Guatemala : reprendre le contrôle de l'alimentation

23/08/2016

Au Guatemala, la majorité de la population vit de l’agriculture. Le partenaire d'Oxfam, CEIBA, tente de remettre des pratiques ancestrales au goût du jour.

La situation géographique du pays le rend particulièrement vulnérable aux catastrophes naturelles. Le Guatemala se trouve en effet à la rencontre de deux océans et de deux plaques tectoniques alors qu’il compte aussi 4 volcans. Dès lors, les ouragans, les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques se multiplient et ont impact direct sur la population mais aussi sur les cultures.

Grandes entreprises VS agriculture familiale

A ces difficultés, s’ajoutent des injustices sociales. Le domaine de l’agriculture est particulièrement touché. 80% des terres sont détenues par 8% de grands propriétaires. La monoculture, de cannes à sucre et de palmiers à huile surtout, prend la place de la production d’aliments de base. Les grands groupes agricoles privilégient l’exportation alors que les populations locales sont chassées de leurs terres et sont bien souvent contraintes de devenir des « travailleurs de la terre », payés pour s’occuper de ces monocultures.

Ce type de monoculture à grande échelle a donc un énorme impact sur la sécurité alimentaire de la population locale, l’appauvrissement du sol, la biodiversité et l’accès à l’eau. C'est pourquoi Oxfam collabore avec différents partenaires locaux afin de faire entendre la voix des agriculteurs familiaux et tout particulièrement des femmes, qui sont souvent les premières touchées par les injustices. Ensemble, les organisations paysannes plaident pour retrouver un accès à la terre et pouvoir ainsi subvenir à leurs propres besoins alimentaires.

Un retour aux techniques ancestrales

Carlos Muralles travaille depuis 21 ans au sein de l’organisation CEIBA, partenaire d’Oxfam. Pour lutter contre le manque de nourriture, une partie du programme de CEIBA est basée sur la mise en commun des terres disponibles, au sein des communautés locales, et sur un retour à certaines techniques agricoles ancestrales (voir encadré).

« Il y a un manque de nourriture criant au Guatemala. Parfois, il n’y a rien à manger pour de nombreuses personnes, explique Carlos. Nous incitons les communauté locales à travailler ensemble et à partager leurs parcelles. Chacun peut ainsi travailler avec d’autres producteurs et échanger ses expériences. Nous souhaitons également revenir à certaines techniques de nos aïeux tout en améliorant ce qui peut l’être avec les moyens dont nous disposons à l’heure actuelle. Ces techniques respectent le cycle naturel des plantations. »

La milpa

La 'milpa' est une technique agricole ancestrale qui consiste à faire pousser ensemble trois sortes de plantes différentes, généralement du maïs, des haricots et des courges. Elle est pratiquée en Amérique centrale depuis plus de 60.000 ans. La technique peut paraitre assez rudimentaire et pourtant elle permet la création d’un écosystème autosuffisant très efficace.

La technique comporte un véritable intérêt botanique. En effet, ces trois plantes se complètement harmonieusement, bénéficiant les unes des autres, tout en conservant la fertilité du sol année après année. Le maïs sert de tuteur aux haricots grimpants. Les haricots fixent dans le sol l’azote dont les autres plantes ont besoin. Et enfin, les courges, fournissent une couverture pour conserver l’humidité et réduire les mauvaises herbes. Une autosuffisance parfaite.

Une fierté retrouvée

Le programme a débuté en janvier 2014 et à la moitié du programme, les résultats sont très encourageants. Résultat, les participants savent d’où vient leur nourriture.

« Le but de notre programme, insiste Carlos, est aussi de conscientiser les communautés locales. Il faut qu’elles se réapproprient leur nourriture et qu’elles puissent s’assurer qu’elle soit saine. Au-delà d’un résultat économique, il y a un résultat humain. Les participants ont tous gagné en confiance en eux. Nous les avons avant tout aidés à retrouver leur fierté. Ne pas pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, c’est vraiment très difficile à vivre.»

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