La fortune des milliardaires du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord a augmenté de 10 milliards de dollars depuis mars, bien assez pour financer la reconstruction de Beyrouth

27/08/2020

Selon un nouveau rapport publié par Oxfam aujourd’hui, les 21 milliardaires que comptent le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, tous des hommes, ont vu leur richesse augmenter de près de 10 milliards de dollars depuis le début de la crise de COVID-19, soit près du double du montant estimé nécessaire pour reconstruire la capitale libanaise en ruine, alors que 45 millions de personnes supplémentaires pourraient être poussées dans la pauvreté dans la région en raison de la pandémie.

Le rapport "Pour une décennie d'espoir et non d'austérité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord" montre également que depuis mars, les plus riches de la région ont amassé une fortune équivalente à plus du double des fonds d'urgence régionaux fournis par le Fonds monétaire international (FMI) pour répondre à la pandémie, et près de cinq fois l’équivalent du plan de réponse humanitaire à la Covid-19 de l’ONU pour la région.

« La pandémie a mis en évidence les profondes inégalités et les défaillances massives des systèmes économiques de la région, qui ont laissé des millions de personnes sans emploi, dépourvus de soins de santé et sans filet de sécurité sociale, et qui ont permis aux fortunes des milliardaires d'augmenter de plus de 63 millions de dollars par jour depuis le début de la pandémie », a déclaré Nabil Abdo, conseiller en matière de politiques d'Oxfam au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

« Si les gouvernements ne donnent pas immédiatement la priorité aux personnes plutôt qu'aux profits et si les riches ne paient pas leur juste part d’impôt, des millions de personnes supplémentaires seront poussées au bord de la pauvreté et privées de leurs droits fondamentaux. Pendant trop longtemps, la priorité a été donnée au profit au détriment du bien public et de la sécurité. Le résultat a été brutalement illustré lors de la double explosion qui a rasé le port de Beyrouth, mais aussi exposé la fragilité de l’économie libanaise et qui ne fera qu'exacerber les inégalités existantes dans ce pays ».

Selon Oxfam, les gouvernements de la région doivent agir rapidement et affecter plus de ressources financières à la protection des personnes les plus vulnérables. Au Liban, si un impôt de solidarité sur la fortune avait été introduit l'année dernière à un taux de 5 %, 3,7 milliards de dollars de recettes auraient été générées pour aider à reconstruire les infrastructures électriques et les réseaux d'eau et prendre des mesures pour assurer la sécurité des personnes au lendemain de l'explosion.

Des inégalités criantes et anciennes

Avant que le virus ne frappe la région, les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord enregistraient des inégalités parmi les plus fortes au monde. La Covid-19 a creusé plus encore le fossé entre les riches et les pauvres. 76 % des revenus de la région vont aux 10 % les plus riches de la population et 37 milliardaires possèdent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population adulte.

Si la Jordanie, le Liban, l'Égypte et le Maroc avaient mis en place un impôt sur la fortune de deux pour cent à partir de 2010, ces pays auraient pu collecter 38 milliards de dollars de recettes fiscales, qui auraient pu être investies dans l'amélioration des soins de santé publics et pour renforcer les systèmes de sécurité sociale.

Dans le même temps, les mesures visant à protéger les personnes vivant en situation de pauvreté ont été insuffisantes. On estime que seuls 11 % des plans de relance dans la région se sont concentrés sur des mesures de protection sociale et de santé. Dans ce contexte, on estime que 89 % des 16 millions de travailleurs et travailleuses du secteur informel de la région ont été gravement touchés par les mesures de lutte contre la pandémie. Les investissements étrangers devraient également chuter de 45 % et 1,7 million de personnes devraient perdre leur emploi, dont 700 000 femmes, ce qui coûtera 42 milliards de dollars en salaires perdus.

« L'austérité écrasante de ces dernières années aurait pu être évitée si les plus riches de la région avaient payé plus d'impôts, un coût qu'ils peuvent aisément se permettre. Cela aurait octroyé à ces pays une plus grande flexibilité dans leurs politiques de dépenses et, surtout, permettre à la région d'entrer dans la crise du coronavirus avec moins d'inégalités et de dettes », a ajouté M. Abdo.

Pour éviter que des millions d'autres personnes ne soient poussées au bord de la pauvreté, les gouvernements de la région doivent adopter d'urgence des politiques délibérément axées sur la lutte contre les inégalités, comme les soins de santé et l'éducation pour tous, et doivent augmenter le salaire minimum et taxer les richesses de manière équitable afin de construire des économies et des sociétés meilleures et plus égalitaires.

Notes aux redactions

  • Nabil Abdo est disponible pour toute question en français par téléphone ou par Skype.
  • Oxfam s'est associée à Wealth X qui a fourni des données sur la richesse de quatre pays (Jordanie, Liban, Maroc et Égypte). En 2010, 6 168 personnes ayant une richesse nette supérieure à 5 millions de dollars avaient une valeur nette combinée de 195,5 milliards de dollars, tandis qu'à la fin de 2019, ce chiffre était passé à 7 665 personnes possédant une richesse nette combinée de 221,5 milliards de dollars, soit une augmentation de 13,27 %.
  • Les calculs d'Oxfam sont notamment basés sur la liste des milliardaires de Forbes et du classement des milliardaires en temps réel également réalisé par Forbes. Nous avons comparé la richesse nette des milliardaires de la région du Moyen Orient et d’Afrique du Nord au 18 mars 2020 à leur richesse nette le 16 août 2020.

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