plus que les victimes du virus lui-même, avertit Oxfam dans un rapport publié aujourd’hui. La pandémie de Covid-19 met encore plus à mal un système alimentaire mondial déjà vacillant, exposant des millions de personnes supplémentaires à la famine, selon Oxfam.

Le rapport d’Oxfam intitulé « Le virus de la faim » révèle comment les répercussions sociales et économiques de la pandémie pourraient pousser 121 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurtié alimentaire. En cause notamment, le chômage de masse, une production alimentaire perturbée et un déclin des financements de l’aide humanitaire du fait de la pandémie.

Selon Thierry Kesteloot, en charge du plaidoyer agricole chez Oxfam Belgique, « le COVID-19 est la goutte d’eau qui fera déborder le vase pour des millions de personnes déjà confrontées aux impacts des conflits, des changements climatiques, des inégalités et d’un système alimentaire défaillant qui a appauvri des millions de productrices et producteurs alimentaires et de travailleuses et travailleurs agricoles. Pendant ce temps, les mieux nantis continuent d’engranger des profits : huit géants de l’agroalimentaire ont versé plus de 18 milliards de dollars à leurs actionnaires depuis janvier et ce, malgré la propagation de la pandémie à l’échelle mondiale. Cela représente plus de dix fois le budget requis par les Nations Unies pour combattre cette crise de la faim et illustre surtout à quel point le système alimentaire mondial est dysfonctionnel. »  

Des foyers émergents

Oxfam s’alarme de la crise alimentaire particulièrement aigüe et aggravée par la pandémie qui sévit dans 10 foyers de famine extrême, comme le Venezuela, l’Afghanistan, la Syrie ou le Soudan du sud. Ensemble, ces pays concentrent 65 % des personnes souffrant de la faim à un niveau critique dans le monde.

Pire, de nouveaux foyers de famine émergent. Des pays à revenu intermédiaire comme l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil accusent des niveaux de sous-alimentation croissants, avec des millions de personnes basculant dans la famine.

  • Au Brésil, des millions de travailleuses et de travailleurs pauvres, qui n’ont ni épargne ni aide sur lesquelles compter, ont perdu leurs revenus à cause du confinement. Seulement 10 % de l’aide financière promise par le gouvernement fédéral brésilien avait été distribuée fin juin, et les grandes entreprises sont privilégiées au détriment des travailleuses, des travailleurs et des PME les plus vulnérables.
  • En Inde, les restrictions imposées sur les déplacements ont privé les exploitants agricoles d’une main-d’œuvre vitale composée de migrants au plus fort de la saison des récoltes, contraignant un grand nombre d’entre eux à laisser leurs cultures pourrir dans les champs, privant jusqu’à 100 millions de personnes de leur principale source de revenus de l’année.
  • Au Yémen, les envois de fonds des expatriés yéménites ont chuté de 80 % (soit 253 millions de dollars) au cours des quatre premiers mois de l’année 2020, suite aux nombreuses pertes d’emplois enregistrées dans les pays du Golfe. La fermeture des frontières et des routes de ravitaillement a provoqué des pénuries alimentaires et une flambée des prix des denrées alimentaires dans ce pays qui importe 90 % de sa nourriture.
  • Au Sahel, les restrictions de déplacement ont empêché les éleveurs de déplacer leur bétail sur des pâturages plus verdoyants, mettant en péril les moyens de subsistance de millions de personnes. Seulement 26 % des 2,8 milliards de dollars requis pour faire face au COVID-19 dans la région ont été mobilisés.

Une insécurité alimentaire plus marquée chez les femmes que chez les hommes

Les femmes et les ménages dirigés par des femmes sont davantage exposés à la faim alors qu’elles jouent un rôle essentiel en tant que productrices et travailleuses dans le secteur alimentaire. Les femmes sont déjà marginalisées en raison d’une discrimination systémique qui les condamne à gagner moins et à posséder moins d’actifs que les hommes. Elles représentent une part importante des groupes les plus touchés par les conséquences économiques de la pandémie, comme la main-d’œuvre informelle. Elles doivent également absorber la forte hausse du travail de soin non rémunéré, accentué par la maladie et la fermeture des écoles. 

Voici ce que Kadidia Diallo, productrice de lait au Burkina Faso, a confié à Oxfam : « Le COVID-19 nous fait beaucoup de mal. J’ai toutes les peines du monde à nourrir mes enfants. Nos seuls revenus proviennent de la vente du lait. Avec la fermeture des marchés, nous ne pouvons plus en vendre. Nous n’avons donc plus de quoi manger. »

« Les gouvernements doivent contenir la propagation de ce virus mortel, mais il est tout aussi vital qu’ils prennent des mesures pour éviter qu’autant de personnes, voire plus, meurent de faim à cause de la pandémie », poursuit Thierry Kesteloot.

« Les gouvernements peuvent sauver des vies dès à présent, en finançant totalement l’appel humanitaire des Nations Unies face à la crise du COVID-19, en s’assurant que l’aide atteigne les personnes qui en ont le plus besoin et en annulant la dette des pays en développement afin de libérer des fonds pour financer des programmes de soins de santé et de protection sociale. Pour mettre un terme à cette crise alimentaire, les gouvernements doivent également construire des systèmes alimentaires plus équitables, plus résilients et plus durables, qui placent les intérêts des productrices et producteurs alimentaires et des travailleuses et travailleurs agricoles au-dessus des profits des géants de l’agroalimentaire », conclut Kesteloot.

Depuis le début de la pandémie, Oxfam est venue en aide à quelque 4,5 millions de personnes parmi les plus vulnérables au monde en leur fournissant de la nourriture et de l’eau potable, avec le concours de plus de 344 partenaires dans 62 pays. Nous ambitionnons d’atteindre un total de 14 millions de bénéficiaires en levant 113 millions de dollars supplémentaires pour soutenir nos programmes.

Notes aux rédactions

Le rapport « Le virus de la faim : Comment le coronavirus sème la faim dans un monde affamé » est disponible ici.

Des témoignages, photos et vidéos illustrant les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur la faim dans le monde sont également disponibles sur demande.

Le PAM estime qu’il y aura cette année environ 121 millions de personnes supplémentaires qui souffriront de la faim à un niveau critique (phase 3 de l’IPC ou au-delà) du fait des impacts socio-économiques de la pandémie. Le taux de mortalité journalier pour la phase 3 de l’IPC (et au-delà) est estimé à 0,5-0.99 pour 10 000 personnes, soit 6 000 à 12 000 décès quotidiens à cause de la faim et en lien avec la pandémie avant fin 2020.    Le taux de mortalité journalier causé par le COVID-19 à l’échelle mondiale a enregistré des records en avril 2020, avec un peu plus de 10 000 décès quotidiens. Il est de 5 000 à 7 000 décès quotidiens depuis d’après les données de l’université Johns Hopkins. Si aucune projection ne peut être établie avec certitude, cette tendance devrait se poursuivre sur le reste de l’année. Et si les estimations du PAM indiquant une hausse du nombre de personnes souffrant de la faim à un niveau critique se confirment, il est probable que le nombre de décès quotidiens imputables à la famine causée par les impacts socio-économiques de la pandémie soit supérieur au nombre de personnes décédant de la maladie d’ici fin 2020. Il convient de préciser qu’une partie de ces chiffres se recoupe, car certains décès du COVID-19 pourraient être associés à la malnutrition.

Oxfam a réuni des informations sur les versements de dividendes de huit des plus grandes entreprises de l’agroalimentaire au monde jusqu’à début juillet 2020, en compilant des données provenant des sites Web des entreprises, du NASDAQ et de Bloomberg. Les chiffres sont arrondis au million le plus proche : Coca-Cola (3,522 milliards de dollars), Danone (1,348 milliard de dollars), General Mills (594 millions de dollars), Kellogg (391 millions de dollars), Mondelez (408 millions de dollars), Nestlé (8,248 milliards de dollars sur l’année entière), PepsiCo (2,749 milliards de dollars) et Unilever (estimation de 1,180 milliard de dollars). Un grand nombre de ces entreprises poursuivent leurs efforts pour lutter contre le COVID-19 et/ou la famine dans le monde.

Voici la liste des 10 foyers de famine extrême : Yémen, République démocratique du Congo (RDC), Afghanistan, Venezuela, Sahel et pays d’Afrique de l’Ouest, Éthiopie, Soudan, Soudan du Sud, Syrie et Haïti.

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