En plein Covid-19, les bénéfices des multinationales gonflent de plusieurs milliards alors que les plus pauvres en paient le prix, selon le dernier rapport d’Oxfam

10/09/2020

Six mois après le début de la pandémie de Covid-19 qui pourrait plonger un demi-milliard de personnes dans la pauvreté, certaines multinationales sortent grandes gagnantes de la crise. Les bénéfices de 32 des plus grandes entreprises du monde devraient augmenter de 109 milliards de dollars en 2020, un bond spectaculaire par rapport aux années précédentes, déjà très rentables, selon Oxfam.

Après avoir tiré la sonnette d'alarme sur les conséquences de la pandémie pour les plus vulnérables, Oxfam met en lumière dans son rapport intitulé "Covid-19 : les profits de la crise" un modèle économique qui permet à une petite élite de réaliser des bénéfices sur le dos des plus pauvres.

Le rapport montre que 32 des plus grandes entreprises mondiales profitent de cette crise sanitaire et voient leurs bénéfices s'envoler. Ceux des plus grands géants technologiques, tels que Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, devraient ainsi augmenter cette année de 46 milliards de dollars par rapport aux bénéfices records affichés ces dernières années. Parmi les multinationales passées au crible par Oxfam, on trouve aussi des géants pharmaceutiques, tels que Johnson & Johnson, Roche et Merck, qui selon les projections citées par l’ONG devraient voir leurs bénéfices augmenter d'au moins 3 milliards de dollars par rapport aux dernières années. Certains géants de l’industrie alimentaire et de la grande distribution tels que Walmart et Nestlé figurent également dans le classement de l’ONG. 

Selon Aurore Guieu, responsable de l'équipe justice fiscale et inégalités chez Oxfam Belgique : "La crise du coronavirus n’a fait qu’amplifier une tendance inquiétante, à savoir la concentration du pouvoir économique entre les mains de quelques entreprises en pleine croissance. Non seulement cela compromet la concurrence équitable entre les entreprises mais cela va creuser dangereusement les inégalités existantes".

Sans surprise, les riches s’enrichissent

Les bénéfices excessifs engrangés par ces entreprises poseraient moins de problèmes s'ils étaient largement partagés avec le reste de la société. Mais ceux-ci sont trop souvent accaparés par une petite élite au lieu d’être versés sous la forme d’une contribution fiscale équitable ou redistribués aux employé.e.s. Les recherches d'Oxfam montrent que les 32 multinationales examinées devraient distribuer cette année 88% de leurs bénéfices excédentaires à leurs actionnaires, dont la plupart font partie des personnes aux revenus les plus élevés de la planète. 

Il n'est donc pas surprenant que l'explosion des profits de la pandémie profite principalement aux personnes les plus riches du monde. Entre la mi-mars et la fin mai, par exemple, la fortune des 25 milliardaires les plus riches du monde a augmenté de pas moins de 255 milliards de dollars. Jeff Bezos, PDG d'Amazon et homme le plus riche de la planète, pourrait verser à chacun de ses 876 000 employés - dont beaucoup occupent des emplois mal payés, précaires et physiquement exigeants - une prime de 105 000 dollars d'ici la fin 2020 et être toujours aussi riche que lorsque la pandémie a éclaté.

Un modèle qui fait la part belle aux actionnaires

Avant la pandémie de coronavirus, les plus grandes entreprises mondiales versaient en moyenne 90 % de leurs bénéfices à leurs actionnaires. Malgré la crise, certaines entreprises se sont donné beaucoup de mal pour garantir le paiement de dividendes élevés à leurs actionnaires. L'industrie pétrolière constitue un exemple éloquent : malgré une perte nette de 61 milliards de dollars au cours du premier semestre de 2020, six des plus grandes compagnies pétrolières mondiales ont malgré tout versé 31 milliards de dollars à leurs actionnaires. 

Dans certains cas, les multinationales ont continué à garantir des paiements aux actionnaires tout en recevant un soutien d'urgence des gouvernements ou en licenciant des milliers de salarié.e.s. La plus grande entreprise de ciment du Nigéria, Dangote Cement, aurait licencié plus de 3 000 personnes, alors qu’elle devrait encore verser 136 % de ses bénéfices à ses actionnaires en 2020. Un autre exemple est celui de BASF, qui a demandé un prêt d'urgence d'un milliard de dollars mais qui continue à verser des dividendes.  

Pour Aurore Guieu, cela ne fait aucun doute : « Pour de nombreuses grandes entreprises mondiales, la crise du Covid-19 est en train de consolider un modèle d'entreprise fondé sur le principe de l'actionnariat d'abord. Les entreprises choisissent de récompenser grassement leurs actionnaires, plutôt que d'investir les bénéfices dans des emplois décents et de payer des impôts équitables. Ce modèle ne rend pas les entreprises résistantes aux crises inattendues et prive les gouvernements des revenus dont ils ont tant besoin pour combattre les effets de la crise du coronavirus ».

Une économie plus humaine

Afin de rééquilibrer l'économie, Oxfam demande une réponse immédiate à la crise qui donne la priorité au soutien des travailleurs et des travailleuses et des petites entreprises.

À long terme, Oxfam exhorte les leaders politiques et les entreprises à réviser en profondeur les objectifs des modèles économiques des entreprises, en faveur d’un partage plus équitable des richesses et des pouvoirs, pour que ceux-ci ne profitent plus exclusivement aux dirigeants et aux actionnaires, mais aussi à la main d’œuvre, aux fournisseurs, aux consommateurs et à la société. 

Un programme de réforme des entreprises devrait garantir que chaque travailleuse et travailleur perçoive un salaire décent, dispose d’un lieu de travail sûr et puisse faire entendre sa voix sur son lieu de travail avant que le moindre dividende ne soit versé aux actionnaires. Les entreprises doivent payer leur juste part d’impôts, alors que les responsables des politiques doivent réguler le pouvoir des entreprises pour les empêcher de contrevenir aux règles.

Et Aurore Guieu de conclure : « Il s’agit d’un moment critique. Nous avons le choix entre maintenir le statu quo ou apprendre de cette crise en créant une économie plus juste et plus durable. Si nous ne changeons pas de cap, l'inégalité économique va s'accroître. Le moment est venu de renforcer les petites entreprises, les travailleuses et les travailleurs ainsi que les institutions démocratiques - et non pas un nombre encore plus restreint de grandes entreprises qui exercent un pouvoir économique et politique plus important ». 

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