Femmes, syriennes et réfugiées : elles se cultivent un avenir en Jordanie

15/03/2018

Aujourd’hui, cela fait 7 ans que le conflit syrien sème la destruction et la souffrance. Pendant que des familles tentent de survivre sous les bombes, d’autres, réfugiées dans les pays avoisinants, peinent à joindre les deux bouts. Comme celle de Ghozlan, qui vit dans le camp de Za’atari en Jordanie.

Le camp de réfugiés de Za'atari abrite près de 80.000 réfugiés syriens. Mais sept ans après le début de la crise en Syrie, il reste très difficile pour ces réfugiés de travailler en Jordanie et ils se retrouvent dépendant d'une aide humanitaire sommaire pour survivre. Pour pouvoir travailler, ils ont besoin d'un permis de travail qui est très difficile à obtenir. C’est particulièrement vrai pour les femmes, qui n'ont reçu que 4% des permis de travail accordés aux Syriens ces deux dernières années.

Serres et apprentissage agricole

C’est pourquoi Oxfam a installé 4 serres dans le camp de Za’atari, où 45 femmes syriennes ont pu développer leurs compétences via un apprentissage pratique. Formation technique en gestion de l’eau, des ressources naturelles et utilisation d’outils et de matériel agricole... Elles définissent ensemble leur plan de travail et la répartition des rôles tout au long de la chaine de production, du semis à la récolte.

Ce projet leur permet aussi d’échanger entre elles. « J'ai rencontré d’autres femmes ici. Lorsque nous parlons de nos préoccupations, nous ressentons un certain soulagement,» explique Ghozlan, réfugiée syrienne qui participe au projet. « Entendre les problèmes des autres nous les rend plus supportables. »

Permettre aux femmes de travailler

Pour les réfugiées syriennes, trouver du travail est aussi compliqué par des normes sociales qui leur intiment de rester chez elles. Celles qui se rendent travailler hors du camp se retrouvent victimes de harcèlement, de rumeurs et de discrimination systématique. D’autres peinent à obtenir la permission des membres masculins de leur famille de travailler avec d'autres hommes.

C’est pourquoi Oxfam a lancé ce projet, destiné aux femmes uniquement, et à l’intérieur même de Za’atari. Pour Amnah, dont le mari a un handicap physique qui le rend incapable de travailler, c’est un avantage : « Je me sens beaucoup plus à l'aise de travailler dans le camp, de ne pas devoir quitter mon mari pendant une longue période et prendre des transports difficiles. Maintenant, je peux travailler dans la serre, voir mon mari, puis retourner travailler. »

Un revenu supplémentaire

Les légumes cultivés sont ensuite vendus au marché central d'Irbid, au nord de la Jordanie. Les participantes partagent les bénéfices des produits vendus et gagnent ainsi un petit revenu. Les équipent d’Oxfam les soutiennent dans cette commercialisation et poussent en parallèle pour l’arrêt des restrictions qui entravent l’accès au commerce des réfugiés.

Ola Malkawi (photo ci-dessus) travaille pour Oxfam au soutien de ce projet de serres. Elle est la première femme à négocier un accord commercial au nom des réfugiés, sur un marché à prédominance masculine.

Photos © Alixandra Buck/Oxfam

De l’aide pour 2 millions de personnes

Au cours de l’année dernière, Oxfam a pu venir en aide à plus de deux millions de personnes, à l’intérieur même de la Syrie ainsi qu’en Jordanie et au Liban voisins, où nous venons en aide aux réfugiés syriens et aux communautés qui les accueillent. Oxfam leur fournit de l'eau potable, des structures d'assainissement (douches, toilettes) et une aide alimentaire vitale. Nous aidons également les réfugiés à se protéger de la violence et des abus et à trouver des moyens de gagner leur vie, malgré leur situation précaire.

L’échec de la communauté internationale

La poursuite des violences en Syrie après 7 ans marque l’échec dramatique de la communauté internationale à trouver une solution politique au conflit. La protection des vies des civils, l’accès humanitaire aux familles prises au piège et la réinstallation des réfugiés - qui ne se fait pour le moment qu’au compte-goutte - devraient être ses priorités immédiates. Cela inclus aussi davantage de soutien à ceux qui ont trouvé refuge dans la région ainsi qu’aux communautés et aux gouvernements surchargés qui accueillent la majorité des réfugiés.

7 ans de conflit en chiffres

  • Plus de 400.000 Syriens ont déjà perdu la vie et plus de 13 millions ont désespérément besoin d'aide humanitaire.
  • Près de 400.000 d’entre eux sont piégés dans des zones assiégées telles que la Ghouta orientale.
  • Plus de la moitié de la population - près de 12 millions de personnes - ont dû fui leur maison, la plupart à plusieurs reprises.
  • Plus de 5,6 millions de réfugiés vivent dans les pays voisins, la majorité d’entre eux dans une pauvreté extrême.