Oxfam-Union européenne : 10 ans de travail dans le Kivu

08/03/2016

Malgré des ressources naturelles et un potentiel humain et économique immense, la RD Congo occupe la dernière place au classement mondial de l’Indice de développement humain. Des décennies de mauvaise gouvernance, de pauvreté croissante et de conflits armés ont freiné considérablement le développement et provoqué l’une des plus graves crises humanitaires au monde.

A l'Est de la RD Congo, la région du Kivu est particulièrement instable. Les milices internes et issues de pays voisins détruisent les villages, les récoltes et rendent le développement à long terme très difficile. Selon diverses estimations, 5,4 millions de personnes ont perdu la vie depuis 1998 et fin 2015, la RD Congo comptait  encore plus 1.600.000 personnes déplacées internes, principalement pour des raisons d’insécurité. Une crise de longue durée qui ne semble toujours pas trouver d’issue et continue de provoquer des déplacements de populations.

« Nous prions Dieu chaque jour pour que les violences s'arrêtent et pour que les autres personnes qui ont fui mon village soient saines et sauves. Certains sont déjà rentrés mais cela reste très dangereux. Nous avons d'ailleurs essayé de revenir à notre champ pour y trouver quelques restes. Mais on nous a chassés à coups de feu. »

Déplacements et insécurité alimentaire

Les premiers jours après avoir fui les violences, les déplacés ont besoin avant tout de trouver de quoi se nourrir. Et quand le déplacement se prolonge ou quand ils retournent dans leur village, ces familles doivent retrouver de nouveaux moyens de subsistance. Un défi encore compliqué par les nombreux problèmes structurels qui touchent la région : accès à la terre, faibles rendements agricoles, revenus peu diversifiés, manque de structures sanitaires... L’ensemble de ces facteurs font que la population se retrouve rapidement en situation d’insécurité alimentaire.

Fumila Mahigué : « J'ai dû fuir les conflits et j'ai passé beaucoup de temps dans la brousse avant de me décider à ne pas rentrer. Ça n'a pas de sens de vivre comme ça, comme des animaux. Je vis dans un camp tout près et la vie est très compliquée sans travail. Et puis dans le camp, il n'y a pas vraiment d'entraide. Comment être solidaire quand on n'a rien ? »

Venir en aide à 75.000 familles

Pour faire face à cette situation, Oxfam-Solidarité met en œuvre des projets depuis plus de 10 ans, avec le soutien financier de l’Union européenne et en collaboration avec des partenaires locaux. Ces projets permettant à la fois de répondre à court terme aux besoins de première nécessité des populations et à moyen terme de les aider à récupérer leurs moyens de subsistance. Au total, ces projets sont venus en aide à plus de 75.000 ménages victimes des conflits dans la région du Kivu.

Malira Limeti : « Nous avons fui les conflits et nous avons beaucoup marché. Nous avons reçu des kits alimentaires qui nous ont permis de manger un peu mais nous sommes très nombreux et on se doit assistance. On ne va pas se discriminer entre nous donc nous partageons tout. »

Renforcer la sécurité alimentaire

Par exemple, lors d’un projet mené entre avril 2015 et février 2016, Oxfam-Solidarité est intervenu pour améliorer la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de 3.750 ménages vulnérables, avec le soutien de l’Union européenne.

La première étape du projet : évaluer les besoins humanitaires dans le Territoire de Masisi, Nord-Kivu et le Territoire de Kabare, Sud-Kivu, où vivaient de nombreuses familles déplacées par les violences. Leurs moyens de subsistance étaient limités et ils ne parvenaient pas à nourrir suffisamment leurs familles. Qu'ils soient accueillis par des familles d'accueil dans les communautés locales ou qu’ils vivent dans des campements, leur présence avait aussi un impact négatif sur la sécurité alimentaire des populations autochtones, elles-mêmes vulnérables.

Aller plus loin que l’aide d’urgence

Dans un premier temps, les ménages bénéficiaires ont reçu directement de la nourriture pour répondre à leurs besoins les plus urgents. Ensuite ils ont ensuite pu faire le choix de se lancer dans une activité agricole ou une activité génératrice de revenus pour améliorer leurs moyens de subsistance. Selon leurs choix, les bénéficiaires ont alors reçu un kit agricole (semences, outils de jardinages), ou un kit pour lancer une activité d’élevage de petit bétail ou un petit commerce.

Buashi Bashimbe Chigungu, bénéficiaire du kit agricole : « Avant de pouvoir bénéficier des programmes d’Oxfam, j’ai dû mendier puis cultiver les champs d’autres personnes pour gagner finalement très peu d’argent. J’ai bénéficié du kit agricole et j’ai reçu des semences, notamment de pommes de terre. Désormais, je loue la maison où je vis et le champ où je travaille. Et j’espère pouvoir gagner assez d’argent avec la récolte pour acheter des habits et des chèvres. »

Mêmes loin de leurs maisons et ayant tout perdu dans la fuite, ces populations déplacées ont ainsi retrouvé autonomie et dignité et peuvent maintenant subvenir elles-mêmes aux besoins de leurs familles.

Ces projets d'Oxfam dans le Kivu ont été rendus possible par un financement de l'Union Europénne. 

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