Guatemala

Riche de par ses minéraux et sa biodiversité, le Guatemala est l’un des pays d'Amérique centrale avec le plus grand potentiel. Cependant, les inégalités y sont fortes et tendent à augmenter. Près de la moitié de la population est métissée et 40 % est issu de l’une des vingt tribus mayas. Or, tous les pouvoirs et richesses sont entre les mains d'un petit groupe d'hommes blancs. La moitié des autochtones souffre de malnutrition chronique et les femmes indiennes sont le plus victimes de discriminations. Les populations les plus défavorisées sont aussi les premières victimes en cas de catastrophes naturelles ou sécheresses.

  • A Huehuetenango (Guatemala), les habitants ont été chassés de leurs terres par des entreprises étrangères. Le partenaire d’Oxfam CEIBA soutient les paysans dans leur lutte pour récupérer leurs terres. CEIBA aide aussi les villageois à cultiver du mais, des courges et des haricots sur des terrains collectifs mis en commun par les habitants. Une manière d’assurer leur sécurité alimentaire et de diversifier leur alimentation.

    En lire plus sur
    Guatemala
    Accaparements de terres
    CEIBA

Le défi au Guatemala

Le Guatemala est un pays en voie de développement qui présente de nombreux problèmes sociaux : plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté, la population indigène est peu consultée dans l'élaboration des politiques et l'élite économique est le principal décideur. Après l'ouverture des frontières et la signature d'accords commerciaux internationaux, les investissements étrangers ont favorisé la croissance économique. Mais les petits paysans ne profitent pas de ces nouvelles recettes, ni la majorité des femmes et des jeunes.

La malédiction de la géographie

Le Guatemala ne manque pas de richesses naturelles mais celles-ci ainsi que sa situation géographique engendrent aussi des risques. Par exemple, à l'instar d'autres pays de la région, le Guatemala est riche en matières premières, qui sont la source de nombreux conflits violents. Les entreprises minières tentent de maximiser leurs profits et se soucient rarement des conséquences sociales ou environnementales. Jusqu’à présent la population indigène et la communauté rurale ne profitent pas de l'exploitation de cette richesse de manière équitable. Dès lors, les organisations paysannes et la communauté indigène collaborent de plus en plus étroitement afin d’empêcher l'exploitation effrénée des matières premières ou du moins de tenter de la soumettre à des règles strictes. 

L'Amérique centrale est en outre très vulnérable face aux catastrophes naturelles. Ainsi, le Guatemala est régulièrement frappé par des ouragans, des tempêtes tropicales, des tremblements de terre et des éruptions volcaniques. Ces 25 dernières années, tant la fréquence que l'intensité et l'impact de ces catastrophes ont augmenté. Ce sont les conséquences du changement climatique, d'une politique d'aménagement du territoire quasi inexistante et de la vulnérabilité croissante des populations les plus pauvres.

Économie en berne

La crise économique de ces dernières années en Amérique centrale a fortement fragilisé la majorité de la population : la pauvreté et la mauvaise alimentation rythment la vie de la plupart des habitants. Beaucoup se sont retrouvés au chômage à cause de la crise financière mondiale et de systèmes d'imposition défavorables. L'argent envoyé au Guatemala par les émigrants est épuisé et la consommation a baissé. Le système fiscal ne permet qu'une faible redistribution des richesses. Par ailleurs, la dette publique a augmenté.

Dans le cadre de l'intégration régionale, le Guatemala a ratifié en 2003 un accord de libre-échange avec les États-Unis (ALÉAC) et, en 2012, l'Accord d'association avec l'Union européenne. Ces deux accords représentent une réelle menace pour les moyens de subsistance des producteurs et petits paysans ainsi que pour la sécurité alimentaire de la population. Le Guatemala est en effet tout sauf prêt à entrer en compétition avec des pays plus forts économiquement.

Le modèle d'agriculture familiale est pris en otage par de puissants groupes économiques internationaux et nationaux. Ceux-ci s'approprient de grandes parcelles de terre pour l'exploitation du bois, la culture d'huile de palme ou de betteraves sucrières pour produire du biocarburant. Les ressources naturelles telles que l'eau potable sont menacées et l'insécurité alimentaire s’aggrave. La population rurale indigène est souvent chassée en grand nombre de ses terres. Or, ce sont les petits paysans qui cultivent le maïs et les haricots rouges qui sont les aliments de base de toutes les classes sociales du Guatemala. L'économie rurale assure ainsi le développement de l'ensemble de la population.

Les droits des citoyens en danger

Dans plusieurs pays d'Amérique centrale, les institutions démocratiques sont affaiblies et la corruption augmente. Le trafic de drogue ou d'armes entraînent une insécurité et des violences croissantes. Le Guatemala ne fait malheureusement pas exception. Les violences contre les femmes sont nombreuses, et ce, souvent seulement parce qu’elles sont femmes. L’oppression des femmes est presque considérée comme normale et les coupables restent souvent impunis. Le budget consacré au programme de prévention et d'éradication de la violence a récemment été diminué de moitié. Alors que les mouvements citoyens de la région aspirent à défendre leurs droits et à être activement concernés par les décisions politiques, les protestations ont été criminalisées, ce qui entrave la mobilisation sociale. 

Chacun, sans distinction, doit pouvoir faire usage de ses droits et doit pour cela pouvoir avoir confiance en une justice équitable et efficace. Mais souvent, c'est là que le bât blesse au Guatemala. Même s'il existe une législation correcte et qu'une affaire arrive devant le juge, rien ne garantit que le coupable d'un crime soit effectivement puni et les élites économiques demeurent souvent intouchables. De nombreuses victimes sont laissées pour compte, et tout particulièrement les femmes victimes de violences.

Les discriminations et les violences faites aux femmes sont dues à des rapports de force inégaux entre femmes et hommes. Les idées et les valeurs sur lesquelles ces rapports se basent sont profondément ancrées dans la société, et les autorités ne parviennent pas à garantir les droits des femmes. Des groupements de femmes et mouvements féministes ont mis cette problématique en évidence et ont ouvert le dialogue avec les autorités. Elles exigent que l'État respecte ses obligations internationales en matière de droits des femmes et garantisse l'égalité des droits. Elles veulent inciter d'autres organisations et les communautés à s'impliquer dans le combat contre la violence faite aux femmes en organisant des actions publiques. Cependant, malgré des campagnes de sensibilisation et des actions politiques, leur impact est encore très limité.

Aussi bien sur le plan national que local, les mouvements d'indigènes, les organisations de paysans et de femmes, les groupes de jeunes, etc. militent pour un plus grand respect des droits humains. Ils font pression sur les autorités et sur l'appareil judiciaire pour faire respecter leurs droits fondamentaux. Dans leur combat, ils sont soutenus par différentes organisations internationales, dont Oxfam.

Que fait Oxfam au Guatemala?

Au Guatemala, Oxfam et ses partenaires travaillent à la création d'un état de droit social où les droits des femmes, des communautés indigènes et des petits paysans sont respectés. Cela suppose d'autres rapports de force ainsi qu’une participation et prise de décision égale pour les hommes et les femmes. Oxfam renforce et encourage les mouvements sociaux afin qu’ils puissent dialoguer avec les institutions gouvernementales. 

La violence contre les femmes freine le développement

Œuvrer en faveur de l'égalité des droits entre hommes et femmes n'est possible que si la position des femmes est renforcée et qu'elles prennent connaissance de leurs droits. Ce n'est qu’à partir de ce moment-là qu'elles pourront exercer leur influence auprès des autorités. Il faut également se battre pour faire changer les mentalités afin que la société s’insurge contre la violence envers les femmes, en particulier envers les femmes indigènes et celles qui vivent en milieu rural, qui subissent une double voire une triple discrimination. 

Oxfam et ses organisations partenaires encouragent tant les femmes que les populations indigènes à faire valoir leurs droits. Nous organisons des formations et développons les outils nécessaires. Nous travaillons par exemple à la création d'images par le biais de différentes techniques créatives. Nous encourageons également le dialogue et la coordination entre les différentes organisations à l'échelle nationale et régionale, afin  que leurs activités de plaidoyer aient plus d’impact. Partager ses idées et ses expériences peut aussi apporter une réelle plus-value en matière de techniques de négociation, de travail médiatique et de communication, de conduite de litiges juridiques et pour le renforcement des organisations en général.

Cela permet aussi d’accorder l'attention nécessaire à la réflexion, à l'étude et à l'analyse du point de vue des indigènes sur la violence faite aux femmes. Comment limiter cette violence dans le cadre de leurs traditions et de leurs valeurs ? Quelle stratégie spécifique pourrait aider les femmes à mieux défendre leur droit à vivre sans violence ? Comment veiller à ce que les jeunes femmes soient bien informées, contribuent aux réflexions et soient inclues dans les concertations ?

Economie rurale et ressources naturelles

Nous aspirons à ce que les communautés indigènes, les populations rurales et en particulier les femmes puissent prendre part aux processus décisionnels en matière de ressources naturelles, d'utilisation de la terre et de production agricole. Ces ressources jouent en effet un rôle important dans le développement économique et la sécurité alimentaire de l'ensemble de la population.

C'est pourquoi Oxfam et ses partenaires se concentrent sur deux problématiques : l'exploitation minière et la monoculture. Les exploitations minières ont souvent lieu en dépit des intérêts de l'agriculture durable et ne tiennent pas assez compte des droits des populations concernées. L'industrie agricole destinée à l'exportation est une fausse solution à la pauvreté et aux pénuries alimentaires. Nous soutenons un autre modèle d'agriculture, basé sur la durabilité, le commerce équitable, le respect de l'environnement et un salaire équitable pour les paysans.

Oxfam encourage ses partenaires à collaborer plus étroitement et sur base d'objectifs communs afin que l'ensemble de la population puisse bénéficier du développement rural. Ensemble, nous faisons pression pour que les communautés concernées par les exploitations minières soient suffisamment informées pour évaluer les actions menées et les pratiques de l'industrie. En se concertant et en collaborant ensemble, les organisations peuvent exiger davantage d'enquêtes publiques dans le domaine de l'agriculture et faire pression pour mener des stratégies plus efficaces qui reconnaissent leur rôle dans la chaîne alimentaire. Cela leur permettra à terme d'améliorer le pouvoir d'achat des petits producteurs et des femmes indigènes.

Préparés au changement climatique et aux catastrophes naturelles

Les autorités doivent veiller à ce que les communautés les plus défavorisées soient en mesure de se prémunir contre le changement climatique et d’assurer leurs moyens de subsistance. Oxfam soutient des organisations et communautés locales à travers des formations leur permettant de mieux se préparer aux catastrophes. Toutefois, les autorités doivent fournir les moyens nécessaires et faire appel à la population lors de l'élaboration et de la gestion des plans catastrophes. 

Nous nous démenons avec nos partenaires pour parvenir à des changements structurels à long terme en matière de prévention et de préparation aux catastrophes. Institutions et services publics doivent réagir plus rapidement et de manière mieux coordonnée afin de préserver le droit à la vie des populations vulnérables.

Dans ce pays Oxfam travaille sur ces thèmes avec ces partenaires :
Florineldi Ochoa Morales de Lopez

Je voudrais être un exemple pour mes enfants et pour les autres femmes.

Florineldi Ochoa Morales de Lopez, bénéficiaire d’AMES

En lire plus sur
AMES
Justice de genre
Guatemala